La 79ème édition (11-20 septembre) triple le nombre de concerts gratuits et repense son ouverture pour s'affranchir du concours des chefs d'orchestre
Besançon se prépare à accueillir près de 600 musiciens venus d'Europe pour une décennie de rendez-vous qui abandonne le cérémonial, multiplie l'accès gratuit et élargit l'offre au jazz et aux musiques du monde. Sans concours de chefs d'orchestre cette année, la 79ème édition du festival mise sur une stratégie de démocratisation inédite.
La place de la Révolution, dans l'obscurité automnale, devient ce vendredi 11 septembre à 19 heures une esplanade baignée de baroque festif. Le Concert Spirituel y ouvrira le festival avec faste, plongeant le public dans l'ambiance des fêtes royales, notamment grâce à Water Music, chef-d'œuvre baroque de Haendel. Ce changement de décor inaugural résume une transformation plus profonde : le festival a réinventé sa séquence d'ouverture, exit le traditionnel concert symphonique d'ouverture et place à 24 heures de musique gratuite, en six concerts d'une grande diversité, dans des lieux emblématiques de Besançon.
Le Festival international de musique de Besançon propose sa 79ème édition du 11 au 20 septembre 2026, constituant un temps fort de la rentrée culturelle. Mais cette année marque une rupture délibérée avec les précédents classiques. Le prestigieux concours international de jeunes chefs d'orchestre, qui a lieu tous les deux ans, ne se tiendra pas cette année. Absent de la programmation, ce concours qui a révélé des noms comme Seiji Ozawa libère la scène pour un pari inverse.
Un événement de grande envergure : 584 artistes présents et 14 000 spectateurs attendus. Plus de 30 concerts sont proposés à Besançon (25) et en région, avec la musique symphonique comme fil rouge. Orchestres de Bergen, de Stuttgart, de la Sarre : de prestigieuses formations européennes telles l'Orchestre philharmonique de Bergen, l'Orchestre d'État de la Sarre, le Philharmonique de Stuttgart ou encore l'Orchestre de chambre de Bâle se succèderont dans les salles patrimoniales de la cité. Le public retrouvera également des artistes de premier plan tels les pianistes Leif Ove Andsnes et Suzana Bartal, le trompettiste Romain Leleu, le Quatuor Zaïde ou le Trio Goldberg.
L'accessibilité culturelle comme stratégie nouvelle
Ce qui distingue véritablement cette 79ème édition des précédentes n'est pas la qualité de la programmation - elle reste incontestable - mais son architecture de diffusion. Treize concerts sont gratuits en 2026, contre cinq ou six habituellement : c'est le grand geste d'ouverture de l'édition. Le festival a recentré les choses dans la ville avec le retour d'un concert gratuit place de la Révolution le 11 au soir, avec de la musique baroque, suivi le lendemain par cinq autres concerts gratuits à plusieurs endroits de la ville (préfecture, kiosque Micaud, place de la Révolution), et du 16 au 19 septembre, cinq apéro-concerts jazz place Granvelle. Avec ces formules, on touche beaucoup plus de monde et un public varié.
L'ouverture du portail tarifaire s'affiche aussi. Les billets vont de 6 à 54 euros, et treize concerts sont entièrement gratuits — un record. Cette démocratisation répond à une exigence explicitement formulée : l'objectif de s'ouvrir à de nouveaux publics. L'ambition en termes de fréquentation est à peine inférieure : on espère attirer 14 000 festivaliers, contre 18 000 quand il y a le concours, selon le directeur du festival.
La symphonie symphonique se double
Reste que l'armature du festival demeure identique : la musique symphonique. « L'axe fort du festival, depuis 1948, c'est toujours la musique symphonique ». Mais le répertoire s'élargit d'une façon inédite pour cette manifestation. Pour sa 79ème édition, du 11 au 20 septembre, le Festival propose un voyage sonore, du classique aux musiques du monde en passant par le jazz.
