Cinq ans de résidence française, un passeport d'Antigua obtenu légalement, des mandats algériens rejetés par Interpol : la famille Aïssiou conteste point par point la version officielle transmise à Madrid, pendant que l'Audiencia Nacional prépare sa décision pour la seconde quinzaine de septembre.
Brahim Aïssiou, frère cadet d'Ayoub, a répondu par écrit aux questions de L'Appel. Ce qu'il dit rectifie plusieurs éléments du récit algérien - et complique, sur le fond, l'examen du dossier que mène en ce moment le juge Santiago Pedraz à Madrid.
Ayoub Aïssiou est détenu au centre pénitentiaire Brians 1, en Catalogne, depuis le 15 août, date à laquelle le juge Santiago Pedraz a ordonné le maintien de l'intéressé sous écrou. L'examen de la demande d'extradition devrait aboutir à une décision dans la seconde moitié de septembre. Entre-temps, les déclarations de la famille Aïssiou à L'Appel introduisent plusieurs éléments que ni la presse algérienne ni les documents officiels espagnols ne mentionnent.
Ce que le frère corrige, point par point
Premier point : le passeport. L'article précédent de L'Appel, publié le 23 août, mentionnait un passeport d'Antigua-et-Barbuda. Brahim Aïssiou conteste la qualification donnée à ce document par la presse algérienne. Selon lui, son frère détient une résidence française de dix ans - ses deux filles étant nées en France - et a obtenu le passeport d'Antigua en toute légalité. El Watan avait de son côté évoqué un passeport de la République du Libéria, qu'il aurait reconnu avoir acquis pour cent mille euros. La divergence entre les deux versions - passeport antiguais légalement obtenu selon la famille, passeport libérien selon la presse algérienne - n'a pas été tranchée par les autorités espagnoles dans leurs communications officielles. L'Appel n'a pas été en mesure de confirmer indépendamment l'une ou l'autre de ces versions.
Deuxième point : la durée de la résidence en France. Brahim Aïssiou précise que son frère vit en France depuis cinq ans et non depuis quatre ans comme L'Appel l'avait initialement indiqué. Le comité de soutien international à Ayoub Aïssiou confirme qu'il est installé en France depuis 2019, où il a déposé une demande d'asile et vit avec son épouse et ses deux filles.
Troisième point : Interpol. C'est peut-être le plus lourd de conséquences juridiques. Les multiples mandats d'arrêt internationaux lancés à l'encontre d'Ayoub Aïssiou ont été rejetés par Interpol, en raison de leur caractère politique. Brahim Aïssiou confirme ce fait et en précise la mécanique : l'avocat d'Ayoub a pu défendre son dossier devant l'organisation internationale, qui a écarté les demandes algériennes. C'est précisément parce qu'aucune notice rouge n'était active, explique la famille, qu'Alger a contourné l'obstacle en passant par la voie bilatérale hispano-algérienne. Le traité entre les deux pays autorise une arrestation provisoire sur signalement, à charge pour Alger de transmettre ensuite le dossier complet. Ce chemin de traverse, moins visible qu'une notice Interpol, a fonctionné là où la voie internationale avait échoué.
Quatrième point : la nature juridique de l'affaire des procurations. Brahim Aïssiou apporte ici une précision qui change sensiblement la lecture du dossier. Selon le résumé établi par le ministère espagnol de la Justice, l'enquête concerne trois procurations qui auraient été falsifiées dans l'étude de la notaire Amina Chabane, à Bouzaréah, et qui auraient été utilisées pour administrer des biens immobiliers et transférer à l'étranger les revenus qui en étaient tirés. Mais selon le frère, ces actes notariés ont été enregistrés et publiés à l'époque de leur établissement - ils n'auraient donc pas les caractéristiques d'un faux au sens propre. Plus significatif encore : Ayoub Aïssiou n'aurait pas été condamné dans ce dossier précis, mais simplement convoqué par un juge d'instruction souhaitant l'auditionner, l'affaire ayant été ouverte en décembre 2025. La demande d'extradition ne reposerait donc pas sur une condamnation prononcée, mais sur une instruction en cours - une nuance procédurale que l'Audiencia Nacional devra examiner dans le cadre de la procédure contradictoire, notamment pour vérifier la double incrimination des faits et les garanties offertes à la personne réclamée.
Cinquième point : le choix du dossier transmis à Madrid. La famille pose une question que L'Appel n'avait pas formulée ainsi dans ses précédents articles. Pourquoi Alger n'a-t-elle transmis que ce seul dossier de procurations, sur les vingt-trois procédures recensées depuis 2023 ? La réponse de Brahim Aïssiou est directe : les autres dossiers portent tous, selon lui, une empreinte médiatique trop visible - ils sont liés aux contenus diffusés par la chaîne El Djazairia One et révéleraient la dimension politique de la persécution. En ne présentant à Madrid qu'un dossier de droit commun, Alger aurait cherché à faire passer un homme de médias pour un simple commerçant, effaçant du dossier d'extradition la dimension éditoriale qui le rendrait plus facilement rejetable.
