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Quinze candidatures, six mois, une chance de sortir du quartier par le haut

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À Besançon et Belfort, BGE Franche-Comté rouvre son Accélérateur Émergence pour les porteurs de projets des quartiers prioritaires, un dispositif national qui affiche de bons résultats mais avance sur un budget de plus en plus contraint

Le 15 septembre, un jury examinera les dossiers de candidats venus de Planoise, du Mont ou des Glacis du Château. Quinze d'entre eux entameront le 12 octobre un parcours de six mois censé transformer une idée en entreprise viable. Derrière l'optimisme institutionnel, une réalité plus rugueuse persiste sur le terrain.

Un dossier de candidature, une feuille A4 où tient un projet entier. Nom, quartier, idée. Dans les bureaux de BGE Franche-Comté, ces dossiers s'empilent avant l'échéance du 15 septembre, date à laquelle un jury retiendra les quinze noms qui composeront la prochaine promotion de l'Accélérateur Émergence.

Six mois plus tard, en principe, quinze entreprises auront vu le jour. C'est la promesse du dispositif, relancé à Besançon et à Belfort à partir du 12 octobre 2026, dans le cadre du programme national Entrepreneuriat Quartiers 2030.

Le pari d'un parcours intensif

Le principe tient en une phrase. L'accélérateur Émergence offre un parcours intensif de six mois, conçu pour répondre aux besoins spécifiques des porteurs de projets issus ou souhaitant s'implanter dans un Quartier Prioritaire de la Ville.

Concrètement, chaque candidat retenu commence par un diagnostic individuel. Ce diagnostic approfondi permet d'élaborer une feuille de route personnalisée et de clarifier les étapes du projet.

Vient ensuite la partie collective, la plus dense du programme. Chez BGE Franche-Comté, le format est cadré au quart d'heure près, deux jours par semaine, pour un programme de six mois représentant environ 195 heures en synchrone, dont 147 heures de collectif, 21 heures de suivi et conseil individuel et 27 heures de mise en réseau.

Sur cette base, les porteurs de projets travaillent l'étude de marché, la proposition de valeur, la stratégie commerciale, les prévisions financières. Rien n'est laissé de côté, pas même les aspects les plus rébarbatifs du parcours entrepreneurial : le choix du statut juridique, l'immatriculation, la recherche de financements.

À l'arrivée, chaque participant doit disposer d'un business plan complet et d'un pitch rodé, pensé pour convaincre un partenaire ou un investisseur. L'ambition affichée par BGE Franche-Comté ne varie pas d'une édition à l'autre : voir sortir du parcours une entreprise immatriculée et prête à démarrer.

La coordination du dispositif en Franche-Comté repose sur une seule personne, chargée de recevoir les candidatures et d'orchestrer les six mois qui suivent. La coordination régionale du programme est assurée par Fatoumata Sylla, ancienne cheffe d'entreprise et animatrice de La Fabrique à Entreprendre au sein de BGE Franche-Comté.

« Structurer une idée avant de se lancer, plutôt que de se lancer et de découvrir ensuite qu'il fallait structurer. »

Principe fondateur de l'Accélérateur Émergence

Les précédents qui donnent corps à la promesse

Une promotion de quinze personnes, ce n'est pas une abstraction statistique. C'est un format pensé pour l'entraide, où chacun connaît le projet du voisin et peut s'appuyer dessus.

Le précédent le plus tangible s'est joué à Dole, hors Besançon et Belfort mais dans le même écosystème BGE Franche-Comté. Monitrice-éducatrice de formation, une ancienne accélérée a mis quatre ans à se former avant d'ouvrir son café-cantine en novembre 2024, un projet mûri en conjuguant expérience de vie et expérience professionnelle. Les Pépites existent aujourd'hui, avec pignon sur rue.

À Besançon même, le concours Talents des Cités, organisé main dans la main avec BGE, a révélé plusieurs trajectoires similaires ces dernières années. En 2023, le prix France Télévisions a été décerné à une entrepreneure pour son projet Les Sportives, accompagnée par BGE Franche-Comté.

L'année suivante, une autre lauréate bisontine a tapé dans l'œil du jury régional avec un institut de beauté. Succar Banat, porté par sa fondatrice à Besançon et accompagné par BGE, propose des soins cent pour cent naturels et des conseils personnalisés, avec des prestations allant des soins du visage à la sculpture de la barbe.

