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Après l’abandon de ses nouveaux alliés, l’Arabie saoudite appelle Israël à la rescousse

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Frappée sur son oléoduc de secours, snobée par ses nouveaux alliés et freinée par Washington, Riyad découvre les limites de son filet de sécurité au moment même où les Houthistes verrouillent la mer Rouge

Un projectile sur une mosquée de Jazan, une base militaire visée à Sharurah, un oléoduc de secours toujours fermé. En quelques jours, le royaume saoudien a vu se refermer simultanément ses trois itinéraires de contournement d'Ormuz. Washington a dit non à des frappes directes, Ankara et Islamabad n'ont pas bougé malgré un pacte de défense à peine signé. Reste une option que Riyad n'avait jamais sérieusement envisagée jusqu'ici : solliciter le renseignement israélien.

Un projectile s'abat samedi soir sur le gouvernorat d'al-Tuwal, dans la région saoudienne de Jazan. Bilan, deux blessés, une mosquée endommagée, plusieurs véhicules touchés. Trois attaques en quarante-huit heures, une seule ligne de faille Le Yémen et l'Arabie saoudite viennent de vivre un week-end particulièrement chargé.

Samedi, un projectile houthiste s'écrase dans le gouvernorat d'al-Tuwal, région de Jazan, à la frontière yéménite. Deux personnes sont blessées et une mosquée ainsi que plusieurs bâtiments sont endommagés après qu'un projectile lancé par les Houthistes yéménites a frappé la région de Jazan, dans le sud du royaume, les équipes de la protection civile étant intervenues dans le gouvernorat d'al-Tuwal. La protection civile saoudienne y voit une violation caractérisée du droit international humanitaire.

Le lendemain, dimanche, le porte-parole militaire houthiste Yahya Saree revendique une frappe autrement plus lourde. Le mouvement, qui combat le gouvernement yéménite reconnu internationalement et soutenu par Riyad, affirme avoir visé une base militaire saoudienne à Sharurah, dans la province de Najran, à l'aide de missiles balistiques et de drones, frappant selon lui des dépôts d'armes et des centres de commandement et de contrôle. Saree, sans préciser la date exacte de l'opération, avertit Riyad que toute nouvelle action militaire déclencherait des frappes plus vastes et plus profondes en territoire saoudien.

Riyad n'a pas confirmé cette frappe précise. Mais l'accumulation, elle, ne trompe pas. Ces deux incidents surviennent quarante-huit heures à peine après la fermeture, pour la seconde fois cette année, de l'unique oléoduc saoudien capable de contourner le détroit d'Ormuz.

L'itinéraire de secours devient lui-même une cible

L'oléoduc Est-Ouest, également appelé Petroline, reliait jusqu'ici les champs pétroliers de l'est du royaume au terminal d'exportation de Yanbu, sur la mer Rouge. Les 10 et 11 septembre 2026, une série de frappes de drones lancées depuis le territoire irakien a touché cet oléoduc, dans le cadre de la guerre iranienne de 2026 en cours, poussant l'Arabie saoudite à fermer la conduite par précaution et à retirer temporairement sa principale route alternative d'exportation de brut alors que le détroit d'Ormuz demeurait fermé par l'Iran.

L'ampleur du basculement donne la mesure du problème. Face à la fermeture d'Ormuz par Téhéran dans le cadre de la guerre entre les États-Unis et l'Iran, Riyad avait redirigé environ cinq millions de barils par jour vers l'oléoduc de 1 200 kilomètres menant à Yanbu, sur la mer Rouge. Le PDG d'Aramco, Amin H. Nasser, avait lui-même reconnu le mois précédent que cette conduite avait davantage contribué à atténuer la perturbation de l'approvisionnement pétrolier causée par la guerre iranienne que les déblocages de réserves stratégiques.

Sa fermeture n'est donc pas un simple incident technique. L'Agence internationale de l'énergie a indiqué que l'offre de brut saoudienne était tombée à son niveau le plus bas depuis plus de trois décennies, un recul qu'elle attribue en partie aux perturbations liées aux Houthistes.

