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En Italie, traverser en regardant son téléphone pourrait coûter 75 euros

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Rome s'apprête à inscrire pour la première fois la notion de « distraction » dans son Code de la route, étendant aux piétons une logique de responsabilité partagée sur la voie publique.

La réforme du Code de la route pilotée par Matteo Salvini franchit un nouveau seuil. Une disposition encore à l'état de projet prévoit de sanctionner les piétons qui traversent la chaussée les yeux rivés sur un écran. Une consultation publique court jusqu'au 13 septembre, et le texte définitif est attendu pour la mi-octobre. Derrière l'amendement, une jurisprudence déjà posée, un bilan routier lourd et un calcul politique lisible.

C'est une première dans l'histoire du droit routier italien : le nouveau Code de la route introduit la possibilité de sanctionner les piétons qui traversent la chaussée en regardant leur téléphone, avec une amende prévue de 75 euros. La mesure, portée par le ministre des Infrastructures Matteo Salvini, est contenue dans un projet de texte qui n'a pas encore force de loi - mais dont la direction est désormais fixée.

En 2024, l'Institut national de statistiques italien (Istat) a recensé 173 364 accidents de la route sur le territoire, faisant 3 030 morts et 233 853 blessés - soit 8 victimes et 475 accidents par jour. La distraction figure parmi les causes les plus déterminantes de ces accidents, le téléphone restant l'un des principaux vecteurs d'inattention au volant comme à pied.

Ce que le projet prévoit concrètement

Cohérente avec les règles déjà applicables aux conducteurs, la nouvelle disposition étend le champ du dispositif aux piétons en visant, lors d'une traversée ou d'une marche sur la chaussée, « les appareils radiotéléphoniques, smartphones, ordinateurs portables, notebooks, tablettes et dispositifs analogues ».
L'interdiction ne s'applique pas sur les trottoirs. Sur la chaussée, l'usage du téléphone resterait autorisé uniquement en cas d'« urgence ». Le recours au kit mains libres ou aux écouteurs demeure quant à lui admis, à condition que le dispositif permette au piéton de conserver une capacité auditive suffisante dans les deux oreilles.

La réforme irait plus loin encore : durant la traversée, seraient également prohibés les changements de direction brusques, les arrêts soudains ou tout mouvement jugé imprévisible, sauf situation d'urgence ou de danger avéré. Le piéton devra ainsi démontrer une conduite attentive et coopérative, sans pouvoir s'en remettre systématiquement à la priorité qui lui est habituellement accordée.

Une jurisprudence déjà posée, une réforme qui la codifie

Le projet ne surgit pas du néant. Il s'inscrit dans le prolongement de plusieurs décisions de tribunaux italiens ayant déjà attribué une part de responsabilité à des piétons imprudents lors d'accidents. La Cour de cassation italienne avait tranché en 2023 que la responsabilité d'un conducteur pouvait être écartée lorsque la faute d'un piéton était établie. Le texte en cours de discussion ne fait donc que donner corps à ce que les juges avaient déjà ouvert comme voie.

La motivation première est de réduire les accidents dans lesquels un conducteur ne dispose pas du temps matériel pour réagir face à un piéton dont l'attention est absorbée par un écran - une situation susceptible de contraindre le conducteur à un freinage brutal ou à une manœuvre d'évitement dangereuse.

L'Italie ne serait pas pionnière sur ce terrain : la Lituanie a instauré des amendes pour piétons utilisant leur téléphone en traversant dès 2018, et Honolulu avait adopté une règle comparable en 2017, suivie par la ville japonaise de Yamato en 2020.

Un calendrier serré, un texte encore modifiable

Les nouvelles dispositions doivent franchir plusieurs étapes avant toute publication au journal officiel : la phase de consultation publique reste ouverte jusqu'au 13 septembre 2026, puis le ministère devra arrêter son texte d'ici le 14 octobre, avant la discussion et le vote du Parlement.

Après les observations des associations de catégorie, le ministère devra donc préparer la mouture définitive avant que les nouvelles règles puissent entrer effectivement en vigueur. Jusqu'à l'adoption définitive des textes, les montants des amendes et les modalités de retrait de points restent susceptibles d'évoluer.

La question des contrôles reste, elle, entièrement ouverte. Le projet ne précise à ce stade aucune modalité pratique pour constater l'infraction - une lacune qui alimente les sceptiques, dans un pays où l'application effective des règles de circulation fait régulièrement défaut.

Salvini et le Code de la route, un chantier politique permanent

Cette mesure s'inscrit dans un remaniement plus vaste du droit routier italien que Salvini conduit depuis son entrée au ministère. Le code actualisé prévoit également des pénalités renforcées pour les conducteurs utilisant un téléphone au volant, avec des amendes pouvant atteindre 2 588 euros pour les récidivistes et une suspension de permis d'un à trois mois.

Parmi les autres dispositions en discussion figurent l'autorisation du dépassement par la droite sur autoroute et l'introduction d'amendes progressives proportionnelles à l'excès de vitesse constaté, calculées par tranche kilométrique. Des associations de piétons ont néanmoins protesté, estimant que la réforme reste trop indulgente à l'égard des dangers que font peser les véhicules motorisés sur les usagers vulnérables.

Salvini, confronté aux critiques simultanées de plusieurs camps, a balayé les contradictions d'une formule : « Si les deux camps protestent, c'est que nous avons trouvé le bon équilibre. » L'argument est commode. Il masque surtout une réalité structurelle que les chiffres de l'Istat n'ont pas résolue : sur les 3 030 morts de la route enregistrés en 2024, les piétons représentent une fraction significative des victimes les plus exposées. Légiférer sur leur comportement sans préciser comment contrôler ce comportement, c'est produire une norme avant de produire une politique.
Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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