Harald V, roi de Norvège pendant trente-cinq ans, est mort le 28 août 2026. Des milliers de ses sujets ont bravé l'averse pour escorter son cercueil jusqu'au palais royal. Son fils, Haakon VIII, hérite d'une couronne aimée mais fragilisée.
À Oslo, le soir du 28 août 2026, la pluie ne fait pas reculer grand monde. Des milliers de Norvégiens s'entassent le long du Karl Johans gate, bouquets à la main, visages tendus vers un cortège funèbre qui remonte la ville au pas. Le roi Harald V est mort ce matin-là à 6h35. Il avait 89 ans. Derrière le fourgon qui transporte son cercueil, la reine Sonja, ses enfants, son petit-fils - une famille dévastée dans un pays en arrêt.
Le corbillard avait quitté l'hôpital universitaire d'Oslo en début de soirée, pour un trajet de vingt minutes jusqu'au palais royal - une ultime traversée de la ville que les caméras de la télévision d'État ont diffusée en direct. Une pluie légère tombait sur le cortège pendant qu'il serpentait dans les rues d'Oslo. Sous leurs parapluies, les habitants baissaient la tête au passage de celui que beaucoup appelaient déjà « le roi du peuple ».
Le nouveau roi Haakon VIII, la reine Mette-Marit, la princesse héritière Ingrid Alexandra, la reine Sonja, le prince Sverre Magnus et la princesse Märtha Louise fermaient le cortège funèbre. Derrière le cercueil se trouvait la voiture de la reine Sonja, qui aurait célébré le lendemain, 29 août, ses cinquante-huit années de mariage avec Harald. Elle avait passé plusieurs heures seule avec lui la nuit précédente, avant de se rendre discrètement au Rikshospitalet après son décès.
La place du palais, une mer de fleurs
Des milliers de Norvégiens s'étaient massés devant le palais, malgré la pluie qui s'était mise à tomber. Ils avaient déposé des montagnes de fleurs, des cartes, des peluches et des drapeaux norvégiens, et beaucoup se serraient les uns contre les autres.
Pour Maja Otvik, 36 ans, rencontrée par l'AFP devant les grilles du palais où les Norvégiens affluaient par centaines pour déposer leurs fleurs, le mot est venu naturellement. « C'est un symbole de notre pays. Et c'est évidemment triste quand quelque chose d'aussi beau prend fin. »
Vigdis Haug, 65 ans, retiendra avant tout le rôle fédérateur du défunt souverain. « Je pense qu'il a été un roi tellement simple, qui s'est soucié de nous tous, et les mots qu'il emploie toujours dans ses discours sont tellement sages et précieux », a-t-elle confié à l'AFP.
Erik Birkemo, qui se trouvait parmi ceux qui déposaient des fleurs devant le palais royal à Oslo avant même la mort du roi, était lui aussi de ceux qui appelaient Harald V « hele Norges bestefar » - le grand-père de toute la Norvège. Il estime que Harald V a joué un rôle décisif dans l'unification des Norvégiens. « Il a été un point de rassemblement dans de nombreuses situations, depuis le 22 juillet (l'attentat de 2011) jusqu'à la Coupe du monde cette année », a-t-il déclaré à la chaîne publique NRK.
Ce vendredi-là, les citoyens venus de tous les comtés du pays avaient afflué vers Oslo. La cathédrale accueillait celles et ceux qui voulaient allumer une bougie en mémoire du roi Harald, tandis qu'un livre de condoléances était mis à disposition par le palais.
Trente-cinq ans sur le trône, une figure indélogeable
Harald V, jusqu'alors doyen des souverains en Europe, est décédé vendredi à l'âge de 89 ans, a annoncé le palais royal norvégien. Son fils Haakon, 53 ans, lui succède sous le nom de Haakon VIII, alors que la monarchie vient d'être fragilisée par une série de scandales.