Les images satellites confirment la gravité des dégâts. Il apparaît que les équipements servant à faire fonctionner l'oléoduc ont eux aussi été touchés. Bagdad a reconnu que les drones étaient partis de son sol, et a limogé le commandant militaire de la province de Maysan, dans le sud du pays, d'où l'attaque semble avoir été lancée.

Le paradoxe saute aux yeux. La conduite construite pour échapper à la fragilité d'Ormuz est désormais elle-même sous les bombes, et son terminal de sortie, Yanbu, se trouve à moins de soixante-quinze kilomètres des eaux désormais partiellement contrôlées par les Houthistes.

Un verrou supplémentaire en mer Rouge

L'autre versant du piège se joue à Bab-el-Mandeb. Si la prise récente de positions le long de la côte yéménite ne change pas fondamentalement les capacités globales des Houthistes, elle leur simplifie considérablement la tâche pour viser les navires, une vidéo ayant circulé montrant un commandant houthiste sur la côte expliquant que de l'artillerie pouvait désormais être positionnée pour frapper des cibles au large du Yémen.

Le mouvement n'a pas besoin de fermer le détroit. Il lui suffit de le rendre dissuasif. Les données de l'IMF PortWatch font déjà état d'une baisse comprise entre 50 et 55 % du volume et du tonnage transitant par la mer Rouge entre 2023 et 2025, et les grands armateurs continuent de faire contourner leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, ce qui ajoute plus de vingt jours de transit et fait grimper les coûts du fret mondial.

Une partie des compagnies maritimes qui avaient dévié leurs routes lors des précédents épisodes d'attaques n'est d'ailleurs jamais revenue par la mer Rouge, même après que les Houthistes eurent annoncé cesser de viser les navires. Le détroit s'est mué en risque structurel, pas seulement conjoncturel.

Ce que Trump a refusé et ce que Riyad demande vraiment

La partie la plus révélatrice de cette semaine ne concerne pas le champ de bataille, mais les coups de téléphone passés depuis Riyad.

Une source a indiqué à CNN que le prince héritier saoudien s'était entretenu à deux reprises avec Donald Trump jeudi, le pressant de frapper les Houthistes alors qu'ils avançaient vers la mer Rouge, ce que Trump a refusé. Ce refus s'ajoute au constat déjà documenté cette semaine sur la réticence américaine à ouvrir un nouveau front militaire direct.

Ce que Washington accepte, en revanche, est plus discret. CNN a rapporté, en exclusivité, que les États-Unis avaient envoyé une centaine de conseillers militaires en Arabie saoudite pour fournir du renseignement dans le cadre de sa campagne contre les Houthistes, information confirmée par plusieurs sources au fait de cette opération. D'autres sources évoquent un chiffre plus large, autour de deux cents militaires américains, intégrés à un commandement interarmées formé ces dernières semaines à mesure que l'Iran intensifiait son soutien aux Houthistes.

Un ancien conseiller du gouvernement saoudien, aujourd'hui chercheur au King's College de Londres, remet les choses à leur juste échelle. Nawaf Obaid a expliqué à CNN que la demande saoudienne n'avait jamais porté sur des frappes aériennes américaines, mais uniquement sur du renseignement, un soutien qui reste à ce jour limité.

C'est précisément dans cet interstice, entre un soutien militaire refusé et un appui renseignement jugé insuffisant, que s'inscrit la piste israélienne évoquée cette semaine par la presse israélienne, dont Israel Hayom. Plusieurs analyses concordent sur sa nature réelle. Toute coordination israélo-saoudienne pourrait aller du partage de renseignement et de la surveillance à une assistance logistique ou défensive, la participation directe d'Israël à des frappes saoudiennes représentant en revanche une escalade bien plus significative, porteuse de risques régionaux et politiques substantiels.

