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Pourquoi, chaque fois que la France et l’Europe font face à un déficit budgétaire, puisent-elles dans les poches des retraités et des personnes âgées ?

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Pensions sous pression, héritages enfin dans le viseur - la CFDT rouvre un débat fiscal que l'exécutif instrumentalise depuis trois ans sans jamais trancher

Ce mardi 25 août, Marylise Léon a posé sur la table deux propositions que la France reporte depuis une décennie - taxer les successions dès le premier euro transmis, et faire contribuer les retraités aisés au redressement des comptes. Derrière l'agenda syndical, une question que personne ne pose franchement - pourquoi, budget après budget, c'est toujours le même tiroir qu'on ouvre en premier ?

Ce n'est pas un hasard de calendrier. La séquence budgétaire approche - le projet de loi de finances sera présenté fin septembre par le gouvernement puis débattu au Parlement. Et c'est dans ce couloir précis, entre la rentrée politique et l'arbitrage de Bercy, que la secrétaire générale de la CFDT a choisi de prendre la parole sur RTL.

Marylise Léon a affirmé que son organisation est favorable à une révision de l'impôt sur les successions : tout héritage serait taxé, là où aujourd'hui ce n'est pas le cas, et ce dès le premier euro transmis. Une formule courte, mais dont la portée pratique est massive.

Ce que « dès le premier euro » signifie vraiment

Le régime français est aujourd'hui structuré autour d'un abattement de 100 000 euros en ligne directe, par parent et par enfant. Cette règle fait qu'une grande partie des héritages échappe actuellement à toute fiscalité. Supprimer cet abattement de fait - ou du moins l'abaisser drastiquement - toucherait des millions de familles qui se croient hors du champ.

En France, les héritages représentent aujourd'hui 60 % du patrimoine global, contre 35 % seulement en 1970. Cette transmission de richesses d'une génération à l'autre contribue à creuser les inégalités au sein de la population, et ce dès la naissance.

La fiscalité successorale française figure parmi les plus généreuses d'Europe, avec un abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans. Ce que les défenseurs du statu quo présentent comme une protection des classes moyennes est aussi, de fait, un bouclier pour les patrimoines les plus élevés.

Partout, les recettes issues de la taxation des successions restent à un niveau très faible - 0,5 % des recettes fiscales des États en moyenne dans l'OCDE. Elles dépassent 1 % du total des recettes en France, soit 1,4 %, aux côtés de la Belgique, de la Corée et du Japon. En d'autres termes, même un pays qui taxe relativement plus que ses voisins ne tire presque rien de cet impôt - parce que l'assiette en est volontairement étroite.

Ce faible niveau s'explique par l'étroitesse de l'assiette fiscale, due notamment aux exonérations ou abattements significatifs souvent appliqués aux transmissions à de proches parents, mais aussi au traitement fiscal préférentiel dont bénéficient certains actifs.

Les héritages et donations dont font état les ménages parmi les 20 % les plus riches sont près de cinquante fois supérieurs à ceux des ménages les moins fortunés. Ce rapport de un à cinquante résume, à lui seul, ce que le débat sur la « taxation de l'héritage » cache derrière un mot apparemment neutre.

Retraités - la cible commode

La proposition sur les pensions n'est pas nouvelle. Elle ne l'est même plus du tout. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a rouvert, il y a quelques jours à peine, l'hypothèse d'un gel partiel des pensions de retraite, estimant dans Libération que « la question de la contribution des retraités aisés à l'effort de redressement, par exemple par une indexation plus modérée de leurs pensions, mérite d'être posée », à condition de « préserver les retraités les plus modestes ».

La sous-indexation consiste à revaloriser les pensions à un niveau inférieur à celui de l'inflation, contrairement à ce qui est normalement prévu dans la loi. Ce dispositif peut être ciblé sur les pensions les plus élevées. Techniquement propre, politiquement lisible - et déjà testé, sans succès durable, par quatre gouvernements successifs.

