Il cherchait une victime, des menottes déjà sur lui, avant même de croiser la route d'Amy.
Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir cherché une victime, des menottes sur lui, avant de croiser la route d'une touriste américaine à Coblence. Trente-deux ans plus tard, un vieil homme en déambulateur a reconnu, devant un tribunal allemand, l'avoir tuée dans une pièce isolée d'une forteresse.
Une forteresse, une auberge de jeunesse, une pièce à l'écart
Le 26 septembre 1994, Amy, vingt-quatre ans, étudiante texane sur le point d'entamer des études de médecine, visite Coblence dans le cadre d'un tour d'Europe. Elle veut voir la forteresse d'Ehrenbreitstein, qui domine le confluent du Rhin, et dormir à l'auberge de jeunesse installée sur le site. Sur le chemin de la forteresse, elle croise, selon l'accusation, un homme alors âgé de quarante-neuf ans. Le parquet lui reproche de l'avoir ensuite attirée jusqu'à une pièce isolée du site, à l'écart des visiteurs. Il l'y aurait menottée, agressée sexuellement, étranglée, frappée à la tête avec une pierre et poignardée à neuf reprises dans le torse. Un vêtement aurait été noué autour de son cou. Peu après les faits, des enfants qui jouaient sur le site découvrent le corps.
Trente-deux ans sans réponse, un père qui attend toujours
L'enquête initiale n'aboutit pas. L'affaire glisse dans la catégorie des crimes non résolus, celle où les dossiers continuent d'exister sur le papier sans qu'aucune piste ne progresse plus. Le père d'Amy attend, année après année, une réponse qui ne vient pas. Il a aujourd'hui quatre-vingt-cinq ans. Selon les autorités allemandes, une inquiétude sourde a longtemps habité les enquêteurs eux-mêmes, celle qu'un dossier de cette gravité puisse ne jamais se refermer.
Une trace génétique qui attendait sur un pantalon
La percée n'est pas venue d'un témoin ni d'un aveu spontané, mais d'un morceau de tissu conservé pendant trois décennies. Des traces d'ADN prélevées sur la ceinture du pantalon d'Amy et sur sa cuisse ont été réexaminées à l'aide de méthodes d'analyse aujourd'hui bien plus sensibles qu'en 1994. Ce travail de reprise, minutieux, a fini par désigner un nom : celui d'un homme aujourd'hui âgé de quatre-vingt-un ans, identifié dans la presse allemande sous les seules initiales Hans S., conformément au droit à la protection de la personnalité qui encadre la presse dans ce pays.
Le nom n'était pas inconnu des services de police. L'ADN de cet homme figurait déjà dans les fichiers depuis une condamnation prononcée en 1999, pour tentative de viol sur une adolescente de seize ans à Coblence, qui lui avait valu sept années de prison. Ce profil génétique avait toutefois été effacé des bases de données depuis. Les enquêteurs ont donc dû obtenir un nouveau prélèvement salivaire - que l'homme, selon son avocat, a accepté de fournir volontairement, parce qu'il voulait enfin savoir, et que ce doute non résolu depuis des décennies était devenu, selon ses propres mots, extrêmement pesant pour lui. Ce prélèvement a permis d'établir la correspondance avec la trace ancienne.
Arrêté dans une maison de retraite, à quelques rues de la scène du crime Fin février 2026, la police se rend dans un établissement pour personnes âgées de la région de Coblence, où l'homme vit avec son épouse. C'est là qu'il est interpellé, plus de trois décennies après les faits qui lui sont reprochés. Depuis, il est placé en détention provisoire à Wittlich. La police a personnellement informé le père d'Amy de cette arrestation.
« Les autorités ne renoncent jamais face à un crime grave, même après trente-deux ans »
- porte-parole du parquet de Coblence
Un déambulateur, un tee-shirt gris, un visage qu'il ne cache pas
Ce mardi, devant le tribunal régional de Coblence, l'ouverture du procès attire une file d'attente qui dépasse la salle d'audience. L'accusé arrive appuyé sur un déambulateur, vêtu d'un tee-shirt gris foncé, le visage découvert. Il s'assoit avec difficulté sur le banc des prévenus et suit, tremblant, la lecture de l'acte d'accusation par le procureur. Le texte retient à son encontre l'homicide d'une personne, commis, selon la formulation retenue par l'accusation, pour satisfaire une pulsion sexuelle, par traîtrise et pour des motifs abjects - la qualification la plus grave que connaisse le droit pénal allemand pour un meurtre.
Son avocat déclare que son client reconnaît les faits dans leur intégralité. Lorsque le président du tribunal lui demande directement si cette reconnaissance correspond à la vérité, l'homme de quatre-vingt-un ans hoche la tête et répond simplement oui.
Ce que l'expert psychiatrique a entendu, en tête-à-tête
Un psychiatre mandaté par le tribunal s'est entretenu à deux reprises, pendant plusieurs heures, avec l'accusé. Il en ressort un récit glaçant par sa froideur : l'homme lui aurait confié qu'il envisageait déjà, avant les faits, de violer une femme s'il en trouvait une, et qu'il avait emporté des menottes ce jour-là à la forteresse en raison de fantasmes de viol qu'il nourrissait depuis un certain temps. Sur le plan de la responsabilité pénale, l'expertise psychiatrique évoque une tendance chronique au viol et une capacité réduite à différer la satisfaction de ses pulsions, sans toutefois identifier, en l'état, d'élément indiquant une altération du discernement au moment des faits - ce qui orienterait vers une pleine responsabilité pénale, à ce stade de la procédure.
Le parquet, de son côté, évoque des fantasmes sexuels liés au viol mis au jour par l'enquête, et soutient que la rencontre avec Amy n'avait rien d'un hasard anodin : l'accusation soupçonne qu'il l'a délibérément attirée vers cette pièce isolée dans l'intention de l'agresser.
D'autres affaires, des décennies plus loin, encore dans l'ombre
Une question plane au-dessus du procès sans recevoir, pour l'instant, de réponse définitive : les autorités allemandes ont indiqué que cet homme était déjà apparu dans d'autres contextes criminels par le passé, et que les enquêteurs examinent également des faits remontant aux années soixante, soixante-dix et quatre-vingt. Aucun détail complet n'a été rendu public sur ces éléments. Il ne serait donc pas exact, en l'état actuel de la procédure, de le qualifier officiellement de tueur en série - une qualification qui ne pourrait être retenue que si l'enquête ou une décision de justice établissait formellement d'autres meurtres à son actif.
Ce que le procès devra encore établir
L'affaire ne se limite donc pas à la résolution, aussi spectaculaire soit-elle, d'un crime vieux de trente-deux ans grâce à l'ADN. Ce qui frappe, dans cette séquence, c'est la vie ordinaire que cet homme a menée pendant plus de trois décennies après les faits - jusqu'à finir, comme des milliers d'autres retraités allemands, dans un établissement pour personnes âgées, où la police est venue le chercher. Le procès, qui se poursuit, devra encore éclairer ses motivations exactes, sa psychologie, et surtout établir s'il existe d'autres victimes à ajouter à un dossier qui, pour la famille d'Amy, aura mis trente-deux ans à s'ouvrir enfin.