Le festival explore d'autres horizons à travers trois concerts de musiques du monde consacrés à l'Irlande, à la Grèce et aux Balkans, et quatre soirées gratuites en plein air dédiées au jazz. Granvelle s'animera au rythme des apéro-jazz (du 16 au 19 septembre à 19 h), sans oublier les soirées autour des musiques balkaniques ou celtiques.
Régis Campo à titre de compositeur tissant la trame
Débarrassée du concours, l'édition concentre tout sur sa programmation et sur son compositeur en résidence, Régis Campo, dont les œuvres traversent la quinzaine. Le Marseillais assure une présence structurante discrète, ses compositions parsemant la programmation, du répertoire symphonique aux créations intimistes.
La programmation fera la part belle aux grandes œuvres du répertoire, avec notamment la 5ème Symphonie de Sibelius, la Grande Messe en ut de Mozart, la Symphonie « Du Nouveau Monde » de Dvořák, la Symphonie n°4 de Brahms ou encore les Concertos pour piano de Chopin dirigés du piano. Le sommet attendu, c'est le 18 septembre au Théâtre Ledoux : l'Orchestre philharmonique de Bergen accompagne le pianiste norvégien Leif Ove Andsnes dans le Deuxième Concerto de Brahms, avant la Cinquième Symphonie de Sibelius dirigée par Dima Slobodeniouk.
De l'institution à la place publique
Une dernière transformation révèle le calcul stratégique du festival : la sortie programmée des murs institutionnels. Water Music et les Musiques des Balkans se jouent en plein air place de la Révolution, les apéro-jazz place Granvelle, et le kiosque du parc Micaud, la cour du musée du Temps ou les Salons de la Préfecture s'ouvrent le temps d'un concert. Le Grand Kursaal, ancien casino Belle Époque au bord du Doubs, reste le vaisseau amiral du festival, doublé du Petit Kursaal pour le jazz et les formats intimes.
Ce déploiement urbain repose sur un enjeu de saturation des capacités. Le Kursaal a une capacité limitée, il n'y a pas de place pour des loges, etc. L'option idéale aurait été ce projet de centre des congrès-auditorium sur le site de Saint-Jacques, mais cela reste « un doux rêve » car les temps sont ce qu'ils sont du point de vue financier.
Depuis trois quarts de siècle, le festival impose Besançon comme une des capitales musicales du pays. Le festival de musique de Besançon, né en 1948, est un des plus anciens festivals culturels de France. Cette année, pour pérenniser cette position face à une concurrence européenne accrue et à l'érosion des financements, le festival n'abandonne pas l'excellence : il en élargit l'accès. Une stratégie audible, place de la Révolution, dès vendredi soir.
Quel avenir après cette édition sans concours ?
Trois trajectoires structurent l'avenir immédiat du festival. L'issue la plus probable concerne la consolidation de ce nouveau modèle : si l'affluence approche les 14 000 spectateurs attendus et si la fréquentation des concerts gratuits se confirme massive, une reconduction au même régime sera envisagée dès 2027. Les chiffres de billeterie et les retours sur la diversification seront à observer dès la fermeture du festival le 20 septembre.
Une deuxième piste, moins certaine, tiendrait au financement de cette ambition nouvelle. Les collectivités locales pourront-elles maintenir le soutien à un tel niveau ? Les sponsors privés amplifieront-ils leur implication face à cette stratégie populaire ? Ce paramètre fiscal posera le vrai test de pérennité à moyen terme.
Une dernière possibilité, infiniment plus lointaine, verrait une expansion territoriale du festival au-delà de la région métropolitaine actuelle : les premières ramifications en périphérie franc-comtoise (Baume-les-Dames, Dole, Montbéliard) pourraient préfigurer une diffusion en cascade qui libérerait le Kursaal d'une charge que sa géométrie ne peut sans cesse accroître. Ces évolutions se décideront en fonction de l'exécution réelle des finances et des arbitrages territoriaux à venir dans les années 2027-2028.
PROGRAMMER SON FESTIVAL - GUIDE PRATIQUE
La 79ème édition s'étend du 11 au 20 septembre 2026
Plus de 30 concerts à Besançon et dans la région - Besançon, Baume-les-Dames, Dole, Luxeuil-les-Bains, Montbéliard