Cette hypothèse s'appuie sur un savoir-faire déjà éprouvé ailleurs dans le Golfe. Israël avait proposé, par des canaux discrets, une assistance similaire aux Émirats arabes unis après une série d'attaques houthistes contre Abou Dhabi, une coopération qui transite historiquement par les mêmes circuits liés au commandement américain pour le Moyen-Orient. Le renseignement, pas les bombes, voilà ce que Riyad cherche réellement à obtenir de Jérusalem.

Des alliances qui n'ont pas répondu à l'appel

C'est là que le silence de deux capitales, Ankara et Islamabad, devient assourdissant.

Le 7 août, Mohammed ben Salmane, Recep Tayyip Erdogan et Shehbaz Sharif signaient à La Mecque un pacte de défense collective présenté comme l'équivalent sunnite de l'article 5 de l'OTAN. L'alliance stipule qu'une attaque armée contre l'un des trois États sera considérée comme une attaque contre eux tous.

Un mois plus tard, quand les missiles houthistes ont commencé à tomber sur le sud saoudien, ni Ankara ni Islamabad n'ont bougé. Alors que les frappes touchaient une raffinerie d'Aramco à Jizan, la Turquie n'a rien dit. Le Pakistan n'a rien dit non plus.

Islamabad a fini par clarifier sa position début septembre. Le 10 septembre 2026, le Pakistan a annoncé qu'il n'envisageait pas de réponse militaire immédiate au titre de l'accord de défense de La Mecque, malgré les récentes attaques houthistes contre l'Arabie saoudite. Un centre d'analyse américain avait pourtant, dès la signature, prévenu que ce texte resterait largement déclaratif. Si le Pakistan et la Turquie pourraient mobiliser un soutien sécuritaire ponctuel face aux menaces iraniennes ou houthistes, ce soutien ne devrait pas constituer un changement de donne et restera très dépendant du contexte, l'avantage diplomatique de l'accord pouvant s'avérer plus significatif que la coopération sécuritaire tangible.

La visite du prince héritier à Paris fin août, avant que la crise ne bascule dans cette phase aiguë, s'inscrit dans cette même recherche de nouveaux points d'appui. Les discussions avaient porté sur le partenariat stratégique franco-saoudien et sur la stabilité régionale, tout en actant, du côté français, le renforcement des liens sécuritaires de Riyad avec d'autres puissances, notamment après l'accord de défense conclu début août entre l'Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. Aucun engagement militaire concret n'en est cependant sorti concernant le dossier houthiste, qui n'était alors pas encore au stade critique qu'il a atteint depuis.

Ce que cette accumulation révèle, ce n'est pas l'absence d'alliés. C'est l'écart entre la signature d'un traité et sa mise en musique quand le danger devient réel. Riyad a multiplié les partenariats, avec Islamabad, avec Ankara, avec Paris, sans qu'aucun ne se traduise, à ce stade, par un engagement militaire direct contre les Houthistes.

Le fiasco que personne ne voulait nommer

Le tableau se complique encore lorsqu'on regarde ce qui s'est réellement passé sur le terrain la semaine dernière.

Une source régionale a livré à CNN un constat sans détour sur la chute de Mokha. Elle a parlé d'une véritable faillite du commandement politique, marquée par des tergiversations et des retards de décision à Riyad, précisant qu'aucune frappe aérienne saoudienne n'avait eu lieu de toute la journée malgré des mises à jour transmises minute par minute.

Un expert basé à Washington, consulté par la même chaîne, nuance sans pour autant dédouaner Riyad. Selon Mohammed Al-Basha, tous les signaux pointent désormais vers une riposte saoudienne à grande échelle, une probabilité qui augmente de jour en jour, le royaume, selon lui, n'ayant plus vraiment le choix.

Ce constat éclaire d'un jour nouveau la demande adressée à Trump. Ce n'est pas un caprice diplomatique, c'est l'aveu, en creux, que le commandement saoudien a été pris de vitesse et cherche désormais quelqu'un pour combler le vide opérationnel qu'il n'est pas parvenu à combler lui-même.

