Quatre jours après l'effondrement d'un glacier dans le parc national de Langtang, la catastrophe qui a ravagé la frontière népalaise-tibétaine continue de grossir heure par heure. Le bilan humain, les secours dans la boue, les familles hagardes devant les casernes - et une facture de reconstruction qui se chiffre déjà en milliards.
Mercredi 26 août 2026, une masse de glace s'est décrochée d'un glacier de l'Himalaya et a déclenché un torrent de débris qui a parcouru près de cent kilomètres le long des rivières Trishuli et Bhote Koshi. Samedi, le bilan consolidé dépasse 682 morts - 675 au Népal, 7 en Chine - et près de 3 000 personnes demeurent portées disparues dans les deux pays. La catastrophe est l'une des plus meurtrières de l'histoire récente du Népal.
Le dernier bilan communiqué en fin d'après-midi ce samedi par les autorités népalaises établit à 675 le nombre de morts sur le seul territoire du Népal, auxquels s'ajoutent sept décès confirmés côté chinois, portant le total à 682. Près de 3 000 personnes restent portées disparues dans les deux pays, dont 2 426 du seul côté népalais. Ce chiffre ne prend pas en compte sept corps récupérés très en aval, en territoire indien, dont la provenance n'a pu être formellement établie.
Selon la Croix-Rouge, jusqu'à 93 000 personnes pourraient avoir été affectées par cette catastrophe. Parmi les disparus népalais, 517 sont des ressortissants étrangers, et 554 personnes manquent à l'appel côté chinois, dont 260 étrangers.
Un glacier, cent kilomètres de destruction
Mercredi matin, heure locale, soit le 26 août 2026, l'Institut d'études géologiques des États-Unis (USGS) a déterminé qu'une coulée catastrophique de débris avait été déclenchée par l'effondrement d'un glacier dans le parc national de Langtang, au Népal, à proximité de la frontière avec la Chine.
Cette coulée de boue et cette inondation ont parcouru près de cent kilomètres le long des rivières Trishuli et Bhote Koshi. Des rapports préliminaires et des analyses d'imagerie satellitaire indiquent que de nombreux bâtiments et infrastructures ont vraisemblablement été enfouis ou détruits, dont la route stratégique reliant la Chine au Népal.
Les médias d'État chinois ont indiqué qu'il n'y avait aucun signe de survivant au poste frontière englouti par la vague de débris. Des responsables sanitaires népalais ont décrit un village entier « qui semble avoir été emporté », dont les habitants sont « dans un besoin urgent de soutien ».
Les districts de Rasuwa, Nuwakot et Dhading figurent parmi les plus durement touchés, avec des familles déplacées et des services essentiels interrompus.
Des dizaines d'ouvriers encore vivants sous la boue - mais pour combien de temps Le dossier le plus urgent concerne les ouvriers du secteur hydroélectrique. L'Association des producteurs indépendants d'électricité du Népal recense 934 personnes liées à onze projets hydroélectriques, dont certains en construction, toujours sans nouvelles.
Le bureau du Premier ministre népalais a indiqué que le gouvernement poursuivait ses efforts pour secourir les personnes prisonnières du tunnel du projet hydroélectrique Trishuli 3A dans le district de Rasuwa, et que le dégagement de l'entrée du tunnel avait été intensifié dès le samedi matin. L'armée avait déjà extrait 350 ouvriers et riverains du tunnel du projet Upper Trishuli à Rasuwa, mais les secouristes se heurtaient à des conditions extrêmes, notamment des difficultés à localiser les entrées des galeries.
Sous la boue et les débris du couloir de Trishuli, des centaines de travailleurs hydroélectriques seraient encore bloqués dans des tunnels et des salles des machines souterraines. Trois jours après la catastrophe, les secouristes peinaient encore à en atteindre certains. Routes et ponts ont été emportés, des entrées de tunnels se sont obstruées et, dans plusieurs cas, les autorités ignoraient précisément où se trouvaient les ouvriers.
