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Besançon refuse l’oubli devant le tribunal

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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L'intersyndicale féministe du Doubs appelle à un rassemblement le 7 septembre, le jour même où l'Assemblée ouvre l'examen de la loi promise

Lundi 7 septembre à 19 heures, des voix se lèveront à nouveau devant le palais de justice bisontin. Elles exigent une loi-cadre intégrale contre les violences sexistes et sexuelles, dotée de 2,6 milliards d'euros par an. Le rendez-vous coïncide avec le début des travaux parlementaires. Les organisateurs rappellent Lyhanna et les milliers de victimes laissées sans suite.

Les mêmes pavés, le même fronton du tribunal. En juin, plusieurs centaines de personnes s'y étaient rassemblées à Besançon. Lundi 7 septembre à 19 heures, l'Intersyndicale Féministe du Doubs y convie de nouveau. Le lieu n'a pas changé. L'exigence non plus.

Cette mobilisation locale s'inscrit dans une campagne nationale portée par la Coalition féministe et enfantiste. Plus de 150 organisations, associations et syndicats, dont la Fondation des Femmes, réclament une législation d'ensemble. Des rassemblements et une marche avaient déjà eu lieu en juin et le 4 juillet, à Besançon comme ailleurs.

Le 7 septembre n'est pas un hasard. Ce jour-là, une commission spéciale de l'Assemblée nationale commence l'examen de la proposition de loi. Sébastien Lecornu a confirmé le 1er septembre que le texte serait le premier inscrit à l'ordre du jour début octobre. Les organisateurs veulent que la pression ne retombe pas.

Lyhanna, le nom que personne n'a le droit d'effacer

Dans leur appel, les syndicats s'adressent directement aux ministres. « Non monsieur Darmanin, nous n'avons pas oublié Lyhanna. Non monsieur Lecornu, nous n'oublions pas toutes les victimes. » La fillette de 11 ans a disparu le 29 mai 2026 à Fleurance, dans le Gers. Son corps a été retrouvé le 4 juin. L'autopsie a confirmé qu'elle avait été violée.

Le principal suspect, Jérôme Barella, faisait déjà l'objet de plusieurs plaintes pour viols sur d'autres mineures. Une procédure déposée en août 2025 n'avait pas été traitée comme prioritaire. Les inspections générales ont pointé des pertes de temps et une absence de suivi. Le drame a provoqué des rassemblements dans près de 200 villes. À Besançon, l'émotion s'était mêlée à la colère contre les défaillances.

Ce que les autorités ne disent pas assez, c'est que ce n'est pas un accident isolé. C'est le produit d'un système qui classe, qui transmet, qui oublie. Le calcul politique a été lisible. Après le choc, le gouvernement a promis d'inscrire le texte. Les associations y voient une victoire d'étape. Elles n'y voient pas encore une garantie.

Des chiffres que le discours officiel ne peut plus diluer

Les organisateurs brandissent des données précises. Plus de 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, selon la CIIVISE. Un enfant est victime d'un viol ou d'une agression sexuelle toutes les trois minutes. L'enquête de victimation du ministère de l'Intérieur recense 325 000 personnes majeures victimes de violences sexuelles physiques en 2023, très majoritairement des femmes.

Le texte de l'appel affirme que 94 % des plaintes pour viol sont classées sans suite. Ce chiffre, issu d'une étude de l'Institut des politiques publiques portant sur 2012-2020, a été contesté par le ministère de la Justice. Une version actualisée et les données ministérielles indiquent des taux plus bas, autour de 59 à 70 % selon les motifs. La contradiction existe. Elle n'efface pas le constat d'une impunité massive. Selon la CIIVISE, 1 % seulement des auteurs sont condamnés dans les cas d'inceste.

L'État consacre actuellement 12,7 millions d'euros par an à la lutte contre les violences sexuelles, soit 0,003 % du budget, d'après la Fondation des Femmes. La coalition demande 2,6 milliards. Le coût social des violences est estimé bien plus élevé. L'écart entre l'annonce et les moyens reste le non-dit central.

Une loi intégrale, pas une loi au rabais

« Monsieur le premier ministre, vous avez promis une loi pour octobre 2026. Nous ne l'avons pas oublié. » Les organisations ne veulent pas d'un texte parcellaire. Elles exigent une loi-cadre qui couvre la prévention, la protection, la justice spécialisée, la formation et l'accompagnement. Le modèle espagnol de 2004, avec ses tribunaux dédiés et son approche globale, a fait reculer les féminicides. La France s'en inspire tardivement.
« Nous ne voulons pas d'une loi au rabais mais une loi exigeante, une loi-cadre intégrale assortie d'un budget de 2,6 milliards d'euros par an. » Les signataires présentent ce texte comme une étape fondatrice contre la société patriarcale. Ils annoncent qu'ils continueront « tant que cette loi n'est pas à l'ordre du jour ».

La réalité derrière l'annonce gouvernementale est celle d'un agenda contraint par l'élection de 2027 et par les arbitrages budgétaires. Les associations paient déjà le prix des coupes. Les victimes, elles, paient le prix de l'attente. Qui gagne si le texte est voté sans les moyens ? Certainement pas celles et ceux qui n'ont pas de voix.

« C'est un changement global de société qui doit advenir. Cette loi se doit d'être une étape fondatrice de la fin de la société patriarcale. »

Appel de l'Intersyndicale Féministe du Doubs

CE QUE RECLAME LA COALITION

160 000 enfants victimes chaque année selon la CIIVISE

Un enfant est victime d'un viol ou d'une agression sexuelle toutes les trois minutes

2,6 milliards d'euros par an contre 12,7 millions actuellement

Juridictions spécialisées et socle d'enquête obligatoire

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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