Ce que la rédaction observe depuis notre article du 13 août est que la proposition de Lescure est une quatrième tentative, après Barnier, Bayrou et le premier budget Lecornu, sur exactement le même terrain - sans que jamais un texte législatif n'ait abouti. Chaque rentrée rouvre la piste. Chaque printemps l'enterre.

La CFDT, ce mardi, a pris acte de cette réalité sans pour autant refermer la porte. L'idée d'un effort ciblé sur les retraités pourrait toutefois trouver un écho dans une partie de la gauche dans le cadre de l'élaboration du budget pour 2027. Dans une tribune publiée par L'Opinion, le député socialiste Jérôme Guedj n'a pas fermé la porte à une sous-indexation, à condition qu'elle s'intègre dans un effort plus large ciblant également les héritages, les « niches sociales » des entreprises et les géants de l'intelligence artificielle.
Pour sa part, Éric Coquerel, président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, a réagi sur RMC en estimant que « ce ne sont pas des recettes stupides qui ne règlent rien et qui, simplement, augmentent les problèmes ».

La géographie réelle du patrimoine

Derrière le mot « retraités » se cache une diversité que les communiqués gouvernementaux ne nomment jamais. Selon les données reprises par l'Observatoire des inégalités, le patrimoine brut médian des ménages de moins de 30 ans atteint 26 000 euros, contre 254 100 euros pour les 50-59 ans.

Les retraités peuvent afficher un patrimoine plus élevé tout en subissant, pour une partie d'entre eux, une baisse de niveau de vie à la liquidation de leurs droits. Les jeunes peuvent avoir un niveau de vie parfois correct mais rester pauvres en patrimoine, faute de capital initial et parce que l'héritage arrive plus tard dans la vie.

Ce tableau interdit toute lecture binaire. Cibler les « retraités aisés » sans définir de seuil précis, c'est laisser ouverte une porte que chaque camp pousse dans sa direction. Marylise Léon elle-même l'a reconnu sans ambages sur RTL - elle ne donnera pas de « chiffre magique », ni 2 000, ni 3 000, ni 4 000 euros de pension mensuelle. L'absence de seuil n'est pas une omission - c'est une position de négociation.

Ce que l'État ne dit pas sur ses propres marges

Le discours officiel présente le choix comme inévitable - 28 milliards d'économies à trouver pour boucler le budget 2027, déficit à 4,9 % du PIB, les retraités et les héritiers comme seuls gisements mobilisables. C'est une construction rhétorique que les faits contredisent partiellement.

Le cercle revenus-patrimoine se confirme dans les données comparatives - les inégalités de revenu et de patrimoine se renforcent mutuellement, les ménages à revenu élevé disposant de possibilités d'épargne supérieures et d'une rentabilité de cette épargne structurellement plus forte. Taxer les transmissions de patrimoine est précisément l'un des rares leviers qui agit sur cette dynamique auto-entretenue - pas seulement sur le flux de revenus annuels.

Depuis la loi de finances 2026, les pistes de réforme successorale circulent à nouveau en vue du budget suivant. Le calendrier est connu - le projet de loi de finances pour 2027 sera présenté en conseil des ministres à la fin septembre, avant un examen parlementaire à l'automne.

Ce qui ressort de l'analyse est que la question des niches fiscales sur le patrimoine - le Pacte Dutreil en tête, qui permet des abattements considérables sur les transmissions d'entreprises - reste absente du débat public, alors même que la Cour des comptes a rendu, en novembre 2025, un rapport intitulé « Le Pacte Dutreil : un dispositif fiscal en forte croissance à mieux cibler ». Un rapport publié, puis silencieux.

La question que Marylise Léon a posée sans l'achever

« La question, c'est - est-ce qu'on aura des responsables politiques qui auront le courage d'assumer que ça peut bouleverser une partie de leur électorat ? », a lancé la secrétaire générale de la CFDT.
La phrase dit exactement ce qu'elle dit. La taxation de l'héritage est politiquement risquée non parce qu'elle serait injuste, mais parce qu'elle touche à quelque chose de viscéral dans l'électorat des partis de gouvernement - droite et gauche confondues. Bruno Le Maire lui-même le rappelait en février 2022 devant la commission des Finances du Sénat - les deux tiers des successions ne sont soumises à aucun droit, et cette fiscalité ne concerne qu'un nombre très limité de Français. Ce « nombre très limité » a le même bulletin de vote que tout le monde.

