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Le plein qui ne redescend plus : pourquoi la France paie le prix du chaos pétrolier mondial

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Le gazole a franchi 2,28 euros le litre ce mardi, porté par une pénurie mondiale de raffinage bien plus profonde qu'une simple flambée du baril

Depuis une semaine, les prix à la pompe grimpent jour après jour en France. Derrière la hausse mécanique du Brent, c'est une crise du raffinage mondial, aggravée par le blocage du détroit d'Ormuz et les attaques contre les infrastructures pétrolières saoudiennes, qui explique pourquoi le diesel se rapproche de son record historique d'avril dernier.

Le litre de gazole a franchi 2,28 euros ce mardi 8 septembre 2026 dans les stations françaises.

Selon les relevés matinaux de Roole Data, publiés à 7 heures, le prix moyen du gazole gagne 0,9 centime, soit une hausse de 0,40 %, pour s'établir à 2,284 euros le litre. Côté essence, le SP95-E10 progresse de 0,6 centime pour atteindre 2,117 euros le litre, tandis que le SP98 affiche une hausse de 0,8 centime à 2,213 euros. Le GPL reste stable à 1,051 euro le litre, quand le Superéthanol-E85 n'augmente que de 0,1 centime, à 0,878 euro.

Une semaine plus tôt, le tableau était différent. Le 1er septembre, le prix moyen du gazole avait même reculé de 0,4 centime pour s'établir à 2,218 euros le litre, avant de repartir à la hausse de façon continue. En sept jours, la progression du diesel dépasse ainsi les six centimes.

Ce mouvement s'inscrit dans une tendance bien plus longue. Les prix du diesel grimpent en France depuis la mi-juillet, revenant à des niveaux inédits depuis avril, quand le conflit au Moyen-Orient avait fait s'envoler les cours jusqu'à un record de 2,398 euros le litre. La séquence actuelle n'a donc rien d'un simple accident de marché, elle prolonge une crise entamée il y a plusieurs mois et jamais réellement résorbée.

Le gazole, otage d'une pénurie mondiale de raffinage

Ce qui frappe dans cette nouvelle poussée, c'est son origine. Le problème ne se limite pas à la hausse du pétrole brut. Il touche directement les produits déjà raffinés, et le diesel en premier lieu.

Mardi, les cours du pétrole ont bondi après une nouvelle salve d'attaques. Les cours du pétrole étaient en hausse mardi, portés par la série d'attaques des rebelles houthis du Yémen sur le sud-ouest de l'Arabie saoudite, qui ont notamment touché des installations du géant pétrolier Saudi Aramco. Vers 10h35 GMT, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en novembre, prenait 1,48 % à 98,44 dollars, tandis que le baril de West Texas Intermediate gagnait 2,51 % à 93,78 dollars. Le Brent a même touché 99,46 dollars dans la journée, à un souffle du seuil symbolique des 100 dollars.

Mais le vrai signal d'alarme se trouve ailleurs, dans l'écart désormais béant entre le prix du brut et celui des carburants raffinés. Selon un analyste de Saxo Bank cité par plusieurs agences, le fait que le pétrole s'échange encore sous les 100 dollars masque la tension qui s'accumule sur les produits dérivés, le diesel européen s'échangeant à près de 200 dollars le baril, le kérosène d'aviation n'étant pas loin derrière.

Cette déconnexion s'explique par un déficit structurel de capacités de raffinage, documenté par une enquête de Reuters relayée notamment par le site spécialisé OilPrice. L'approvisionnement mondial en diesel restera tendu en raison du manque de capacités de raffinage disponibles, de l'interdiction russe d'exporter du diesel et de l'approche de la demande hivernale, ont indiqué mardi de hauts responsables du secteur, les guerres en Ukraine et en Iran ayant affecté les raffineries russes et moyen-orientales, poussant les marges de raffinage à des niveaux records en Europe et aux États-Unis.

