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À Besançon, les jeunes actifs peinent à économiser malgré un emploi stable

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Deux cents euros par mois, dit-elle, et ça, c'est obligatoire. Cinquante euros, dit-il, et même ça, il arrive que je ne les aie pas.

Même salaire, même secteur, même contrat à temps plein : l'un met deux cents euros de côté chaque mois, l'autre n'y parvient presque jamais. Entre leurs deux histoires se cache la variable qui, plus que le revenu lui-même, décide aujourd'hui si un jeune actif peut vivre de façon autonome.

Léa, deux cents euros par mois et une voiture achetée cash

Léa Martin vient d'être embauchée dans une enseigne du secteur de la restauration. Le contrat est à temps plein, le salaire avoisine dix-huit cents euros par mois. Sur ce point précis, elle est catégorique : elle parvient à mettre deux cents euros de côté chaque mois, et c'est, dit-elle, une obligation qu'elle s'impose - qu'elle touche ou non une aide de la CAF - un sujet qu'elle préfère ne pas aborder.

Elle n'a qu'une courte pause pendant son service. Elle regarde sa montre en souriant et raconte qu'elle a pu acheter une voiture il y a environ trois mois. Ce ne sont pas ses deux cents euros mensuels récents qui ont financé cet achat, précise-t-elle aussitôt, mais une épargne plus importante, constituée plus tôt : il y a deux ans, elle mettait davantage de côté qu'aujourd'hui. Elle vit dans les environs de Besançon, où le loyer reste raisonnable, seule, à proximité de ses parents restés au village.

Très enthousiaste à l'idée de travailler ou de suivre une formation pour développer ses compétences, Léa se montre, tout au long de l'échange, particulièrement optimiste.

Nathan, le même métier, presque rien à la fin du mois

Nathan, qui écoutait notre conversation avec Léa, exerce un métier presque identique au sien. Il n'a pourtant ni son optimisme ni ses résultats : il ne parvient pas à épargner, estimant que les femmes arrivent peut-être plus facilement que les hommes à mettre de l'argent de côté. À la fin du mois, il ne lui reste parfois que cinquante euros - et bien souvent, dit-il en souriant, même cette somme n'est plus disponible.

Une fois Léa repartie à son poste, Nathan poursuit la conversation avec un enthousiasme qui tranche avec ce constat : il cumule les expériences professionnelles, mais un seul emploi, insiste-t-il, ne suffit pas. Il loue un logement en plein centre-ville de Besançon, où presque tout coûte plus cher, le loyer en premier lieu - une situation qu'il ne compte pas prolonger, puisqu'il prévoit de déménager pour pouvoir économiser davantage. Quand on lui demande combien il pourrait vraiment économiser en déménageant, il rit et répond qu'il n'en sait rien, mais qu'il mettrait sûrement plus de côté qu'aujourd'hui.

Léna, étudiante, qui n'économise rien du tout

Léna, en dernière année d'université, traverse une situation plus difficile encore que celle de Nathan. Elle n'épargne rien : ses heures de travail restent cantonnées aux créneaux réservés aux étudiants, trop réduits pour dégager la moindre marge. Certaines dépenses sont certes moins coûteuses pour les étudiants, concède-t-elle, mais cela ne suffit pas à lui permettre de mettre quoi que ce soit de côté.

Elle explique être régulièrement contrainte de s'endetter pour faire face à certaines dépenses, sans être aujourd'hui en mesure de rembourser une partie de ces sommes - sans vouloir dire auprès de qui elle a emprunté, ni dans quelles conditions.

Ce que les chiffres nationaux confirment sur la fragilité des plus jeunes Le dernier rapport de la Banque de France sur l'inclusion financière documente précisément ce que ces trois trajectoires bisontines illustrent chacune à leur manière : les jeunes adultes financièrement les plus fragiles peinent structurellement à se constituer une épargne. La tranche des jeunes de dix-huit à vingt-neuf ans représentait douze pour cent des dossiers de surendettement en 2025, contre cinq pour cent seulement en 2022 - une multiplication par plus de deux en trois ans à peine. Le même rapport alerte sur la diffusion croissante du paiement fractionné et des petits crédits à la consommation, deux outils que Léna elle-même semble avoir mobilisés sans les nommer explicitement.

Le taux d'épargne des ménages français, pris dans son ensemble, reste pourtant élevé : il atteignait 17,9 % du revenu disponible en 2025. Mais ce chiffre agrège l'ensemble des foyers français, y compris les ménages aux revenus et aux patrimoines les plus confortables ; il ne dit rien de la capacité réelle d'épargne d'un jeune vivant seul, avec un salaire d'entrée de gamme et un loyer à payer chaque mois sans personne pour le partager. C'est précisément l'écart que Léa et Nathan, à salaire comparable, incarnent chacun à sa façon.