La facture intérieure d'une guerre qui s'éternise

Pendant que les drones survolent l'oléoduc, une autre bataille se joue dans les colonnes du budget de l'État.

L'Arabie saoudite a enregistré un déficit budgétaire de 125,7 milliards de riyals, soit environ 33,5 milliards de dollars, au premier trimestre 2026, les dépenses ayant augmenté de 20 % tandis que les revenus pétroliers reculaient de 3 %, créant précisément la contradiction que la Vision 2030 était censée éliminer. Fin août, le centre national de gestion de la dette a sollicité les banques pour un emprunt d'au moins huit milliards de dollars, Aramco menant en parallèle des discussions séparées avec des créanciers.

L'activité pétrolière a chuté de 24,7 % sur un an selon l'autorité générale des statistiques du royaume, entraînant une contraction du produit intérieur brut réel de 4,8 %, la plus forte depuis la pandémie.

L'écart entre le discours et la réalité budgétaire est désormais documenté noir sur blanc. Riyad continue de présenter la Vision 2030 comme un cap tenu, quand ses propres chiffres montrent un royaume qui emprunte pour financer une transformation économique censée le rendre moins dépendant du pétrole, précisément au moment où ce même pétrole finance la défense de ses infrastructures contre les attaques.

CE QUE L'ON IGNORE ENCORE

La date exacte de la frappe houthiste revendiquée contre la base de Sharurah n'a pas été précisée par Yahya Saree, et Riyad ne l'a pas confirmée à l'heure de la publication.

L'ampleur réelle des dégâts subis par l'oléoduc Est-Ouest et le calendrier de sa remise en service complet restent non communiqués par le ministère saoudien de l'Énergie.

La nature exacte de ce que Riyad a demandé à Israël, au-delà du partage de renseignement via les canaux liés au commandement américain pour le Moyen-Orient, n'a pas été détaillée publiquement par les deux parties.

Les points de bascule à surveiller dans les prochains jours

La trajectoire la plus probable, dans l'immédiat, tient à une intensification saoudienne plutôt qu'à un règlement diplomatique. Les propres analystes cités par CNN évoquent une riposte à grande échelle de plus en plus difficile à éviter, ce qui suppose une campagne aérienne saoudienne plus soutenue contre les positions houthistes de la côte occidentale, quitte à provoquer de nouvelles frappes de représailles contre l'oléoduc ou contre le sud du royaume. Le signal à observer sera la fréquence des sorties aériennes saoudiennes annoncées par le commandement de la coalition dans les prochains jours, comparée à leur quasi-absence lors de la chute de Mokha.

Une deuxième issue, portée par les canaux diplomatiques plutôt que militaires, verrait Riyad temporiser en misant sur les pourparlers régionaux déjà engagés autour d'Ormuz avec Téhéran et le Golfe, dans l'espoir qu'une désescalade côté iranien retire mécaniquement une partie de la pression exercée sur les Houthistes. Cette piste suppose que l'oléoduc Est-Ouest retrouve rapidement sa pleine capacité et que les compagnies pétrolières redeviennent moins nerveuses sur la sécurité de Yanbu, ce qui reste à ce jour incertain au vu des dégâts constatés sur les stations de pompage.

Une dernière tournure, plus incertaine mais lourde de conséquences si elle se confirmait, tiendrait à un basculement du soutien du renseignement vers un engagement plus direct d'un partenaire extérieur, qu'il s'agisse d'un élargissement discret de la coopération israélienne ou d'une inflexion américaine sous la pression d'une nouvelle attaque spectaculaire contre les installations pétrolières. Rien dans les informations disponibles ne permet aujourd'hui de l'anticiper avec certitude, faute de confirmation officielle sur l'étendue exacte des discussions engagées avec Jérusalem.

Ce qui ressort avec le plus de netteté de cette semaine, c'est que le filet de sécurité sur lequel Riyad comptait depuis des années, l'alliance américaine, les pactes régionaux, la diversification économique, s'est révélé, au moment critique, beaucoup plus fin que ce que le royaume avait lui-même anticipé.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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