Formations les plus demandées, marché du travail, étudiants étrangers - une radiographie complète, sans complaisance
Droit en tête des licences les plus convoitées, santé en tête des secteurs les plus recruteurs, numérique structurellement en pénurie de candidats. Les données de Parcoursup, du ministère de l'Enseignement supérieur et de l'enquête Besoins en Main-d'Œuvre 2026 de France Travail dessinent un paysage où l'écart entre ce que choisissent les étudiants et ce que demande l'économie reste béant.
Un chiffre résume tout. Près de 2,3 millions d'intentions de recrutement ont été recensées pour 2026 dans le cadre de la 25e édition de l'enquête Besoins en Main-d'Œuvre de France Travail, soit un recul de 6,5 % par rapport à 2025, deux fois moins marqué que la baisse enregistrée l'année précédente. Ce sont 2,3 millions de postes à pourvoir, et pourtant 43,8 % des projets d'embauche sont jugés difficiles par les employeurs. La question n'est donc pas l'absence d'emploi - c'est l'absence des bons profils là où les besoins sont les plus pressants.
Ce que Parcoursup révèle des choix des lycéens
En 2025, sept élèves de terminale sur dix ont confirmé au moins un vœu en licence sur Parcoursup, selon la dernière étude du SIES. Les licences restent les formations les plus plébiscitées et les plus acceptées, représentant 36,5 % des propositions d'admission, devant les BTS à 20,7 % et les BUT à 9,8 %.
Au sommet du classement, la licence de droit s'impose toujours, avec 359 728 vœux formulés en 2025. La licence de psychologie attire près de 144 000 candidats, tandis que les STAPS totalisaient 150 419 vœux, en baisse de 3,1 % par rapport aux 155 250 enregistrés en 2024, sans perdre leur troisième rang.
L'économie-gestion arrive en quatrième position avec 146 431 vœux, en hausse de 11,3 % - une filière qui gagne en popularité d'année en année, avec 131 464 vœux en 2024 et 126 369 en 2023. Les mathématiques, elles aussi, progressent fortement : 97 331 candidats ont formulé un vœu dans cette filière en 2025, contre 87 459 l'année précédente, soit une hausse de 11,3 %.
Ce que ce classement masque est pourtant central. Même si la majorité des licences sont dites non sélectives, certaines universités, comme Paris-Panthéon-Sorbonne ou Toulouse Capitole, affichent des taux d'admission inférieurs à 10 % dans des filières très prisées, notamment le droit et la psychologie. La pression réelle sur l'entrée ne correspond pas à l'image d'une université universellement ouverte.
La session 2026 accentue encore ces dynamiques. Pour la première fois, le nombre total de vœux formulés en phase principale dépasse les 14 millions, soit une hausse de plus d'un million par rapport à 2025, largement portée par les candidats en réorientation, qui contribuent à hauteur de 371 000 vœux supplémentaires.
Le fossé entre les choix des étudiants et les besoins du marché
C'est ici que la réalité se complique. Les trois licences les plus demandées - droit, psychologie, STAPS - figurent parmi celles où la conversion vers l'emploi est la plus conditionnelle.
Les débouchés de la psychologie sont nombreux, mais nécessitent souvent la poursuite des études en master. Le droit impose la même logique - les parcours professionnalisants réels (barreau, magistrature, notariat) supposent des années supplémentaires après la licence, avec une sélection sévère à chaque étape.
En face, les secteurs où les employeurs sont structurellement en déficit de candidats ne correspondent pas aux formations les plus populaires. La santé comptabilise 322 000 projets de recrutement pour 2026, en légère hausse de 0,4 %, et 54 % de ces projets sont jugés difficiles à pourvoir, reflet de besoins structurels liés au vieillissement de la population. D'ici 2030, ce sont 500 000 postes qui devront être pourvus dans ce secteur.
Les trois métiers affichant le plus grand nombre de projets de recrutement en 2026 sont les aides de cuisine et employés polyvalents de restauration avec 97 140 projets, les serveurs de cafés-restaurants avec 93 840 projets, puis les viticulteurs, arboriculteurs et ouvriers agricoles avec 83 820 projets. Les aides-soignants suivent avec 62 100 projets de recrutement.
Le classement des métiers les plus difficiles à recruter est dominé par l'industrie, la construction et la santé - des secteurs qui exigent des compétences techniques pointues, souvent acquises après plusieurs années de formation ou d'expérience, dans des filières qui peinent à attirer de nouveaux entrants.
Le numérique illustre cette tension d'une autre manière. La cybersécurité comptabilise plus de 15 000 postes à pourvoir, dans un secteur où la demande excède chroniquement l'offre de compétences disponibles. Le nucléaire, de son côté, prévoit 100 000 recrutements d'ici 2035, cherchant des opérateurs, des techniciens de maintenance et des chaudronniers - des métiers accessibles avec ou sans diplôme universitaire, grâce à la formation professionnelle.
« Ce que les employeurs cherchent n'est pas ce que les lycéens choisissent. Ce décalage ne date pas de 2026, mais il s'approfondit. »
La Rédaction
Le profil des étudiants étrangers - une géographie des disciplines En 2024-2025, 443 500 étudiants étrangers étaient inscrits dans l'enseignement supérieur français, en hausse de 3 % sur un an et de 17 % en cinq ans. Ils représentent près de 15 % des effectifs étudiants en France.
