Elle avait dit qu'elle sortait. Elle n'est jamais revenue. Il a fallu neuf jours et un test ADN pour que la justice puisse enfin prononcer son nom.
Deux cent cinquante mille abonnés sur les réseaux, une disparition un soir d'août, un corps découvert neuf jours plus tard entre deux rangs de vigne : ce que la justice a confirmé, et ce qui reste encore, à ce stade, de la seule spéculation.
Une découverte au petit matin, entre deux rangs de vigne
Le 12 août, au petit matin, un ouvrier agricole avance entre les rangs d'une vigne isolée de Saint-Gilles, dans le Gard, à une quinzaine de kilomètres de Nîmes. C'est là qu'il découvre le corps d'une femme, partiellement calciné. La zone est reculée, loin des habitations - le genre d'endroit où l'on ne passe que pour travailler la terre, pas par hasard. L'état du corps rend toute identification immédiate impossible.
Il faudra attendre le résultat d'une expertise génétique pour lever le doute. Ce mercredi 19 août, le parquet le confirme : il s'agit bien de Sonia Bellina, vingt-neuf ans, connue sous ce nom sur les réseaux sociaux - son identité officielle, protégée par la justice, se limitant à Sonia H.
Deux jours avant, un soir de sortie qui ne s'est jamais terminé
Remontons deux jours avant la découverte. Le 10 août au soir, Sonia Bellina sort de chez elle. Elle le dit à sa famille avant de partir - une sortie ordinaire, ou du moins présentée comme telle. Sa sœur racontera plus tard que Sonia avait prévenu qu'elle s'absentait. Elle ne reviendra pas. Ce n'est que deux jours plus tard que l'ouvrier agricole tombera sur son corps, dans cette vigne à l'écart de tout.
Une créatrice de contenu suivie par des centaines de milliers de personnes À Nîmes, où elle vivait, Sonia Bellina restait une inconnue pour beaucoup de ses voisins. Sur les écrans, c'était une autre histoire : en six ans, elle avait construit une audience de plus de deux cent soixante mille abonnés sur TikTok et treize mille cinq cents sur Instagram, où sa dernière publication remontait toutefois à février 2023. Elle y proposait un contenu qu'elle qualifiait elle-même de lifestyle - reprises en playback de tubes populaires, sessions en direct où elle échangeait avec sa communauté, courtes vidéos sur la mode ou sur ses tourments amoureux. Une notoriété réelle, mais qui n'avait jamais franchi le cercle des plateformes pour atteindre une reconnaissance locale.
Une enquête ouverte pour assassinat
Dès le 12 août, le parquet de Nîmes ouvre une information judiciaire pour assassinat - une qualification qui, en droit français, suppose un homicide volontaire commis avec préméditation ou guet-apens. Ce choix initial des enquêteurs indique qu'ils ont d'emblée écarté l'hypothèse d'une mort accidentelle au profit de celle d'un meurtre prémédité. Les circonstances exactes du décès, elles, n'ont toujours pas été rendues publiques.
Deux hommes interpellés, aucune identité communiquée
Le tournant le plus significatif de l'enquête intervient ce même 19 août : la procureure de Nîmes, Cécile Gensac, annonce l'interpellation de deux hommes, aussitôt placés en garde à vue. Selon le parquet, des éléments recueillis par les enquêteurs conduisent à les soupçonner d'avoir participé, directement ou indirectement, aux faits.
« Des éléments conduisent à les soupçonner d'avoir participé, directement ou indirectement, aux faits »
- Cécile Gensac, procureure de Nîmes
À ce stade, ni leur identité, ni la nature de leur lien éventuel avec Sonia Bellina, ni un quelconque mobile n'ont été communiqués. Aucune mise en examen n'a, à l'heure où ces lignes sont écrites, été annoncée.
Un rendez-vous, une voiture suspecte : ce que l'enquête regarde de près La question qui obsède, légitimement, l'entourage de Sonia Bellina reste celle de sa dernière soirée : où allait-elle, et pour qui ? Sa sœur a indiqué que la famille pense qu'elle se rendait à un rendez-vous, sans toutefois connaître l'identité de la personne concernée. Selon des éléments rapportés par Le Parisien, les enquêteurs s'intéressent particulièrement à ce rendez-vous non identifié, ainsi qu'à un véhicule suspect aperçu la nuit de sa disparition.
Un détail supplémentaire circule dans la presse, qu'il convient de manier avec la plus grande prudence : l'un des deux hommes interpellés, selon Le Parisien, serait déjà connu des services de police dans des affaires de violences intrafamiliales. Cet élément ne permet en aucun cas de conclure qu'il serait coupable de la mort de Sonia Bellina, ni que des violences conjugales seraient le mobile de ce meurtre : il s'agit d'un antécédent judiciaire distinct, rapporté par une source de presse et non confirmé comme lié à cette affaire par le parquet lui-même.
Ce que la famille croit, ce que la justice n'a pas confirmé
Il existe, dans cette affaire, une frontière qu'il importe de ne jamais effacer : celle qui sépare ce que dit la famille de ce qu'établit l'enquête. La sœur de Sonia évoque un rendez-vous, une relation possible avec un homme dont l'identité reste inconnue de la famille elle-même. Cette version, humaine et compréhensible dans le désarroi d'un deuil, ne constitue à ce jour ni une conclusion du parquet, ni un mobile établi. Écrire que Sonia Bellina serait morte en se rendant à un rendez-vous amoureux mystérieux reviendrait à transformer une hypothèse familiale en fait judiciaire - une confusion que l'enquête, à ce stade, ne permet pas de trancher.
Une seconde violence, venue des écrans
Dès la diffusion de la nouvelle de la découverte du corps, une autre forme de violence a frappé la mémoire de Sonia Bellina : une vague de commentaires, d'insultes et de spéculations s'est répandue sur les réseaux sociaux qu'elle avait patiemment nourris pendant six ans. L'avocat de la famille, Mourad Battikh, a dénoncé ce qu'il a qualifié de cruauté sans nom, évoquant les rumeurs, les spéculations et les propos malveillants qui sont venus alourdir la peine déjà immense de la famille. Il a annoncé que les proches de Sonia poursuivraient en justice les auteurs de propos constitutifs d'infractions.
Une chronologie encore ouverte
Dix jours séparent la disparition de la confirmation officielle du nom de la victime : le 10 août au soir, Sonia Bellina sort et ne revient pas ; le 12 août au matin, un corps de femme partiellement calciné est découvert dans une vigne de Saint-Gilles, et une enquête pour assassinat est ouverte le jour même ; le 19 août, l'analyse ADN confirme qu'il s'agit bien d'elle, tandis que deux hommes sont placés en garde à vue pour suspicion de participation directe ou indirecte aux faits. Le mobile, les circonstances précises de la mort et l'identité des suspects restent, à cette date, non communiqués. L'enquête se poursuit.






