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Pourquoi les supermarchés vont vendre des fruits plus petits et moins beaux

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Face à la sécheresse la plus sévère depuis des décennies, la grande distribution renonce à ses standards esthétiques pour sauver ce qui peut encore l'être de la récolte française.

Une carotte tordue, une tomate tachée, un concombre trop court. Dès cette semaine, ces légumes autrefois recalés à l'entrée des supermarchés vont rejoindre les étals - la conséquence directe d'un été que la France n'avait plus connu depuis des décennies.

Le geste des supermarchés

La Fédération du commerce et de la distribution, qui réunit la quasi-totalité des grandes enseignes, E.Leclerc, Carrefour, Auchan, Coopérative U, Intermarché ou encore Casino, a annoncé mardi assouplir ses critères d'acceptation des fruits et légumes. Calibres plus petits, aspect moins régulier, imperfections visuelles jusqu'ici synonymes de rejet en entrepôt, tout cela va désormais pouvoir se retrouver en rayon, avec une priorité affichée pour les produits d'origine française.

Carrefour et Coopérative U avaient pris les devants dès la semaine précédente, révisant leurs cahiers des charges et réduisant leurs délais de paiement aux producteurs de trente à quinze jours. Ce n'est pas un geste marketing isolé, c'est une réponse en urgence à un été qui a mis l'agriculture française à genoux.

Une sécheresse hors norme

Le pays traverse depuis le printemps un épisode de sécheresse d'une sévérité inédite. Après un mois d'avril déjà déficitaire en pluie, trois vagues de canicule se sont succédé en mai, juin et juillet, la dernière ayant dépassé en durée celle, meurtrière, de 2003. À la mi-août, près de soixante-dix pour cent du territoire restait soumis à des restrictions d'usage de l'eau, et près des deux tiers des nappes phréatiques affichaient des niveaux sous les normales saisonnières. Une étude d'attribution scientifique publiée fin juillet a établi que le changement climatique d'origine humaine a rendu cette sécheresse des sols cinq fois plus probable qu'elle ne l'aurait été autrefois.

Le paysage agricole en porte déjà les stigmates. Des feux de forêt ont ravagé près de cent mille hectares depuis le début de l'année, un record historique, tandis que des rivières comme la Loire se sont retrouvées à sec par endroits en plein mois de juillet.

« C'est encore pire que 2022 » - le constat d'une chercheuse en agroclimatologie, qui juge inédite l'ampleur de la sécheresse des sols observée cet été.

Des récoltes qui s'effondrent

Les chiffres qui remontent du terrain donnent la mesure du désastre. Le syndicat agricole majoritaire anticipe une baisse de rendement nationale de quarante pour cent pour le maïs, atteignant soixante-dix pour cent dans certains départements comme les Landes. Les producteurs de légumes évoquent des pertes de tonnage pouvant atteindre cinquante pour cent, y compris pour les cultures irriguées, la chaleur du sol suffisant à elle seule à compromettre la récolte. Les viticulteurs, eux, redoutent des pertes de vingt à trente pour cent sur le millésime 2026 dans tout le sud du pays.

Cette rareté se répercute mécaniquement sur les prix. Les cerises et les concombres ont vu leurs cours sortie de ferme grimper respectivement de sept et huit pour cent en une seule semaine, coïncidant avec le début de la troisième canicule. En grande surface, l'inflation a dépassé trente pour cent sur les tomates et les concombres d'origine française durant cette même période.

Un plan d'urgence à double tranchant

Le gouvernement a de son côté dévoilé début août un plan global d'accompagnement, prises en charge de cotisations sociales, aides de trésorerie, dérogations administratives, pour qu'aucun exploitant ne se retrouve seul face à la crise. Le dispositif prévoit aussi d'ajuster localement l'accès à l'eau pour les exploitations les plus touchées, une mesure qui inquiète déjà certains défenseurs de l'environnement, le ministère n'ayant pas précisé où seraient trouvés ces volumes supplémentaires sans aggraver la pression sur des milieux naturels déjà exsangues.

La tolérance esthétique des supermarchés s'inscrit dans cette même logique d'urgence à courte vue, elle limite le gaspillage et soutient la trésorerie des producteurs sans coûter un centime aux finances publiques, mais elle ne répare en rien les sols craquelés ni les nappes à sec.

Un été qui ne restera pas isolé

Le vrai enseignement de cet été n'est pas esthétique, il est structurel. Une carotte tordue en rayon aujourd'hui n'est que la traduction visible, dans le quotidien du consommateur, d'une bascule climatique que les scientifiques annoncent depuis des années, et que 2026 vient de rendre impossible à ignorer. Reste à savoir si la France ajustera durablement ses filières agricoles et sa gestion de l'eau, ou si elle attendra, comme après 2003 et 2022, le prochain été record pour s'en souvenir de nouveau.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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