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Milliard en transit – ce que Riyad a acheté à Paris sous les caméras

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Deux contrats franco-saoudiens dans les transports - un terminal de conteneurs à Djeddah pour CMA CGM, des rames de métro et une usine d'assemblage pour Alstom - dessinent une logique industrielle qui déborde largement le cadre protocolaire de la visite.

Pendant que Mohammed ben Salmane coprésidait avec Emmanuel Macron la table ronde d'investissement franco-saoudienne à l'Élysée, deux groupes français signaient pour près d'un milliard d'euros de contrats dans les transports. Derrière les chiffres, une stratégie saoudienne cohérente - repositionner Djeddah et Riyad comme nœuds d'un système logistique mondial au moment précis où la fermeture d'Ormuz depuis février 2026 oblige à recartographier les routes commerciales de la région.

Le lundi 24 août, en fin d'après-midi, l'Arabie saoudite a signé, à l'occasion de la visite à Paris du prince héritier Mohammed ben Salmane, des contrats dans le domaine des transports en commun et maritime avec les groupes français Alstom et CMA CGM, pour un montant global de près d'un milliard d'euros, selon l'annonce de l'Élysée. Ce n'est pas la somme qui frappe en premier, c'est la cohérence de ce qu'elle finance.

Djeddah, quatrième terminal - une signature déjà annoncée, désormais formalisée L'Autorité des ports saoudiens (Mawani) a annoncé un accord entre Red Sea Gateway Terminal et le groupe CMA CGM pour développer et exploiter le quatrième terminal à conteneurs du port islamique de Djeddah, pour un investissement d'environ 1,6 milliard de riyals saoudiens. L'accord a été signé en marge de la table ronde d'investissement franco-saoudienne, en présence du prince héritier Mohammed ben Salmane et du président Emmanuel Macron. L'Élysée, repris par l'AFP, retient le chiffre de 434 millions d'euros pour convertir cet engagement - les sources anglophones oscillent entre 426 et 453 millions de dollars selon les taux et les arrondis retenus, et la term sheet d'octobre 2025 mentionnait pour sa part 1,7 milliard de riyals. La source primaire retenue ici est celle de l'Élysée.

Le projet sera développé et exploité dans le cadre de la concession existante de RSGT et disposera d'une capacité de traitement annuelle d'environ 2,6 millions d'équivalents vingt pieds. Cette association entre RSGT et CMA CGM au terminal 4 porterait la capacité annuelle de traitement de RSGT à 8,8 millions d'EVP, consolidant la position des terminaux à conteneurs de Djeddah comme premier pôle économique et logistique de la région.

La précision mérite d'être posée dans le récit - ce n'est pas une surprise diplomatique. RSGT et CMA CGM, via sa filiale en propriété exclusive CMA Terminals, avaient déjà signé une term sheet pour une coentreprise potentielle destinée à construire et exploiter ce terminal 4 au port islamique de Djeddah, lors du neuvième Forum sur l'initiative d'investissement futur à Riyad, en octobre 2025. Ce qui se signe à Paris devant Macron et MBS, c'est la confirmation formelle et définitive d'un engagement qui avait déjà pris corps neuf mois plus tôt. Le contexte, lui, a changé entre-temps.

Le trafic maritime dans le Golfe est en effet compliqué par la quasi-paralysie du détroit d'Ormuz depuis le début de la guerre au Moyen-Orient fin février 2026. Dans cet environnement, développer la capacité de Djeddah à accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde n'est pas qu'un investissement de long terme pour Vision 2030 - c'est une réponse directe à la déstabilisation des routes traditionnelles. L'accord s'inscrit dans le Programme national de développement industriel et logistique de l'Arabie saoudite, qui vise à porter la contribution du secteur logistique au produit intérieur brut du royaume à 10 % d'ici 2030, contre 6 % actuellement. Ce que la crise d'Ormuz a fragilisé à l'est, Riyad entend le sécuriser à l'ouest.

Alstom ancre son emprise industrielle dans la capitale saoudienne La commission royale de Riyad et le groupe Alstom ont formalisé un contrat de 500 millions d'euros pour la fourniture de rames supplémentaires des lignes 3 et 6 du métro de Riyad. La ligne 6 - dite ligne violette - est opérée avec du matériel roulant Alstom Metropolis depuis son ouverture le 1er décembre 2024, sur un parcours de trente kilomètres et onze stations.

Mais le deuxième accord conclu ce même jour va plus loin qu'une commande de rames supplémentaires. Alstom a également conclu avec les autorités saoudiennes un accord pour une usine d'assemblage de rames pour la ligne 7 du métro de Riyad - les deux signataires indiquant dans leur communiqué commun que cet accord « soutient l'investissement d'Alstom dans une usine d'assemblage de rames de métro en Arabie saoudite pour la nouvelle ligne 7 du métro » de la capitale.

