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Au Tibet, la catastrophe n’a pas dit son dernier mot

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Deux jours après l'effondrement du glacier qui a tué au moins 472 personnes, un lac de barrage naturel vient de céder sur le versant tibétain. Les secours sont à l'arrêt. La menace descend vers le Népal.

Le bilan provisoire de la catastrophe himalayenne franchit vendredi le cap des 469 morts côté népalais et trois en Chine, avec plus de 1 400 disparus toujours recherchés. Mais c'est une nouvelle alerte qui paralyse désormais les opérations de sauvetage. Un lac formé par les débris de la coulée de boue du 27 août vient de rompre au Tibet, forçant secouristes et populations à fuir vers les hauteurs. La catastrophe entre dans une deuxième phase.

Au moins 469 personnes ont péri et plus de 1 400 restent portées disparues après les crues soudaines qui ont frappé mercredi la région frontalière entre le Népal et le Tibet. Ce bilan, déjà écrasant, risque de s'aggraver encore. Vendredi matin, les équipes de secours ont suspendu leurs opérations au cœur de la zone dévastée côté tibétain, après que les autorités ont confirmé la rupture du lac formé par la coulée de boue sur la frontière sino-népalaise.

Un journaliste de la télévision CCTV présent sur place a indiqué que l'eau avait commencé à déborder et à s'écouler de la retenue en direction du poste-frontière de Gyirong, principale zone touchée par le drame. Toutes les équipes de secours ont reçu l'ordre de ne pas bouger et d'attendre de nouvelles instructions.

Les autorités népalaises ont suspendu à leur tour les opérations de sauvetage pour une durée de quatre-vingt-dix minutes. Des hélicoptères de secours ont été cloués au sol dans le district de Rasuwa, pendant que des habitants ont été vus se précipiter vers les sommets des collines.

Un lac monstre au-dessus d'une vallée brisée

La menace n'était pas inconnue. Pékin avait signalé dans la nuit de jeudi à vendredi un « risque élevé » de rupture du lac formé à la suite de la gigantesque coulée de boue libérée des deux côtés de la frontière mercredi. Une équipe d'ingénieurs chinois avait constaté, après l'effondrement du glacier, la formation d'un lac de 150 mètres de long pour une profondeur de 40 à 50 mètres, bordé de nombreuses falaises.

Le ministère chinois des Ressources en eau avait estimé dès le 27 août que ce réservoir naturel contenait environ 2 millions de mètres cubes d'eau. La Chine avait prévenu que 3 millions de mètres cubes supplémentaires pourraient se déverser dans le lac au cours des trois prochains jours, les pluies attendues dans la région tibétaine de Gyirong constituant un facteur aggravant majeur.

L'eau débordait déjà de la barrière naturelle au lieu de rester contenue derrière elle. Les autorités ont qualifié la situation de débordement, et non de brèche complète - une nuance dont la portée opérationnelle reste entière pour les milliers de personnes encore dans les vallées en aval.

Dans le district népalais de Rasuwa, les habitants se sont précipités vers les sommets des collines après la rupture du lac, d'après des témoignages recueillis par Reuters.

Des ouvriers piégés, des sommets politiques convoqués

La catastrophe ne se résume pas aux chiffres de morts. L'armée népalaise concentrait vendredi une partie de ses efforts sur le sauvetage de personnes piégées dans le tunnel du projet hydroélectrique Trishuli 3A. Le bureau du Premier ministre a indiqué que 350 personnes avaient déjà été évacuées de ce secteur, mais qu'une centaine d'autres restaient bloquées.

L'Autorité népalaise de l'électricité a recensé six grandes installations hydroélectriques et de transmission endommagées, parmi lesquelles les centrales de Rasuwagadhi, Chilime, Trishuli 3A et Trishuli 3B, ainsi que la station de Devighat. Le ministère népalais de l'Énergie a chiffré à 430 mégawatts la capacité de production mise hors service, soit plus de 12 % de la capacité hydroélectrique nationale totale de 3,2 gigawatts.

Sur le plan politique, le président chinois Xi Jinping a dirigé vendredi une réunion des principaux dirigeants portant sur les opérations de secours en cours au Tibet. Il a appelé à poursuivre les efforts pour localiser les personnes disparues et à renforcer les systèmes de surveillance et d'alerte précoce. La région autonome du Tibet avait déjà mobilisé près de 800 agents d'urgence, 150 véhicules, des chiens renifleurs et des embarcations rapides pour appuyer les équipes de secours.