Hospitalisé depuis le 17 août, le roi Harald souffrait d'une anémie hémolytique, maladie du sang qui se traduit par une destruction anormalement rapide des globules rouges. Il avait été hospitalisé à Oslo une nouvelle fois au début de la semaine précédente, souffrant cette fois d'une anémie associée à une infection bactérienne dans le sang. Son état avait fluctué jusqu'à être qualifié d' « extrêmement grave » dans un court communiqué du palais royal diffusé le jeudi matin.
La naissance de Harald, près d'Oslo en 1937, en avait fait le premier prince né en Norvège depuis plus de cinq siècles - une singularité historique dans un pays qui avait longtemps partagé ses monarques avec le Danemark, puis la Suède. Il avait trois ans lorsque l'Allemagne nazie envahit le pays en 1940, et s'était exilé avec sa mère et ses sœurs en Suède, puis aux États-Unis, tandis que son père et son grand-père prenaient le chemin de l'Angleterre.
Monté sur le trône en 1991 à la mort du roi Olav, son père, Harald avait incarné une Norvège ouverte et tolérante. Depuis plusieurs années, il souffrait de multiples problèmes de santé, mais avait toujours exclu d'abdiquer, faisant valoir qu'il avait prêté un serment à vie devant le Parlement.
Le discours qui a traversé les frontières
Le message central de Harald aura été celui de l'inclusion. Un moment clé reste son « discours de l'inclusion » de 2016, dans lequel il avait affirmé que « les Norvégiens croient en Dieu, en Allah, en tout et en rien », et qu'ils sont « des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons, et des filles et des garçons qui s'aiment entre eux ». Dans un contexte de vif débat sur l'immigration, il rappelait que ses propres grands-parents - le roi Haakon VII et la reine Maud, venus du Danemark et d'Angleterre - avaient eux-mêmes été des immigrés.
Ce discours avait conquis de nombreux cœurs, tout particulièrement au sein des communautés immigrées de Norvège. Et lorsque soixante-dix-sept personnes, pour la plupart des adolescents, avaient péri sous les coups d'un terroriste d'extrême droite en 2011, Harald avait parlé à la nation comme un père consolateur, incapable de retenir ses propres larmes.
Après trente-cinq ans sur le trône, il sera retenu comme une figure populaire et réformatrice, qui aura modernisé la monarchie, brisé la tradition en épousant une roturière et joué un rôle d'unification lors des heures les plus sombres de la Norvège. Les observateurs royaux le décrivaient comme proche du peuple, respecté et aimé - « le grand-père de la nation », le « roi du peuple », titre que son père, le roi Olav V, avait lui aussi porté.
Oslo s'incline, le monde prend la parole
Sur la place du palais, des drapeaux norvégiens côtoient des bouquets posés à même le sol. « Toute une nation est en deuil et le peuple norvégien est empli d'une profonde gratitude pour une longue vie consacrée à la Norvège », a déclaré le premier ministre Jonas Gahr Støre dans un communiqué. « Pendant plus de trois décennies comme monarque, Harald V a démontré une foi inébranlable dans le peuple norvégien. »
Les dirigeants des neuf partis politiques représentés au Parlement l'ont unanimement qualifié de « pilier de la nation » et ont affirmé que « tout le pays l'aimait ». Même ceux qui se montrent sceptiques à l'égard de la monarchie en tant que système de gouvernement l'ont salué, la cheffe du Parti socialiste de gauche, Kirsti Bergstø, déclarant que le roi Harald « comptait énormément pour beaucoup d'entre nous en Norvège ».
Les rois du Danemark et de Suède ont qualifié Harald d'homme « extraordinaire » et de bon ami qui avait su unifier son pays. Le roi Frederik X du Danemark l'a décrit comme « un homme extraordinaire » qui « associait devoir et responsabilité à la présence et à la compassion ».
Le président israélien Isaac Herzog s'est dit « profondément attristé » par la mort du roi, qui avait soutenu au début de son règne la conclusion des accords d'Oslo entre dirigeants israéliens et palestiniens. L'Ukraine a tenu à rappeler son « soutien indéfectible et sa solidarité avec le peuple ukrainien durant les jours les plus sombres de l'agression russe ».
