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Avant que la nuit tombe sur Gy

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Un homme a tué ses deux fils, sa belle-mère, filmé la scène et envoyé la vidéo à sa femme. Quatre morts dans un village de mille âmes, sur un terrain entre les vignes et les bois. Ce que l'on sait - et ce que l'enquête devra encore établir.

Mercredi 2 septembre, vers 20 heures, dans un coin isolé des hauteurs de Gy, en Haute-Saône, quatre membres d'une même famille ont été retrouvés sans vie. Deux enfants de 6 et 9 ans. Un père d'une quarantaine d'années. Une femme, censément leur grand-mère. Selon les premiers éléments recueillis par L'Est Républicain et confirmés par l'AFP auprès d'une source officielle, le père aurait ouvert le feu sur ses proches avec un fusil avant de retourner l'arme contre lui, dans un contexte de séparation conjugale. Une enquête pour homicide volontaire a été ouverte.

Le terrain se trouve sur les hauteurs de Gy - commune de mille habitants à trente kilomètres au nord de Besançon - entouré d'un mur en pierre sèche, entre les vignes et les bois. Un chemin à l'écart, une parcelle qu'on ne traverse pas par hasard. La famille vivait dans un mobil-home stationné là, à côté d'une maison en cours de construction. Ce jeudi matin, une journaliste de l'AFP a constaté la présence d'une piscine hors-sol et d'une balançoire sur le terrain. Les attributs d'une vie ordinaire. Avant que la nuit du 2 septembre ne les efface.

Vers 20 heures, quatre corps ont été retrouvés - dont ceux de deux garçons âgés de six et neuf ans. Trois victimes gisaient dans le mobil-home, la quatrième dans un véhicule utilitaire, selon L'Est Républicain. Une voisine rapporte avoir entendu des détonations au moment des faits, et avoir aperçu, une demi-heure plus tôt, l'aîné des enfants qui descendait les poubelles en trottinette.

Un fusil, une vidéo, un message

Selon un homme croisé par l'AFP près des lieux du drame et qui s'est présenté comme le cousin du père, ce dernier a commis les meurtres alors que sa belle-mère venait chercher les enfants. Il aurait ensuite filmé la scène et envoyé les images à sa femme en lui disant : « Voilà ce que tu mérites », avant de transmettre les images à ses frères.

Une source officielle a confirmé qu'il s'agissait d'un couple en instance de divorce, qui était en train de construire une maison, et que le père de famille appartenait à la communauté des gens du voyage. Il travaillait dans le bâtiment.

Sa compagne voulait le quitter depuis une infidélité qu'il lui avait faite plusieurs mois auparavant, toujours selon le cousin. Le couple semblait pourtant s'être rapproché, partant ensemble en vacances en Grèce durant l'été. Mais le mercredi soir du drame, elle avait demandé à sa mère d'aller chercher les enfants, lui disant qu'elle n'avait plus envie d'y retourner.

C'est cette phrase - banale en apparence, ultime en réalité - qui a envoyé la grand-mère sur le chemin de Bellevue.

L'enquête et le village sous le choc

Un important dispositif de gendarmerie a été déployé dans la soirée pour sécuriser les lieux, tandis que des techniciens en identification criminelle ont travaillé une grande partie de la nuit pour effectuer les premiers prélèvements. Le procureur de la République de Vesoul s'est rendu sur les hauteurs de Gy aux côtés du maire de la commune, confirmant la découverte des quatre cadavres, tout en précisant que les liens exacts de filiation de la quatrième victime restaient à établir. Une enquête pour homicide volontaire a été ouverte et confiée à la brigade de recherches de Vesoul.

Le parquet n'a pas communiqué publiquement davantage d'éléments sur le mobile ou le déroulement précis du drame. Les autopsies et les constatations scientifiques devront préciser les causes des décès et confirmer le scénario retenu par les premiers éléments.

À Gy, la famille était connue. Impliquée dans la vie associative locale. Les deux garçons étaient scolarisés au pôle éducatif Catherine-Fraischot. Le maire Alexandre Lacroix a réuni un conseil municipal extraordinaire dès le soir du drame pour informer les élus. Quatre psychologues ont été mobilisés dans les établissements scolaires de la commune. Les événements festifs du week-end - trophées sportifs et feu d'artifice - ont été annulés.

Un drame parmi d'autres, dans un pays qui en comptabilise des dizaines Ce qui s'est passé sur ce chemin de Bellevue n'est pas un événement isolé dans le paysage des violences intrafamiliales en France. Au 31 décembre 2025, le collectif Nous Toutes recensait 164 féminicides, en forte progression par rapport aux 141 enregistrés en 2024, qui marquait déjà une hausse de 11 % par rapport à 2023. Sur les 59 féminicides par compagnons ou ex-compagnons recensés au 20 août 2026, 34 se sont produits dans un contexte de séparation et/ou de violences connues. La rupture reste le moment le plus dangereux - celui où la perte de contrôle devient, pour certains, un déclencheur.

Ce que le drame de Gy révèle avec une brutalité particulière, c'est l'usage de la vidéo comme arme finale. Filmer. Envoyer. Signifier à celle qui part que même en partant, elle ne sera pas épargnée. Les enfants, dans cette logique, ne sont plus des victimes premières - ils sont le message.

Environ 55 % des divorces en France concernent des couples ayant des enfants mineurs au moment de la séparation - ce qui représente chaque année entre 70 000 et 75 000 enfants mineurs concernés. Pour l'immense majorité, cette séparation se règle autrement. Pour quelques-uns, elle finit comme sur ce terrain de Haute-Saône.

L'enquête ouverte à Vesoul devra reconstituer le fil précis des événements - ce qui s'est dit ce soir-là, ce qui a conduit un homme à franchir ce seuil. Elle ne ramènera personne.

CE QUE L'ENQUETE DOIT ENCORE ETABLIR

Les causes exactes des décès de chacune des quatre victimes (autopsies en cours).

Le lien de filiation précis de la quatrième victime avec le reste de la famille, que le parquet n'avait pas encore confirmé officiellement.

Les circonstances exactes du passage à l'acte et la chronologie précise des faits.

L'origine et la situation réglementaire de l'arme à feu utilisée.

La teneur exacte des échanges entre le père et son épouse dans les heures précédant le drame.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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