« Nous avons une très forte demande en sacs mortuaires. »

David Fisher, chef de mission IFRC au Népal, à CNN

La géologie d'une catastrophe en deux temps

Comprendre ce qui se passe exige de revenir sur la mécanique du désastre initial. L'imagerie satellitaire montre qu'une section substantielle de la partie inférieure du glacier s'est détachée à une altitude d'environ 5 200 mètres, plongeant d'environ 1 200 mètres sur le fond de la vallée en entraînant roches et sédiments dans sa chute. L'avalanche de glace et de roc résultante a frappé la rivière Lhende au Tibet, à environ 20 kilomètres au nord-est du poste-frontière sino-népalais, avant de bloquer temporairement le cours d'eau, puis de libérer une puissante crue en aval.

Si des rapports initiaux évoquaient un séisme de magnitude 4,4 comme déclencheur, le Service géologique américain (USGS) a depuis précisé que le signal sismique provenait du glissement lui-même, et non d'un tremblement de terre. L'effondrement a finalement été enregistré comme un événement sismique équivalent à une magnitude 5,2.

Ce que les autorités des deux côtés de la frontière s'abstiennent de formuler clairement mérite d'être nommé. Le lac de barrage naturel qui vient de céder n'est pas une surprise géologique - il était annoncé, mesuré, modélisé. Un géoscientifique de l'Université de Graz, Jakob Steiner, avait remis il y a un an un rapport au gouvernement népalais à la suite d'un événement similaire qui avait tué vingt personnes. Il dit aujourd'hui préparer un nouveau rapport sur cette catastrophe et confie sa frustration que ses recommandations précédentes n'aient pas été prises en compte.

La question du réchauffement climatique, elle, traverse tous les rapports d'experts sans trouver de réponse institutionnelle ferme. Les chercheurs étudient si la fonte des glaces a contribué à l'instabilité du glacier, mais un lien direct entre le changement climatique et l'effondrement de mercredi n'a pas été officiellement établi. Ce que dit Simon Cox, chef scientifique du programme Mountains to Sea chez Earth Sciences New Zealand, est plus direct : le changement climatique génère des conditions susceptibles de déstabiliser la roche et la glace en haute montagne, rendant des effondrements en cascade comme celui de cette semaine de plus en plus fréquents.

Plus d'un millier de disparus, des familles dans l'attente

À Katmandou, des photos de victimes tapissent les murs d'une morgue, où des familles cherchent à identifier les leurs. Des clichés de membres du corps, de tatouages et d'autres signes distinctifs sont exposés dans une ultime tentative de reconnaissance.

La Croix-Rouge internationale a indiqué à CNN que la menace de nouveaux glissements de terrain rendait encore plus dangereuse une recherche de survivants déjà éprouvante. Son responsable pour le Népal, David Fisher, a déclaré être « extrêmement préoccupé » par la possibilité d'une inondation renouvelée, alors que les routes restent coupées pour des communautés n'ayant pas encore reçu d'assistance significative.

Du côté des ressortissants étrangers, le tableau reste fragmentaire. Des responsables américains avaient signalé jeudi que près de 90 citoyens américains restaient sans donner de nouvelles. La ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong, a indiqué qu'au moins 39 Australiens étaient portés disparus, précisant qu'ils appartenaient à des groupes de pèlerinage et de tourisme distincts. Le Canada déplore trente disparus et les autorités chinoises recensaient de leur côté 260 ressortissants étrangers parmi les 558 disparus enregistrés sur le versant tibétain au 27 août.

CE QUE LE LAC DE BARRAGE REPRESENTE

Volume estimé au 27 août : 2 millions de mètres cubes d'eau, avec 3 millions supplémentaires attendus en trois jours selon le ministère chinois des Ressources en eau Dimensions constatées par les ingénieurs chinois : 150 mètres de long, 40 à 50 mètres de profondeur Situation au 28 août matin : débordement confirmé, rupture partielle signalée par la police népalaise Zone menacée en aval : le poste-frontière de Gyirong et les vallées népalaises de Rasuwa déjà dévastées mercredi

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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