Sixième point : les crédits bancaires. La presse algérienne avait évoqué plus de soixante-trois milliards de dinars de crédits et de rééchelonnements accordés par plusieurs banques comme indice d'une relation de connivence avec le système financier d'État. Brahim Aïssiou récuse cette lecture. Il rappelle que le recours au crédit bancaire est le mode de financement ordinaire de toute entreprise - et souligne qu'en Algérie, les banques n'accordent aucun prêt sans garantie. Fait décisif selon lui : dans aucune des affaires ouvertes contre son frère, une banque n'a jamais été partie civile. L'Appel n'a pas pu vérifier indépendamment ce point.
Septième point : la trajectoire professionnelle. Le récit de la brochette de Baraki, tel que reproduit dans le précédent article, mérite une rectification factuelle. Brahim Aïssiou précise que son frère, pendant ses études, travaillait dans l'usine familiale lors des vacances scolaires. À la fin de ses études, au début des années 2000, il a repris des activités commerciales dans l'importation de pommes, de fruits secs et de légumes - une activité bien distincte, et bien antérieure, à ce que la presse algérienne présente comme un enrichissement opaque.
Ce que le frère ne dit pas - et ce que la procédure impose
Brahim Aïssiou conclut en proposant d'envoyer des documents à L'Appel pour étayer les positions de la famille. La rédaction a pris note de cette offre. Les documents, s'ils sont transmis, feront l'objet d'une vérification indépendante avant toute exploitation éditoriale.
La famille ne répond pas, en revanche, à la question des condamnations à vingt ans de prison ferme prononcées dans d'autres dossiers - ceux qui ne portent pas sur les procurations. Le 15 mars 2026, la Cour d'Alger a confirmé la peine de vingt ans prononcée par défaut le 17 décembre 2025 par le pôle pénal économique et financier de Sidi M'hamed. Le beau-père d'Ayoub Aïssiou, l'ancien sénateur Bachir Ould Zemirli, condamné à sept ans, a été interpellé fin décembre 2025 après une brève cavale et est incarcéré à Koléa. Ces éléments ne sont pas contestés dans la déclaration de Brahim Aïssiou.
La défense dispose néanmoins d'un argument procédural de poids sur le dossier précisément transmis à Madrid : une décision favorable de l'Audiencia Nacional n'entraînerait pas automatiquement la remise d'Ayoub Aïssiou - le dossier reviendrait devant le Conseil des ministres espagnol, qui conserverait la décision finale sur l'exécution de l'extradition. C'est à ce niveau, celui du gouvernement Sánchez, que la pression gazière pèse le plus directement.
La géopolitique, toujours
En juillet 2026, Pedro Sánchez a atterri à Alger avec les patrons de l'énergie espagnole dans l'avion, pour la première visite d'un chef du gouvernement espagnol depuis octobre 2020 - l'Algérie est redevenue le premier fournisseur de gaz de l'Espagne, avec environ un tiers de ses importations gazières, et une réunion de haut niveau entre les deux gouvernements est prévue pour octobre.
La famille Aïssiou, dans sa déclaration à L'Appel, pose la question sans détour : elle demande que l'Espagne examine l'extradition non seulement sous l'angle des accusations d'Alger, mais en tenant compte du contexte dans lequel ces poursuites ont été engagées. Le message s'adresse autant à l'Audiencia Nacional qu'au Conseil des ministres qui, en dernier ressort, dira si la décision judiciaire sera exécutée.
Ce que la procédure ne dit pas, mais que le dossier rend visible, c'est que les deux étapes - judiciaire puis politique - n'obéissent pas aux mêmes logiques. C'est à la justice espagnole qu'il revient, dans un premier temps, de déterminer si la demande algérienne remplit les conditions légales de l'extradition - une éventuelle décision favorable ouvrant ensuite la voie à l'intervention du gouvernement espagnol. Deux filtres, deux calendriers, deux pressions distinctes.
Brahim Aïssiou dit qu'il reste à disposition de L'Appel pour des informations complémentaires. Madrid se prononcera, selon toute probabilité, avant que ses documents n'aient pu être entièrement vérifiés. C'est dans cet espace - entre la parole d'une famille et la décision d'un tribunal - que le sort d'Ayoub Aïssiou se jouera.
« Dans toutes les affaires, il n'y a jamais eu une banque partie civile. »
Brahim Aïssiou, frère d'Ayoub Aïssiou, déclaration écrite à L'Appel
CE QUE LA FAMILLE AÏSSIOU CORRIGE - DECLARATION ECRITE A L'APPEL
Résidence française de dix ans, deux filles nées en France - la qualification de « fugitif sans papiers » est contestée
Passeport étranger obtenu légalement selon la famille - version divergente dans la presse algérienne, non tranchée Mandats Interpol rejetés pour caractère politique - Alger a contourné l'organisation via l'accord bilatéral hispano-algérien Dossier des procurations qualifié de simple convocation devant juge d'instruction, non de condamnation Aucune banque n'a jamais été partie civile dans aucune des affaires ouvertes contre Ayoub Aïssiou






