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L’Himalaya dévore ses vallées : plus de 1500 disparus et des centaines de morts

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Près de 1 500 personnes restent introuvables après l'effondrement d'un glacier himalayan sur la frontière népalotibétaine - touristes, pèlerins, travailleurs - tandis qu'un second barrage naturel formé par les décombres menace de céder d'heure en heure.

Le 26 août 2026, une avalanche de glace et de roc s'est détachée d'un glacier himalayen népalais, a plongé 1 200 mètres dans la vallée et a libéré un mur d'eau chargé de boue sur deux pays en quelques minutes. Au lendemain de cette catastrophe, dont le bilan humain évolue en temps réel, les secours font face à une course contre la montre doublement menaçante.

Le bilan ne cesse de monter depuis la nuit de mercredi à jeudi. Les autorités népalaises ont officiellement recensé 359 morts dans la journée du 27 août, un chiffre que la police népalaise juge elle-même provisoire. Les enquêteurs s'attendent à ce que le nombre de victimes confirmées dépasse significativement les 165 morts que le bilan intermédiaire avait établi.

Plus de 1 500 personnes sont désormais portées disparues après les crues meurtrières qui ont frappé la frontière entre le Népal et le Tibet. Au Népal, au moins 270 morts ont été confirmés. En Chine, les autorités font état de trois morts et de deux rescapés.

Une avalanche de 1 200 mètres à l'origine de tout

La cause du désastre est aujourd'hui établie. Les images satellite ont montré qu'une masse considérable du bas d'un glacier s'est décollée à environ 5 200 mètres d'altitude, avant de chuter d'environ 1 200 mètres vers le fond de la vallée, raclant roches et sédiments au passage. L'avalanche de glace et de roc a percuté la rivière Lhende au Tibet, à quelque 20 kilomètres au nord-est du poste-frontière népalotibétain, obstruant temporairement le cours d'eau avant que ce barrage naturel ne cède, libérant une vague dévastatrice vers l'aval.

Les premières dépêches avaient attribué l'événement à un séisme de magnitude 4,4. L'Institut d'études géologiques américain (USGS) a ensuite recalibré son analyse, confirmant que le signal sismique provenait du glissement lui-même et non d'un tremblement de terre. La secousse a finalement été évaluée à une magnitude de 5,2.

Göran Ekström, géophysicien au Lamont-Doherty Earth Observatory de l'Université Columbia, a expliqué à ABC News qu'un glissement de terrain dans un col de montagne avait emporté une grande partie d'un glacier himalayen. Ce « glissement colossal » est à l'origine directe des crues dévastatrices. Il a souligné par ailleurs que ce type d'événement se produit avec une fréquence croissante dans les régions montagneuses, un phénomène désormais établi et associé à la fonte des glaciers.
Pour l'analyste en télédétection Sarthak Shrestha, du Centre international pour le développement intégré des montagnes (ICIMOD) basé à Katmandou, une analyse préliminaire ne montrait « aucune anomalie » côté chinois au moment de l'événement, ce qui l'a conduit à conclure qu'une avalanche de roche et de glace s'était produite sur le versant népalais, bloquant la rivière Lhende et déclenchant la crue en cascade.

Ce que les autorités népalaises n'ont pas officiellement nommé avec clarté dans les premières heures - la rupture basale d'un glacier suspendu sur un pergélisol en dégradation - correspond précisément à ce que les glaciologues redoutaient depuis des années sur cet axe. L'accélération de la fonte glaciaire liée au changement climatique fragilise progressivement l'ensemble de la chaîne himalayenne. La même zone avait déjà subi des inondations éclair similaires en août 2025, causées par le débordement d'un lac glaciaire côté chinois, faisant neuf morts. La rivière Lhende Khola avait ainsi inondé ses rives deux fois en quatorze mois, démontre l'ICIMOD.

Pèlerins de Kailash, touristes occidentaux, travailleurs coréens

La géographie humaine de la catastrophe révèle la nature singulière du couloir Rasuwa-Gyirong. Ce n'est pas une zone de trekking ordinaire.

La majorité des personnes prises dans la catastrophe effectuaient un pèlerinage vers le mont Kailash et le lac Mansarovar, hauts lieux du Tibet vénérés par les hindous, les bouddhistes et les fidèles d'autres traditions spirituelles. Selon le porte-parole du Nepal Tourism Board, Sunil Sharma, 133 des disparus étaient des ressortissants indiens en pèlerinage vers le mont Kailash. Parmi les étrangers introuvables figuraient également 47 Américains, 34 Australiens, 33 Britanniques et 24 Canadiens.