Du côté du monde arabe, les condoléances ont afflué de plusieurs capitales. Le roi Salman d'Arabie Saoudite et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont adressé leurs condoléances au roi Haakon VIII et au peuple norvégien, en des messages séparés exprimant leur sympathie sincère à la famille royale. Le roi Salman a également souhaité au nouveau monarque santé et prospérité dans son règne. La Cour royale hachémite de Jordanie a annoncé trois jours de deuil national. Le roi Mohammed VI du Maroc a décrit Harald comme ayant « incarné l'unité de la nation ». Le président palestinien Mahmoud Abbas l'a décrit comme un modèle pour son dévouement, son travail sincère et son leadership. Les Émirats arabes unis ont eux aussi pris la parole par la voix du président Mohamed ben Zayed Al Nahyane, qui a adressé un message de condoléances au roi Haakon VIII.
Haakon VIII : une couronne héritée dans la tempête Le roi Haakon VIII était arrivé au palais en fin de matinée avec sa fille de 22 ans, Ingrid Alexandra - la nouvelle princesse héritière - pour informer officiellement le gouvernement de la mort de son père. Le Storting a annoncé que le nouveau monarque prêterait son serment d'allégeance à la Constitution le 1er septembre.
Haakon a annoncé qu'il garderait la même devise que ses prédécesseurs : « Tout pour la Norvège ». Sa fille aînée, Ingrid Alexandra, 22 ans, devient quant à elle princesse héritière.
Populaire et réputé proche de ses concitoyens, Haakon hérite toutefois d'une monarchie secouée par plusieurs scandales familiaux. Il reçoit une couronne longtemps donnée en exemple mais récemment fragilisée. Les liens de son épouse Mette-Marit avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein, la condamnation de son beau-fils pour viol et les frasques du couple excentrique formé par sa sœur et un Américain chaman autoproclamé ont entamé le lustre de la monarchie.
« Haakon a montré qu'il savait garder son calme dans la tempête, et c'est une qualité très précieuse pour un monarque », souligne Caroline Vagle, journaliste spécialiste de la royauté, dans des propos rapportés par l'AFP. « Il a aussi eu le meilleur professeur possible en la personne de son père. »
Le protocole du deuil, étape par étape
Le gouvernement norvégien a décrété une période de deuil national à compter du jour du décès jusqu'aux funérailles d'État. Le cercueil du roi Harald, posé sur son catafalque, sera exposé au public durant les jours à venir. Les Norvégiens pourront se recueillir devant sa dépouille.
La cérémonie des funérailles réunira vraisemblablement à Oslo les principales maisons royales européennes. Après la cérémonie à la cathédrale d'Oslo, le cercueil sera transporté à Akershus pour l'inhumation. Le mausolée abrite déjà les dépouilles de Haakon VII et de la reine Maud, premiers monarques de la Norvège indépendante, ainsi que celles d'Olav V et de la princesse Märtha. Harald sera ainsi inhumé aux côtés des membres de la famille qui ont construit la monarchie norvégienne contemporaine.
Les joueurs de Premier League norvégienne porteront un brassard de deuil lors des matches de ce week-end. Une date de funérailles n'avait pas encore été rendue publique au moment de la rédaction de ce reportage.
« Une nation entière est en deuil et emplie d'une profonde gratitude pour une longue vie consacrée à la Norvège »
Jonas Gahr Støre, Premier ministre norvégien
HARALD V EN DATES
21 février 1937 - Naissance à Skaugum, près d'Oslo, premier prince né en Norvège depuis plus de cinq siècles 29 août 1968 - Mariage avec Sonja Haraldsen, roturière d'Oslo, après neuf ans de résistance de la Cour 17 janvier 1991 - Accession au trône à la mort de son père, le roi Olav V 2016 - Discours de l'inclusion au palais royal, salué dans le monde entier 28 août 2026 - Décès à 6h35 au Rikshospitalet d'Oslo, à l'âge de 89 ans 1er septembre 2026 - Date annoncée pour le serment de son successeur Haakon VIII devant le Storting