La CFDT entend débattre de ses propositions avec les différents candidats à la présidentielle en début d'année prochaine. Mais il y en a un qu'elle ne rencontrera pas - Marine Le Pen. La CFDT a une ligne extrêmement claire - elle ne parle pas aux candidats de l'extrême droite. Ce périmètre d'exclusion est lui-même un positionnement politique dans une séquence où la campagne présidentielle commence à s'écrire.

La proposition sur l'héritage figure également au programme de Raphaël Glucksmann, candidat à la primaire organisée par Place publique et le Parti socialiste, qui propose la création d'un « impôt sur les grandes successions ». La CFDT parle donc à celui qui porte déjà une variante de ce qu'elle défend - la convergence n'est pas fortuite.

Ce qui pourrait suivre

Le chemin le plus probable est celui de la négociation de façade - l'exécutif agite la sous-indexation des pensions comme levier de pression sur les partenaires sociaux, obtient des concessions symboliques de la CFDT sur le principe d'un « effort partagé », puis renonce au texte dans sa forme ambitieuse au profit d'une mesure ciblée et limitée. C'est le schéma des trois exercices précédents. Les indicateurs à surveiller - la nature exacte du seuil qui sera retenu dans le projet de loi de finances présenté fin septembre, et l'absence ou la présence d'une réforme symétrique sur le patrimoine dans le même texte.

Un second chemin, moins probable mais non exclu, serait que la conjonction entre la primaire de la gauche et le discours de la CFDT crée une pression politique suffisante pour qu'une réforme des successions soit inscrite, même partiellement, dans le budget 2027. Le signal à surveiller est la capacité de Glucksmann, s'il remporte la primaire, à faire de la fiscalité successorale un marqueur de campagne assez fort pour contraindre les autres candidats à répondre. La question du courage politique que posait Marylise Léon ce matin trouverait alors une réponse dans les urnes plutôt qu'à Bercy.

Le troisième chemin, le moins probable à court terme et le plus structurellement important, serait une réforme d'ensemble articulant taxation des transmissions et contribution des retraités aisés dans un même texte cohérent - ce que Jérôme Guedj appelait de ses vœux dans sa tribune. Ce chemin exige une majorité parlementaire que personne ne détient aujourd'hui clairement. Il restera, pour l'instant, dans les programmes.

Ce que l'histoire fiscale française enseigne est plus simple que les débats qu'elle génère - chaque fois que l'État cherche de l'argent, il regarde d'abord vers ceux qui ont déjà accepté de cotiser toute leur vie. Les rentiers du capital et les grandes transmissions patrimoniales, eux, attendent que la tempête passe. Et jusqu'ici, ils ont toujours raison d'attendre.

CE QUE LE REGIME ACTUEL PROTEGE VRAIMENT

L'abattement de 100 000 euros par parent et par enfant, renouvelable tous les quinze ans, place de fait la France parmi les régimes successoraux les plus permissifs d'Europe pour les transmissions en ligne directe.

Le Pacte Dutreil, dispositif permettant des abattements massifs sur les transmissions d'entreprises familiales, fait l'objet depuis novembre 2025 d'un rapport de la Cour des comptes pointant sa « forte croissance » et la nécessité de mieux le cibler - sans suite à ce jour.

Les recettes de l'impôt sur les successions représentent 1,4 % des recettes fiscales totales en France, selon l'OCDE - un chiffre parmi les plus élevés d'Europe, mais sur une assiette volontairement étroite.

Résultat - les ménages parmi les 20 % les plus riches reçoivent des héritages et donations près de cinquante fois supérieurs à ceux des moins fortunés, sans que la fiscalité ne corrige significativement cet écart.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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