Parmi les cas les plus médiatisés, 77 pèlerins affiliés à la Fondation Isha de Sadhguru se trouvaient au bureau d'immigration tibétain au moment des crues, sur le chemin du retour depuis Kailash Mansarovar. Du côté français, au moins 80 ressortissants français se trouvaient au Népal au moment de la catastrophe, selon BFMTV, qui a précisé que 80 Français avaient signalé leur présence dans le pays via le dispositif Fil d'Ariane.

La liste des nationalités concernées s'allonge. Neuf ressortissants sud-coréens travaillant sur la construction d'une centrale hydroélectrique figurent parmi les disparus, tandis que la Malaisie a perdu le contact avec onze de ses ressortissants présents dans le district de Rasuwa, et que l'ambassade de Russie à Katmandou a signalé quatre citoyens portés disparus. Côté tibétain, les glissements de terrain ont fait trois morts et 558 disparus dans le comté de Gyirong, dont 260 ressortissants étrangers, selon l'agence Xinhua et la télévision d'État CCTV.

Au moins 62 Népalais portés disparus s'étaient rendus dans la zone des lacs de Gosaikunda, dans le district de Rasuwa, pour le festival local de Janai Purnima. La police népalaise a par ailleurs signalé que 28 de ses propres fonctionnaires étaient portés disparus.

Un second désastre en embuscade

Les secours opèrent désormais dans une double urgence. Des glissements de terrain ont formé un nouveau lac en altitude, augmentant le risque de nouvelles coulées et d'inondations, avec trois jours de précipitations prévus, les terres effondrées formant des barrages instables, selon les médias d'État chinois.

La situation reste sous étroite surveillance, une obstruction demeurant présente en amont. Les autorités et les scientifiques redoutent qu'une nouvelle rupture puisse déclencher une seconde vague de crue. Des évacuations préventives ont été engagées dans les zones les plus exposées.

Les équipes de secours avancent dans des conditions extrêmes. Les inondations ont détruit 19 ponts et environ 40 kilomètres de routes stratégiques, paralysant les corridors de communication. La Nepal Electricity Authority a confirmé qu'environ 430 mégawatts de capacité de production - hydroélectrique et solaire - ont été mis hors service, entraînant des perturbations de fourniture d'électricité sur l'ensemble du réseau.

Plus de 5 000 intervenants de l'armée et de la police népalaises sont mobilisés sur le terrain, appuyés par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ainsi que par des équipes envoyées par l'Inde, la Chine et les Émirats arabes unis. L'Inde a acheminé par avion militaire C-130J dix tonnes d'aide humanitaire depuis la base de Hindon, incluant des abris temporaires, des couvertures, des kits d'hygiène, des lampes solaires et des médicaments.

Les autorités népalaises ont par ailleurs ouvert un site en ligne répertoriant les corps « non identifiés et non réclamés ».

Le silence le plus inquiétant dans toute cette séquence est institutionnel. Les systèmes d'alerte précoce déployés dans cette région himalayenne sont calibrés pour détecter des précipitations anormales. C'est un barrage naturel qui s'est formé puis a cédé, sans que la pluie joue un rôle direct - et cette réalité révèle une faille structurelle dans les dispositifs d'alerte actuels. Le signal d'alarme est passé à travers les mailles. Les populations des vallées n'ont eu que quelques minutes, parfois quelques secondes, pour réagir.

« Il y a de la dévastation partout où l'on regarde »

Tula Bahadur BK, agent de santé dans le district de Rasuwa, cité par Reuters

CE QUE L'ON SAIT AU 27 AOUT 2026, 17H00 CEST

Morts confirmés au Népal : 359 (police népalaise, mise à jour jeudi) Morts confirmés en Chine (Tibet) : 3 Disparus recensés, Népal et Tibet réunis : plus de 1 500 dont près de 600 touristes étrangers au Népal seul Cause établie : effondrement glaciaire sur le versant népalais, avalanche de glace-roc ayant obstrué puis libéré la rivière Lhende Districts les plus touchés : Rasuwa, Nuwakot, Sindhupalchok (Népal) et comté de Gyirong (Tibet) Infrastructure : 19 ponts détruits, 40 km de routes coupées, 430 MW de capacité électrique hors service Menace secondaire active : lac de barrage naturel en amont, risque de rupture imminente avec trois jours de pluie prévus Ressortissants français signalés au Népal : 80 via le Fil d'Ariane

Par Samuel Lévy • L'Appel · L'Appel
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