C'est ce second accord qui retient l'attention au-delà du chiffre. Une usine d'assemblage sur le sol saoudien, c'est une localisation industrielle partielle - Alstom transfère une part de sa chaîne de production vers le pays client. Ce n'est pas la première fois que le groupe français s'installe durablement dans ce marché : Alstom totalise près de trois milliards d'euros de contrats dans la construction initiale du réseau, en participant à deux des consortiums sur le matériel roulant, la signalisation, les systèmes d'alimentation électrique et un groupement pour la maintenance d'une durée de dix ans. L'usine d'assemblage pour la ligne 7 prolonge cette présence bien au-delà du calendrier des commandes ponctuelles.

La géographie des intérêts réels

La table ronde franco-saoudienne du 24 août, dont ces deux contrats constituent l'architecture industrielle visible, est la première réunion formelle du Conseil de partenariat stratégique bilatéral créé en décembre 2024. Elle s'est tenue dans un moment où le régime saoudien a des raisons précises de consolider ses ancres en Europe.

La visite a par ailleurs été marquée par l'annonce par Emmanuel Macron de six milliards d'euros d'investissements saoudiens pour la création de trois parcs d'attractions à Cergy-Pontoise, avec vingt-deux mille emplois annoncés. Deux registres industriels très différents - infrastructure lourde d'un côté, économie du divertissement de l'autre - mais une logique commune. Le Fonds d'investissement public saoudien déploie des capitaux en France dans tous les secteurs qui permettent de nouer des dépendances économiques durables avec Paris.

Le port islamique de Djeddah, centre logistique et commercial crucial sur la côte de la mer Rouge, couvre une superficie de 12,5 km² et dispose de 62 postes d'amarrage. Y faire entrer CMA CGM comme exploitant d'un quatrième terminal, c'est lier l'intérêt commercial du premier armateur mondial francophone à la stabilité de l'infrastructure portuaire saoudienne - une forme de garantie que personne ne nomme ainsi dans les communiqués.

En 2024, le royaume se classait au quinzième rang mondial dans le traitement des conteneurs, avec trois ports figurant parmi les cent premiers au monde - le port islamique de Djeddah ayant progressé de la quarante-et-unième à la trente-deuxième place selon Lloyd's List. La mise en service du terminal 4 dopera ces flux à un moment où la géopolitique régionale pousse précisément vers la mer Rouge les volumes que la fermeture d'Ormuz détourne du Golfe.

Pour Alstom, dont le chiffre d'affaires s'est établi à 19,171 milliards d'euros lors de l'exercice 2025-26, en hausse de 3,7 %, avec un carnet de commandes de 104,4 milliards d'euros, le contrat de 500 millions d'euros s'inscrit dans une présence historique sur ce marché que l'usine d'assemblage pour la ligne 7 vient ancrer de façon structurelle.

Ce que ces signatures dessinent ensemble, c'est moins une vitrine diplomatique d'une journée qu'un maillage industriel pensé pour durer. La table ronde franco-saoudienne réunie à Paris ce lundi a mis face à face des dirigeants des deux pays sur les thèmes de l'investissement et des nouvelles opportunités, dans des secteurs où les entreprises françaises étaient historiquement concentrées sur l'énergie, l'eau, le transport, la logistique, la construction, l'hôtellerie et la santé - une empreinte qui s'étend désormais à l'intelligence artificielle, aux infrastructures numériques, à la culture, aux industries créatives et aux mines. Chaque nouveau secteur coché est une dépendance supplémentaire nouée, rendant plus difficile, à terme, toute rupture entre Paris et Riyad, quelles que soient les turbulences politiques à venir.

CE QUE PÈSE CHAQUE ACCORD

Alstom - lignes 3 et 6 du métro de Riyad - 500 millions d'euros pour des rames supplémentaires, plus un accord distinct pour une usine d'assemblage (montant non communiqué par l'Élysée) destinée à la future ligne 7 CMA CGM / Red Sea Gateway Terminal - 434 millions d'euros selon l'Élysée (SAR 1,6 milliard selon Mawani, montant converti en dollars variant entre 426,7 et 433 millions selon les sources anglophones) pour le développement et l'exploitation du quatrième terminal à conteneurs du port islamique de Djeddah, avec une capacité additionnelle de 2,6 millions d'EVP par an

Total annoncé - près d'un milliard d'euros

Genèse - la term sheet RSGT/CMA Terminals avait été signée lors du FII9 à Riyad en octobre 2025 ; la signature définitive formalisée à Paris le 24 août 2026 en présence de MBS et Macron Contexte - première réunion formelle du Conseil de partenariat stratégique franco-saoudien, créé en décembre 2024

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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