Le témoignage de Buddha Tamang résume à lui seul la violence de ce qui s'est produit. Cet ouvrier a survécu uniquement parce qu'il se trouvait à l'intérieur d'un tunnel au moment de la crue - il avait réussi à en sortir et à trouver des secours. « Je suis en vie parce que j'étais dans le tunnel », a-t-il déclaré après avoir été évacué par hélicoptère après plus de vingt-quatre heures d'isolement. « Les cadres qui travaillaient de l'autre côté ont tous été emportés. »
Le chaos des familles, la boue des secouristes
À la caserne de Bidur, ville du district de Nuwakot transformée en centre de coordination des secours, des dizaines de familles se pressent chaque matin devant les grilles pour obtenir des nouvelles de leurs proches. Une liste de plusieurs pages, affichée sur la cabine d'un distributeur automatique de billets, recense les personnes évacuées vivantes. Rishi Shrestha l'a épluchée plusieurs fois. Le nom de son cousin Rajan, 35 ans, en route pour la Chine le matin du drame, n'y figure pas. « Je lui avais parlé ce matin-là, quand il s'était arrêté prendre un thé juste avant la frontière », témoigne-t-il. « Il y a 99 % de risques pour qu'il ne soit plus en vie. »
Kalka Sharda, elle, cherche son fils de 18 ans, employé à la centrale hydroélectrique de Trishuli entièrement dévastée. Elle a renoncé à espérer. « S'il était encore en vie, il aurait trouvé un moyen de me contacter. »
Les familles des disparus affrontent en outre l'épreuve insupportable d'identifier leurs proches à partir de photographies de corps affichées sur les murs du Maharajgunj Medical Campus de Katmandou. Certains cadavres, récupérés trois jours après le drame, sont désormais méconnaissables en raison de la décomposition. Ils seront inhumés après accomplissement des formalités légales, en raison des risques sanitaires et de la crainte d'épidémies. « Des échantillons d'ADN seront prélevés et les corps enterrés dans un espace ouvert », a précisé l'administration du district de Chitwan. Sur 49 corps amenés à l'hôpital, sept seulement ont pu être identifiés.
Un secouriste de l'équipe de réponse aux catastrophes des Nepal Scouts a décrit des conditions d'intervention épuisantes, progressant dans une boue épaisse qui aspire les jambes à chaque pas.
Un miracle a cependant traversé ce tableau de désolation. Guna Maya Bohara, 97 ans, a été extraite vivante des décombres de sa maison à Tupche, à une cinquantaine de kilomètres de Katmandou. Elle repose désormais dans un hôpital de la capitale. « C'était le chaos, l'eau était partout, tout était enseveli », a relaté Dipak Bohara, son petit-neveu.
Les secours entravés, une nouvelle menace au-dessus des têtes
Les autorités népalaises ont émis une nouvelle alerte aux crues ce samedi, après que la division de prévision des inondations a signalé une montée des eaux sur la rivière Bhotekoshi. Les habitants des zones riveraines de la Trishuli ont été invités à rejoindre des zones sûres jusqu'à nouvel ordre.
Côté chinois, un lac formé par l'accumulation de débris et de boue à proximité du poste frontière de Gyirong avait commencé à déborder vers les zones où opéraient les secouristes. Des équipes ont été mises en attente, celles déjà sur zone invitées à reculer d'un kilomètre.
Les routes dévastées, les coupures de courant et la menace permanente de nouvelles coulées continuent de paralyser les opérations de secours. Le Népal a par ailleurs suspendu temporairement les recherches ce samedi matin en raison des mauvaises conditions météorologiques avant de les reprendre en fin de matinée.
Le Népal a par ailleurs refusé l'aide internationale pour ses opérations de recherche et de sauvetage proprement dites, alors que plusieurs pays, dont les ressortissants comptent parmi les disparus, avaient demandé l'autorisation d'envoyer leurs propres équipes. Le ministre des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a précisé que Katmandou sollicitait en revanche une assistance technique étrangère ciblée - pour les interventions dans les tunnels, le rétablissement des liaisons de transport et de communication, l'identification des corps et la conservation des dépouilles sur une longue durée.
Du côté de Pékin, des pompiers et des secouristes menaient samedi des opérations de recherche à deux kilomètres du port de Gyirong, dans le comté du même nom, en Tibet. Selon l'agence officielle Xinhua, 2 141 secouristes sont sur zone côté chinois, dont 86 experts en risques géologiques chargés de sécuriser les interventions. Cinq spécialistes des tunnels ont en outre été acheminés par hélicoptère depuis le Tibet vers le Népal pour assister leurs homologues.
Étrangers disparus, mobilisation internationale
Plus de 500 ressortissants étrangers, originaires de 32 pays, figurent parmi les disparus dans la région montagneuse - zone prisée des pèlerins et des randonneurs. Parmi eux, près d'une centaine d'Américains. L'Australie déplore de son côté au moins 38 ressortissants sans nouvelles. Soixante-deux Ukrainiens sont également portés disparus, selon l'ambassade d'Ukraine à Katmandou.