Le directeur général du négociant pétrolier Vitol a posé le diagnostic sans détour lors de la conférence Asia-Pacific Petroleum. « Il y a vraiment une pénurie de produits parce qu'il nous manque 2 millions de barils par jour en provenance de Russie, et près de 2 millions de barils par jour en provenance du Moyen-Orient », a résumé Russell Hardy. Conséquence directe sur les places de marché, le crack spread du diesel, indicateur de rentabilité du raffinage, a atteint un record intrajournalier de 108,02 dollars le baril mercredi dernier.

Ce qui ne figure dans aucun communiqué officiel, c'est que cette pénurie de produits raffinés profite d'abord aux raffineurs et aux traders, dont les marges explosent, avant même que le baril de brut n'ait bougé. La hausse à la pompe n'est donc pas seulement une affaire de rareté du pétrole, elle est aussi une affaire de rente de raffinage, captée par un nombre restreint d'acteurs industriels.

Le verrou géographique aggrave la situation. L'Iran s'apprête à déclarer une « zone interdite » à proximité du détroit d'Ormuz, une voie maritime stratégique verrouillée par Téhéran depuis le début de la guerre avec les États-Unis, tout navire y pénétrant s'exposant à des sanctions. Cette annonce, faite quelques jours avant les frappes contre l'Arabie saoudite, ferme un peu plus l'un des principaux corridors d'exportation du pétrole et de ses dérivés vers l'Europe.

L'État à la rescousse, entre aides ciblées et plafond privé

Face à cette flambée, l'exécutif a choisi de ne pas toucher au prix affiché, mais de renforcer les filets de sécurité pour les publics jugés les plus exposés.

Le 3 septembre, la porte-parole du gouvernement a annoncé une nouvelle prolongation du dispositif destiné aux travailleurs qui utilisent quotidiennement leur véhicule. Alors que la date limite initiale était fixée au 31 août, le gouvernement a annoncé jeudi 3 septembre une nouvelle prolongation d'un mois du guichet de l'aide carburant grands rouleurs, le dispositif de 100 euros restant finalement accessible jusqu'au 30 septembre 2026.

Le nombre de bénéficiaires potentiels reste considérable. Ce coup de pouce concerne potentiellement environ 3 millions de Français, mais la porte-parole du gouvernement a rappelé qu'environ 1,5 million de personnes éligibles n'avaient pas encore effectué leur demande.

Interrogée sur une mesure plus générale, la même porte-parole a fermé la porte à toute idée de blocage des prix. Elle a clairement défendu le choix d'une aide ciblée plutôt qu'universelle, invoquant une nécessaire attention budgétaire, le gouvernement excluant notamment tout blocage des prix à la pompe, une option jugée irréaliste par la porte-parole, qui redoute qu'une telle mesure ne conduise, comme observé dans d'autres pays ayant tenté cette approche, à des problèmes de pénurie.

D'autres secteurs, jugés structurellement captifs du carburant, bénéficient d'un traitement plus long. Le gouvernement a annoncé la prolongation pendant deux mois de plusieurs aides destinées aux professionnels particulièrement touchés par la hausse des prix du carburant. Les agriculteurs, les pêcheurs et les entreprises du BTP font partie des cibles. Cette aide prend la forme d'une remise par litre, fixée à 0,15 euro pour les agriculteurs, 0,25 euro pour les pêcheurs et 0,20 euro pour le BTP. Ces dispositifs représentent environ 70 millions d'euros par mois de soutien public, selon les chiffres communiqués par le gouvernement.

À côté de l'État, un acteur privé joue son propre rôle d'amortisseur, non sans arrière-pensée. TotalEnergies limite le litre d'essence à 1,99 euro et celui de gazole à 2,25 euros dans ses stations-service, son PDG Patrick Pouyanné ayant assuré le 29 août sur France Inter que cette mesure resterait en vigueur tant que le conflit au Moyen-Orient durerait. Un plafond qui n'est pas sans coût pour le groupe. Ce dispositif a représenté un coût de 250 millions d'euros pour la compagnie.

Ce geste, présenté comme un service rendu aux automobilistes, a cependant une contrepartie politique explicite. Le PDG a averti que TotalEnergies pourrait renoncer à ce plafonnement si une taxe sur les superprofits pétroliers venait à être instaurée, ce qui revient à conditionner la générosité du groupe à l'absence de fiscalité exceptionnelle sur ses bénéfices records. Le calcul est limpide, mieux vaut afficher un geste commercial coûteux mais maîtrisé qu'une ponction fiscale décidée par d'autres.