Une entreprise de nettoyage de tissu et d'ameublement à domicile, baptisée Sos Karpet, a de son côté décroché le premier prix Création du concours local en 2025, devant un jury réuni à la préfecture du Doubs en présence du préfet et de la maire de Besançon. Autant de preuves concrètes que le passage par un accompagnement structuré débouche, pour une partie des candidats, sur une activité qui tient la route plusieurs années après le lancement.

Un terrain qui n'attendait pas ce coup de pouce par hasard

Reste à savoir pourquoi ce dispositif cible précisément Besançon et Belfort, et pas n'importe quelle commune de la région. La réponse tient dans la géographie sociale des deux agglomérations.

À Besançon, la ville compte, depuis le 1er janvier 2024, six quartiers prioritaires de la politique de la ville : Planoise, Clairs-Soleils, Montrapon, Orchamps-Palente, Battant et Hauts de Saint-Claude. Planoise concentre à lui seul l'essentiel de la fragilité économique locale. Ce quartier représente à lui seul plus de 67 % des demandeurs d'emploi inscrits résidant dans un quartier prioritaire de l'agglomération bisontine, alors même que le taux de chômage global du Grand Besançon plafonne à 6,5 %. Sur le seul périmètre de Planoise-Châteaufarine, le revenu moyen par habitant reste très inférieur à la moyenne nationale, et la part de la population au chômage y dépasse la moyenne du pays.

À Belfort, la logique est la même à une autre échelle. L'agglomération compte sept quartiers concernés par la politique de la ville, identifiés comme prioritaires parce que les revenus de leurs habitants sont sensiblement inférieurs à ceux de l'agglomération, et ces quartiers comptent plus de 15 700 habitants, soit environ 15 % de la population du Grand Belfort. Le tissu de ces quartiers porte des noms bien identifiés localement, Bougenel, Les Glacis, Dardel-La Méchelle, Le Mont, la Pépinière et les Résidences pour Belfort proprement dit, l'Arsot et les Rives du Martinet pour Offemont et Valdoie.

Ces chiffres locaux ne sont que la déclinaison d'une fracture nationale documentée depuis des années. Le taux de chômage dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville atteignait 18,3 % selon les données 2022 de l'Observatoire national de la politique de la ville, contre 7,5 % dans les quartiers environnants, un écart qui grimpe chez les jeunes actifs de moins de trente ans, dont le taux de chômage approche les 26 %. Des données plus récentes confirment que l'écart ne se referme pas. Selon les données 2024, le taux de chômage en quartier prioritaire s'élève à 16,6 %, soit plus du double de la moyenne nationale de 7,5 %.

C'est cette réalité, et non un simple affichage institutionnel, que l'accélérateur prétend corriger, quartier par quartier, promotion par promotion.

Ce que les études disent, et ce que le discours officiel n'aime pas trop répéter L'argument que BGE et Bpifrance martèlent inlassablement dans leurs communications, c'est que les entreprises créées en quartier prioritaire ne sont pas plus fragiles que les autres. Les chiffres, sur ce point précis, leur donnent raison. Le taux de pérennité des entreprises trois ans après la création atteint 77 % pour les entreprises situées en quartier prioritaire, contre 74 % hors quartier prioritaire, et 48 % pour les micro-entrepreneurs en quartier prioritaire contre 36 % ailleurs.

Ce que l'on répète moins volontiers dans les discours de lancement, c'est que ces mêmes quartiers créent proportionnellement moins d'entreprises que le reste du pays. Le taux de création d'établissements rapporté à la population active y est de 1,7 %, contre 2,2 % au niveau national. Autrement dit, ceux qui franchissent le pas réussissent aussi bien, voire mieux, que la moyenne. Le problème n'est donc pas la viabilité des projets nés dans ces quartiers. C'est le nombre de personnes qui, faute de réseau, d'information ou de confiance en elles, n'osent jamais déposer un dossier. L'Accélérateur Émergence, en ce sens, ne cherche pas à corriger un défaut de qualité entrepreneuriale, il cherche à corriger un défaut d'accès.

Et la pauvreté qui frappe ces territoires reste, elle, d'une ampleur qui dépasse largement ce qu'un accélérateur de quinze places peut à lui seul renverser. Le taux de pauvreté est de 42,6 % dans les quartiers prioritaires, contre 14,5 % en France métropolitaine.

Le calcul politique derrière l'annonce

Reste la question que les communiqués institutionnels n'affrontent jamais frontalement : pourquoi relancer ce dispositif précisément à cette rentrée, et à quel prix réel ?