Quatre Français - trois femmes et un homme, âgés de 34 à 47 ans - figurent sur la liste publiée par le ministère du Tourisme népalais. Le Quai d'Orsay a confirmé ce chiffre vendredi, précisant que l'ambassade de France à Katmandou est en contact avec les autorités locales. « Les équipes du Centre de crise et de soutien sont en contact avec les familles de nos ressortissants », a indiqué le porte-parole adjoint Glenn Salic.
L'Unicef a alerté samedi qu'au moins 17 000 enfants ont un besoin urgent d'aide humanitaire, appelant à mobiliser 17,2 millions de dollars pour maintenir sa réponse d'urgence. « Dans plusieurs localités de Rasuwa et de Dhading, des enfants ont vu leur vie littéralement emportée en l'espace de quelques instants », a déclaré Alice Akunga, représentante de l'Unicef au Népal.
Le Fonds central d'intervention d'urgence des Nations Unies a débloqué une première enveloppe de deux millions de dollars pour des soins médicaux d'urgence, des abris et de l'eau. L'Union européenne a de son côté promis deux millions d'euros supplémentaires, décrits par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, comme une aide destinée aux familles et communautés les plus durement touchées. Le Canada a annoncé cinq millions de dollars canadiens - soit environ 3,1 millions d'euros - pour soutenir les efforts de secours.
Une facture à plusieurs milliards, une infrastructure énergétique à rebâtir
La facture de reconstruction se chiffre déjà en milliards. Le ministre népalais des Affaires étrangères a estimé que la reconstruction et la réhabilitation impliqueraient « peut-être des milliards de dollars » et a annoncé se tourner vers la communauté internationale pour obtenir des financements. Le ministre des Finances a, lui, avancé une estimation de quatre à cinq milliards de dollars, en précisant que les pertes et dommages étaient toujours en cours d'évaluation.
L'effondrement de la centrale hydroélectrique de Trishuli et les dégâts massifs subis par onze autres projets du couloir révèlent une vulnérabilité structurelle que personne n'a encore nommée officiellement : le Népal a construit une grande partie de son ambition énergétique et de ses recettes d'exportation sur des infrastructures bâties le long de rivières himalayennes parmi les plus exposées aux débâcles glaciaires. L'événement du 26 août n'est pas une exception dans l'histoire récente - il en est l'accélération.
Xi Jinping a adressé un message de condoléances à son homologue népalais Ram Chandra Paudel, en affirmant que Pékin était « prêt à aider activement le Népal dans ses efforts de sauvetage ». Le chef de l'État chinois avait présidé plus tôt une réunion pour mobiliser tous les moyens disponibles, « qu'il s'agisse de ressortissants chinois ou étrangers ».
Ce qui pourrait suivre
Les prochaines quarante-huit heures seront déterminantes pour le sort des ouvriers encore bloqués dans les tunnels du couloir de Trishuli. Passé ce délai, les probabilités de survie s'effondrent - et les autorités népalaises le savent, même si elles ne le formulent pas ainsi. Le signal à surveiller est simple : la reprise ou l'interruption définitive des opérations dans le tunnel Trishuli 3A.
Le risque de rupture des lacs de retenue formés par les débris représente la menace la plus immédiate pour les secouristes eux-mêmes. Un débordement incontrôlé vers les zones d'intervention pourrait contraindre à un repli généralisé et transformer un bilan déjà catastrophique en désastre supplémentaire. Les autorités indiennes ont d'ores et déjà renforcé la surveillance de leurs glaciers himalayens en réponse directe à cet événement.
À plus long terme, l'enjeu financier est considérable. La reconstruction du réseau routier, des ponts et des installations hydroélectriques ne pourra se faire sans une aide internationale substantielle, que le Népal n'a pour l'instant obtenue qu'à la marge. Si les engagements des bailleurs de fonds - Union européenne, Canada, Nations Unies - ne se traduisent pas rapidement en décaissements réels et coordonnés, le risque est que des communautés entières restent coupées du reste du pays pendant des mois, aggravant des fragilités sociales et économiques déjà profondes dans ces districts montagnards.
« Je n'ai plus beaucoup d'espoir. S'il était encore en vie, il aurait trouvé un moyen de me contacter. »
Kalka Sharda, dont le fils de 18 ans est porté disparu après la destruction de la centrale hydroélectrique de Trishuli