Ce que la moyenne nationale cache aux automobilistes

Le prix moyen national masque des écarts considérables selon les enseignes, que confirment plusieurs comparateurs alimentés par le flux officiel du ministère de l'Économie.

Début septembre, un relevé détaillé par enseigne montrait des différences allant du simple à près du double. Le distributeur Elan affichait le prix moyen le plus bas à 2,230 euros le litre, suivi de près par Système U et E.Leclerc à 2,233 euros, tandis que TotalEnergies affichait une moyenne de 2,245 euros, Carrefour 2,248 euros et Les Mousquetaires 2,252 euros. À l'autre extrémité, le diesel atteignait en moyenne 2,407 euros chez Eni et 2,643 euros chez Shell.

Un plein de cinquante litres peut ainsi coûter plus de vingt euros de plus selon la seule enseigne choisie, indépendamment de toute logique géographique. La grande distribution reste structurellement moins chère que les réseaux de marque, un écart que la flambée des cours mondiaux ne fait qu'accentuer.

Pour les ménages, l'équation budgétaire devient de plus en plus difficile à équilibrer. En septembre 2026, un conducteur de voiture à essence dépensait en moyenne 137 euros par mois, une hausse de 15 % en six mois. Cette pression s'exerce dans un contexte macroéconomique déjà fragile. L'Insee relevait une inflation limitée à 0,7 % sur un an en décembre 2025, mais le taux de chômage atteignait 8,3 % de la population active en juillet 2026, fragilisant le pouvoir d'achat de millions de ménages qui dépendent de leur voiture pour travailler.

Ce que les chiffres officiels ne disent jamais, c'est que le carburant reste composé à plus de 45 % de taxes en France, ce qui signifie que l'État engrange mécaniquement davantage de recettes à chaque envolée des cours, au moment même où il doit financer des aides ciblées pour compenser cette même hausse. Le budget public se trouve ainsi à la fois gagnant sur la fiscalité et contraint de dépenser pour en limiter les effets sociaux, une contradiction qu'aucun communiqué ne formule en ces termes.

Ce qui pourrait suivre

Le scénario le plus probable, et celui vers lequel convergent la plupart des analystes du secteur, est une poursuite de la tension sur le diesel pendant tout l'hiver. Un responsable de Phillips 66 a résumé cette perspective en évoquant une saison hivernale où les stocks de diesel sont en déficit marqué, ce qui pourrait entretenir la vigueur des prix sur ces marchés. L'indicateur à surveiller sera l'évolution hebdomadaire des relevés Roole Data et la trajectoire du crack spread européen dans les prochaines semaines.

Une deuxième trajectoire, moins probable à court terme mais déjà anticipée par certains traders, verrait un apaisement partiel si les capacités de raffinage russes et moyen-orientales endommagées retrouvaient une partie de leur production. Le signal à observer serait alors un ralentissement du rythme des attaques contre les infrastructures énergétiques et une levée progressive de l'interdiction russe d'exporter du diesel.

Une troisième hypothèse, plus incertaine, tiendrait à une intervention publique plus radicale, si la pression sociale devenait politiquement intenable malgré le refus actuel de tout blocage des prix. Rien dans les déclarations gouvernementales actuelles ne laisse penser que cette option soit envisagée à court terme, le choix du ciblage ayant été réaffirmé sans ambiguïté début septembre.

« Il y a vraiment une pénurie de produits parce qu'il nous manque 2 millions de barils par jour en provenance de Russie, et près de 2 millions de barils par jour en provenance du Moyen-Orient »

Russell Hardy, directeur général de Vitol

LES PRIX RELEVES CE MARDI 8 SEPTEMBRE 2026

Gazole : 2,284 €/L, en hausse de 0,40 % SP95-E10 : 2,117 €/L, en hausse de 0,28 % Brent : environ 98 dollars le baril, au plus près des 100 dollars depuis les frappes contre l'Arabie saoudite

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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