Sur le papier, l'ambition nationale est spectaculaire. L'objectif affiché est d'accompagner 100 000 entrepreneurs d'ici 2027 dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville, un chiffre martelé lors de chaque événement Bpifrance depuis 2023. Le programme Entrepreneuriat Quartiers 2030 est doté de 456 millions d'euros sur quatre ans, financés par l'État et la Banque des Territoires.

Mais cette enveloppe fléchée sur l'entrepreneuriat coexiste avec un mouvement inverse sur l'ensemble de la politique de la ville. Dans le projet de loi de finances pour 2026, plusieurs associations d'élus locaux ont dénoncé la baisse des crédits alloués à certaines actions de la politique de la ville, pointant en particulier la ventilation des fonds au détriment des actions territorialisées et des dispositifs spécifiques destinés aux quartiers prioritaires, en recul de 24 millions d'euros, soit six pour cent en tenant compte de l'inflation. Plus largement, le budget global de la politique de la ville a été fixé à 636,7 millions d'euros dans le projet de loi de finances pour 2026, en recul de 16,3 millions d'euros par rapport à ce qui ressortait des débats parlementaires fin 2025.

L'écart entre le discours et la réalité budgétaire est donc lisible noir sur blanc. D'un côté, un programme d'accompagnement à l'entrepreneuriat richement doté et savamment mis en scène, avec ses accélérateurs, ses jurys, ses cérémonies de remise de prix. De l'autre, un effritement des moyens consacrés aux actions de terrain les plus anciennes, la rénovation urbaine et les contrats de ville, qui structurent pourtant le quotidien de ces mêmes quartiers.

Ce n'est pas un hasard de calendrier si l'État choisit de mettre en avant l'entrepreneuriat au moment même où d'autres leviers de la politique de la ville se resserrent. Un jeune qui crée son entreprise coûte, sur la durée, moins cher aux finances publiques qu'un jeune qui reste durablement sans emploi ou qu'un quartier qui exige une rénovation urbaine massive. L'accélérateur devient, dans ce contexte, une vitrine peu coûteuse et hautement communicable, quinze visages, quinze histoires individuelles de réussite possible, quand les crédits pour transformer le bâti et les infrastructures des mêmes quartiers reculent.

Ce qui n'est jamais dit dans les communiqués de lancement, c'est que ce type de dispositif, aussi utile soit-il pour les quinze lauréats retenus, ne peut structurellement compenser l'ampleur du sur-chômage documenté à Planoise ou dans les sept quartiers du Grand Belfort. Il soigne des trajectoires individuelles, il ne referme pas la fracture territoriale.

CANDIDATER A L'ACCELERATEUR ÉMERGENCE

Public visé - résidents d'un quartier prioritaire de la politique de la ville (Besançon, Belfort) ou porteurs de projet souhaitant s'y implanter Jury de sélection - 15 septembre 2026, sur dossier et entretien diagnostic Démarrage du parcours - 12 octobre 2026, pour six mois, quinze places Contact - Fatoumata Sylla, BGE Franche-Comté, fatoumata.sylla@bgefc.org

Sur les murs de Planoise et du Mont

Aucun de ces quinze noms n'existe encore. Ils tiennent, ce soir, dans une pile de dossiers posée sur un bureau de BGE Franche-Comté, en attente du jury du 15 septembre.

À Planoise, dans les cages d'escalier des tours qui bordent l'avenue de l'Île-de-France, à Belfort, dans les pavillons serrés du Mont ou face aux barres des Glacis du Château, certains de ces candidats ont déjà repéré, sans le dire à personne, l'emplacement où ils imaginent leur future devanture.

D'ici le 12 octobre, ces quinze porteurs de projet troqueront l'anonymat du dossier de candidature pour deux jours par semaine de formation collective, un diagnostic individuel et 195 heures de travail encadré. Le programme s'achèvera en avril 2027, avec, si le schéma des promotions précédentes se confirme, un business plan et un statut juridique déposé pour la majorité d'entre eux.

Fatoumata Sylla, elle, reprendra alors une nouvelle pile de dossiers. Le café-cantine de Dole, l'institut de beauté de Succar Banat, l'entreprise de nettoyage Sos Karpet ont tous commencé de la même manière, par une feuille A4 remplie dans l'urgence avant une date limite. Rien ne garantit que cette promotion 2026-2027 produira les mêmes noms qui compteront un jour dans un concours régional. Mais l'enseigne accrochée au-dessus d'une devanture, elle, ne se décrète jamais avant d'avoir été gagnée, semaine après semaine, sur le terrain.

Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
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