« Cette catégorie représentait 12 % des dossiers de surendettement en 2025, contre 5 % en 2022 »

- rapport de la Banque de France sur l'inclusion financière

Un renversement générationnel : la pauvreté se déplace vers la jeunesse Les données croisées de la DREES et de l'Insee montrent un renversement plus profond que la simple difficulté à épargner. En 2023, dix-huit pour cent des jeunes de dix-huit à vingt-neuf ans vivaient sous le seuil de pauvreté, contre onze pour cent seulement chez les personnes de soixante-cinq ans et plus. Le schéma qui prévalait il y a une génération, où les retraités constituaient la population la plus exposée à la pauvreté, s'est en grande partie inversé : ce sont aujourd'hui les jeunes adultes qui portent le risque le plus élevé.

Une étude de la DREES consacrée aux ressources des jeunes précise le mécanisme de cette fragilité : la structure des revenus se transforme radicalement entre dix-huit et vingt-quatre ans. À dix-huit ans, la famille représente en moyenne cinquante-trois pour cent des ressources d'un jeune ; à vingt-quatre ans, c'est le travail qui en représente soixante-dix-sept pour cent. Entre ces deux âges se joue donc une refonte complète du modèle économique de toute une génération, sur une fenêtre de seulement six années - exactement la période que traversent aujourd'hui Léa, Nathan et Léna.

Un marché du travail qui se durcit au moment même de cette transition Cette transition intervient en plus à un moment où le marché de l'emploi n'est guère favorable. Selon l'Insee, le taux de chômage national a atteint 8,1 % au premier trimestre 2026, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,7 point sur un an - son niveau le plus élevé depuis le premier trimestre 2021. Le taux de chômage des quinze-vingt-quatre ans, bien qu'en léger repli sur le seul trimestre, reste à un niveau élevé de 21,1 %, en hausse de deux points sur l'année écoulée. Autrement dit, la génération qui doit apprendre à financer seule son indépendance affronte simultanément un marché du travail qui se dégrade, et non un contexte porteur qui faciliterait sa transition.

L'Insee note par ailleurs que les jeunes de quinze à vingt-neuf ans inscrits à France Travail contribuent, avec les bénéficiaires du RSA, à près de la moitié de la hausse cumulée du taux de chômage depuis fin 2024 - un chiffre qui ne suffit pas à expliquer les parcours de Léa, Nathan ou Léna, mais qui les inscrit dans une tendance plus large et récente. Autre indicateur qui pointe dans le même sens : la part des jeunes de quinze à vingt-neuf ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études - les NEET, selon l'acronyme consacré - a atteint 13,1 % au premier trimestre 2026, son niveau le plus élevé depuis fin 2019.

Un dernier chiffre mérite d'être mis en regard du diagnostic personnel de Nathan sur l'épargne des femmes et des hommes. Sur un an, le taux de chômage a davantage progressé chez les hommes, en hausse d'un point complet, que chez les femmes, en hausse de seulement 0,3 point selon l'Insee. Rien ne permet d'en tirer une conclusion définitive sur les capacités d'épargne comparées de Léa et de Nathan ; mais l'écart mérite d'être noté, tant il va à l'inverse de l'intuition que Nathan formule spontanément sur sa propre situation.

Alors, peut-on vraiment vivre seul et économiser, à vingt ans passés ?

La réponse que suggèrent ces trois parcours n'est ni un oui ni un non uniforme, mais une question de géographie autant que de revenu. Léa y parvient, modestement mais réellement, parce qu'elle a choisi de rester dans l'orbite de sa famille, dans un logement dont le loyer reste maîtrisable. Nathan, avec un emploi comparable, n'y parvient pas, parce que sa vie s'organise en centre-ville, là où chaque poste de dépense pèse plus lourd. Léna, elle, n'a tout simplement pas encore atteint la bascule vers l'autonomie par le travail que décrit la DREES, et vit une précarité que ni son statut d'étudiante ni les tarifs réduits qui l'accompagnent ne suffisent à compenser. L'indépendance financière des jeunes actifs, à Besançon comme ailleurs en France, ne dépend donc pas seulement de leur volonté d'épargner : elle dépend d'abord de l'endroit où le loyer les autorise encore à le faire.

Léa, elle, a déjà pris sa décision. Elle souhaite s'installer durablement et construire son indépendance financière, loin du foyer familial - un projet dont elle parle avec un enthousiasme et un optimisme particulièrement affirmés.

Par Samuel Lévy • L'Appel · L'Appel
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