Un conseil de défense réuni à Riyad, un enfant et une femme blessés à Dhale, un char visé à l'ouest de Taïz : une même nuit yéménite racontée depuis six fronts distincts.
La nuit dernière, l'artillerie a parlé sur deux fronts à la fois. Le lendemain matin, ce sont des hommes en costume, réunis autour d'une table à Riyad, qui ont pris le relais du récit.
Une même nuit, deux fronts embrasés
Hier soir, l'artillerie et les tirs croisés ont repris avec intensité sur deux théâtres distincts du conflit yéménite : le front d'Al-Ahkoum, au sud de Taïz, et celui d'Al-Hadd, dans le district de Yafa, au gouvernorat de Lahj. Selon une source militaire, les forces du front de Tor Al-Baha, relevant du gouvernement yéménite, ont mené de violents combats dans la région d'Al-Ahkoum, tandis que des affrontements tout aussi intenses se déroulaient simultanément à Al-Hadd. Les mêmes sources font état de morts et de blessés dans les rangs houthis, sans qu'un bilan chiffré précis n'ait pu être établi à ce stade.
À Riyad, un conseil de défense loue la mobilisation populaire
C'est dans ce climat de combats simultanés que s'est tenue, ce lundi, la réunion du Conseil national de défense yéménite, sous la présidence du docteur Rachad Mohammed Al-Alimi, président du Conseil de direction présidentielle. Le Conseil a salué le peuple yéménite pour le large soutien qu'il manifeste envers les institutions de l'État et les forces armées, qualifiant cette période de phase décisive de l'histoire du pays. Il s'est également félicité de l'efficacité et de la discipline des forces armées, en particulier des opérations de drones ayant visé les capacités militaires des milices houthies, présentées comme soutenues par l'Iran.
La réunion a rassemblé des figures de premier plan de l'appareil d'État en exil : les membres du Conseil de direction présidentielle Sultan Al-Arada, Tareq Saleh, Abdel Rahman Al-Mahrami, Abdullah Al-Alimi, Othman Megalli, Mahmoud Al-Subaihi et Salem Al-Khanbashi, aux côtés du président de la Chambre des représentants, cheikh Sultan Al-Barakani, du Premier ministre Chayae Al-Zindani, du président du Conseil de la Choura Ahmed Obeid ben Daghr, et du président de l'Organe de consultation et de réconciliation Mohammed Al-Ghaithi.
Des accusations précises portées contre les Houthis
Le Conseil a examiné la situation sur le terrain et qualifié de terroristes les attaques houthies menées par missiles balistiques et drones contre des installations souveraines, des sites civils, des habitations et des camps de déplacés - des attaques qui auraient fait des morts et des blessés, parmi lesquels des femmes et des enfants. Il a affirmé que ces attaques ne procuraient aux Houthis aucun avantage sur le terrain et n'entamaient ni la détermination ni la préparation opérationnelle des forces armées, saluant en particulier leurs performances sur les fronts de Marib et de la côte ouest de Taïz.
« Ne pas envoyer leurs enfants dans des combats absurdes et meurtriers »
Un appel a été lancé aux cheikhs, dignitaires et notables tribaux pour qu'ils protègent leurs enfants des campagnes de recrutement houthies - un signe que la question de la mobilisation forcée des mineurs reste, pour le gouvernement reconnu internationalement, un front de bataille à part entière, mené par la parole plutôt que par les armes.
Le Conseil ordonne l'évaluation des dégâts et le soin des blessés Au-delà des déclarations de principe, le Conseil a donné des instructions concrètes : évaluation rapide des dégâts causés par les attaques houthies, réhabilitation des infrastructures publiques endommagées, soins médicaux pour les blessés, prise en charge des familles des victimes. Il a par ailleurs ordonné l'élargissement des opérations de dissuasion aérienne et balistique, ainsi que l'intensification du travail de renseignement pour poursuivre les réseaux de contrebande et de soutien intérieur aux Houthis, associée à une procédure judiciaire rapide. Le rôle de l'Arabie saoudite a été salué comme un appui constant à la sécurité du Yémen et de la région, de même que l'unité affichée par la communauté internationale pour tenir les Houthis responsables de l'escalade.
Un enfant et une femme blessés dans leurs propres villages, au nord de Dhale Pendant que les responsables délibéraient à Riyad, un tout autre récit se jouait au nord du gouvernorat de Dhale. Hier soir, les Houthis ont bombardé au mortier et à l'artillerie plusieurs villages résidentiels de la zone, blessant à des degrés divers un enfant et une femme, tandis que plusieurs habitations étaient endommagées. Selon des sources locales, les tirs ont visé les zones habitées de manière indiscriminée.
Le survol continu d'un drone houthi au-dessus de la zone, pendant les bombardements, a ajouté à la peur des habitants, qui craignent la poursuite des attaques contre leurs quartiers. Lundi après-midi, l'intensité des tirs d'artillerie a encore augmenté contre les villages de Salim, Al-Fakher et Maazoub Amer, semant la terreur parmi les civils, notamment les femmes et les enfants. Au moment de la rédaction de ces informations, aucune victime supplémentaire n'était formellement confirmée, mais les familles de la zone restaient dans un état d'inquiétude face à des bombardements qui ne montrent aucun signe d'accalmie.
À l'ouest de Taïz, un char et six véhicules pris pour cible
Sur le front militaire de Taïz, les forces gouvernementales ont annoncé avoir ciblé, lundi soir, un char, un véhicule blindé de type BMP et six autres véhicules militaires houthis, rassemblés dans la région d'Al-Roubaï'i, à l'ouest de la ville. Le centre de presse du front affirme avoir enregistré des frappes directes sur ces renforts.
Cette frappe s'inscrit dans une séquence de trois jours particulièrement dense pour ce même front. Plus tôt dans la journée de lundi, les forces de Taïz avaient annoncé avoir détecté le lancement, par les Houthis, de deux missiles balistiques en direction de la ville de Mokha et de la mer Rouge, tirés depuis le mont Ouman, à l'est de la ville. La veille, dimanche, le front avait annoncé avoir déjoué une tentative d'infiltration menée par des éléments houthis - l'une des multiples tentatives du mouvement pour pénétrer les positions gouvernementales sur ce théâtre. Trois jours, trois incidents distincts, un seul front : Taïz reste, à lui seul, un résumé de l'escalade en cours dans tout le pays.
À Chabwa, un drone abattu sans perte humaine
Plus au sud-est, les forces de défense de Chabwa ont annoncé avoir abattu, lundi soir, un drone houthi qui survolait l'une de leurs positions militaires sur le front de Bayhan et d'Al-Merkha Al-Oulya. Les unités de reconnaissance et de défense aérienne ont détecté l'appareil et ouvert le feu, sans faire de blessés dans leurs propres rangs - une issue rare et précise dans une nuit où, sur presque tous les autres fronts du pays, les bombardements ont laissé des blessés civils plutôt que des appareils abattus sans dommage.