Parmi les étudiants étrangers en mobilité internationale, 64 % suivent un cursus à l'université, soit 210 701 personnes. Les universités françaises accueillent 52 % de ces effectifs, devant les écoles de commerce à 6 % et les écoles d'ingénieurs à 3 %.
Les disciplines choisies révèlent un écart net avec les préférences des lycéens français. Les sciences fondamentales et la santé concentrent 43 % des inscrits étrangers, suivies des lettres, langues et sciences humaines, puis de l'économie-gestion.
En 2024-2025, plus de la moitié des étudiants étrangers en mobilité internationale à l'université sont originaires du continent africain, soit 54,3 %, devant l'Asie à 19,5 % et l'Europe à 18,6 %. Le premier pays d'origine reste le Maroc, suivi de l'Algérie puis de la Chine - ce dernier contingent se distinguant par une préférence marquée pour les écoles de commerce et d'ingénieurs plutôt que pour l'université, à l'instar des étudiants venus d'Inde ou d'Amérique du Nord.
La dynamique indienne mérite attention : avec 9 100 étudiants, l'Inde est désormais le 11e pays d'origine en 2025, contre le 13e rang en 2024, en hausse de 17 % en un an - reflet des ambitions affichées dans la feuille de route franco-indienne sur les mobilités étudiantes.
Un point que les classements d'attractivité occultent souvent - pour un étudiant étranger, le diplôme seul ne suffit pas. La reconnaissance professionnelle de certaines formations, notamment en santé, est soumise à des procédures de validation spécifiques pouvant durer plusieurs années. Les filières techniques et les grandes écoles offrent une meilleure lisibilité immédiate sur le marché du travail français que les licences généralistes, quelle que soit leur popularité statistique.
Ce qui ne se mesure pas dans les tableaux officiels
Il existe une réalité que ni Parcoursup ni l'enquête BMO ne formalisent clairement - le poids du diplôme seul, sans expérience professionnelle, a reculé sur le marché du travail français. Le modèle dit « skills-based » - fondé sur les compétences effectives plutôt que sur le seul titre académique - progresse, et France Travail recensait en 2026 près de 2,43 millions de postes à pourvoir, dont 43,8 % en contrat à durée indéterminée.
L'alternance constitue dans ce contexte un levier structurel sous-estimé par les candidats qui privilégient les filières universitaires généralistes. Les filières en BTS et BUT, moins prestigieuses dans l'imaginaire social, affichent des taux d'insertion plus rapides dans plusieurs secteurs - commerce, services techniques, gestion administrative - que des licences surconvoitées dont les débouchés restent tributaires d'un master sélectif.
Ces évolutions montrent que le classement des formations les plus demandées reflète aussi les transformations du marché du travail et des attentes sociétales - mais les places disponibles n'augmentent pas au même rythme que les candidatures, et la sélectivité implicite s'intensifie.
Ce qui pourrait suivre
Le scénario le plus probable dans les prochaines années est celui d'un réajustement progressif des choix d'orientation sous la pression d'un marché du travail de plus en plus lisible pour les familles. La progression de la licence de mathématiques, qui a bondi de trois points dans le classement des formations les plus demandées sur Parcoursup, illustre déjà ce mouvement - les lycéens, ou leurs parents, intègrent la demande numérique et industrielle dans leurs choix, même si cette correction reste partielle.
Un deuxième scénario, moins probable mais documenté, verrait l'écart se creuser entre les établissements. Les universités de rang international, qui figurent dans les classements mondiaux - 27 universités françaises figurant dans le classement de Shanghai en 2025, soit deux de plus que l'année précédente - concentreront davantage d'étudiants étrangers qualifiés attirés par la recherche, pendant que les filières généralistes locales absorbent une demande croissante sans toujours disposer des moyens pédagogiques correspondants.
Un troisième scénario, le plus structurel, est celui d'une bifurcation durable entre filières à fort retour sur investissement professionnel - santé, ingénierie, numérique - et filières à forte demande sociale mais à débouchés conditionnels - droit, psychologie, sciences humaines. Ce fossé ne sera pas comblé par la seule communication institutionnelle sur l'orientation. Il suppose une réforme en profondeur des passerelles entre formation et emploi, dont les signaux restent, à ce jour, insuffisants.
LES CHIFFRES A RETENIR
Formations : droit (359 728 vœux), psychologie (144 000 vœux), STAPS (150 419 vœux), économie-gestion (146 431 vœux), mathématiques (97 331 vœux) - session Parcoursup 2025 (SIES/MESR) Marché du travail : 2,28 millions de postes à pourvoir en 2026, dont 43,8 % jugés difficiles à pourvoir par les employeurs - enquête BMO 2026, France Travail, réalisée entre octobre et décembre 2025 auprès de 416 588 établissements Santé : 322 000 projets de recrutement en 2026, en légère hausse, avec 500 000 postes à pourvoir d'ici 2030 Étudiants étrangers : 443 500 inscrits en 2024-2025 (MESR/SIES), dont 64 % à l'université, originaires à 54,3 % du continent africain






