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La démonstration de jeunes adolescents tourne au drame et fait cinq morts et plusieurs blessés, dont une fillette

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Le rétroviseur filme les gyrophares bleus qui se rapprochent. Une voix crie que c'est une vidéo de malade. Quelques jours plus tard, cette voix s'est tue pour toujours sur une autoroute du comté de Kildare.

Cinq adolescents de quinze à dix-huit ans sont morts dimanche dans une BMW lancée à contresens sur la M9 irlandaise. Une famille de quatre personnes en route vers l'aéroport de Dublin a été percutée de plein fouet. Les vidéos que ces jeunes publiaient d'eux-mêmes, les jours précédents, racontent déjà toute l'histoire.

Une BMW suspectée volée, un couloir à contresens, une famille en route vers un mariage Dimanche matin, cinq adolescents âgés de quinze à dix-huit ans meurent dans la collision frontale de leur BMW, très puissante, contre une Hyundai roulant en sens inverse sur la M9, près de Moone, dans le comté de Kildare. Le véhicule n'était enregistré au nom d'aucun des adolescents ni d'aucun membre de leur famille, ce qui avait initialement conduit la Garda à le considérer comme volé. Les enquêteurs privilégient désormais une autre hypothèse : la voiture aurait changé de mains contre une somme modique plus tôt dans le mois, sans que les papiers d'immatriculation n'aient été mis à jour.

Dans la Hyundai, quatre membres d'une même famille se dirigeaient vers l'aéroport de Dublin pour prendre un vol vers le Royaume-Uni, où ils devaient assister à un mariage familial. Deux sœurs d'une trentaine d'années occupaient les places avant ; à l'arrière se trouvaient leur sœur cadette, âgée d'une vingtaine d'années, et son neveu de sept ans. Les quatre occupants ont été grièvement blessés et restaient hospitalisés le lendemain soir. Des valises avaient été aperçues à côté de leur véhicule accidenté.

Des vidéos qui, quelques jours plus tôt, racontaient déjà tout

Dans les jours précédant leur mort, plusieurs des adolescents avaient publié des vidéos d'eux-mêmes en train de conduire dangereusement et de tenter d'échapper à la Garda, la police irlandaise. L'une des séquences montre un rétroviseur avec la mention « wrong way » - dans le mauvais sens - inscrite à l'écran. Dans une autre, filmée depuis l'habitacle, l'un des adolescents met la musique à plein volume tandis qu'apparaissent, dans le reflet du rétroviseur extérieur, les gyrophares bleus d'un véhicule de la Garda lancé à leur poursuite.
« That's a sick video boys »

- vidéo publiée par l'un des adolescents avant l'accident

D'autres publications montrent un tableau de bord filmé à la caméra tremblante tandis que le compteur de vitesse grimpe, ou encore la vue depuis la lunette arrière du véhicule pendant une nouvelle poursuite, sous-titrée d'une formule indiquant qu'ils ne semblaient pas inquiets. Une légende accompagnant l'une des vidéos indiquait, dans un argot de la route, qu'ils étaient parvenus une fois de plus à distancer leurs poursuivants. Sur d'autres publications examinées par la presse britannique, l'un des adolescents apparaît en train de fumer du cannabis, le visage recouvert d'une cagoule sur d'autres clichés.

Deux semaines de cambriolages et de vols de voitures avant le drame

Le groupe est soupçonné d'avoir « terrorisé » plusieurs communautés des comtés de Kildare et de Carlow au cours des deux semaines précédant l'accident, à travers une série de cambriolages, de vols de véhicules et d'autres comportements antisociaux graves. La Garda est convaincue que ce même groupe avait commis un cambriolage dans le secteur quelques heures seulement avant la collision, et cherche à établir s'il est également impliqué dans plusieurs tentatives de vol de voitures survenues la même nuit. Les cinq adolescents portaient tous des masques ou des cagoules lorsque les agents sont arrivés sur les lieux de l'accident.
« Ils savaient que le système judiciaire ne pouvait pas faire grand-chose »

Une source proche des services de sécurité, citée par le Daily Mail, décrit un phénomène plus large que ce seul groupe de cinq adolescents.

« Ces jeunes terrorisaient les communautés depuis des semaines, voire plus longtemps »

- source sécuritaire citée par le Daily Mail

Selon cette source, les adolescents ciblaient des véhicules qu'ils jugeaient dépourvus de dispositif d'immobilisation avant de partir en virée, sans réelle crainte d'être interpellés : mineurs, ils savaient que le système judiciaire disposait de peu de moyens contre eux. Elle précise que ce comportement ne se limite pas au seul groupe impliqué dans l'accident, qu'il s'inscrit dans une tendance croissante sur les réseaux sociaux, et qu'il est devenu particulièrement difficile à gérer pour la Garda, régulièrement contrainte d'abandonner ses poursuites en raison du danger qu'elles représentent pour le public. Une situation, résume-t-elle, où tout le monde finit perdant - cinq jeunes morts, et quatre personnes innocentes hospitalisées.

Une communauté sous le choc, un prêtre et un directeur d'école

À Carlow, un prêtre qui s'est entretenu avec les familles touchées par l'accident évoque une atmosphère mêlant tristesse et incrédulité, tout en notant la présence d'espoir pour les personnes hospitalisées. Un directeur d'école de la même ville, également élu municipal, décrit une ville sous le choc, partagée entre l'inquiétude pour la famille blessée en route vers l'aéroport et le deuil des familles des adolescents décédés, dont l'un avait été élève de son établissement.

Le gang « Lucky Dip » et une escalade vieille de trois ans
Les enquêteurs cherchent à établir si les adolescents appartenaient au réseau connu sous le nom de « Lucky Dip », un gang basé à Dublin spécialisé dans les cambriolages et les vols de véhicules, actif depuis environ dix-huit mois et qui aurait ensuite inspiré la formation de plusieurs groupes similaires. Selon la Garda, cette culture de la délinquance chez les plus jeunes s'est développée progressivement au cours des trois dernières années, portée par une logique de surenchère où chaque groupe cherche à prouver qu'il peut aller plus loin que le précédent. Une expertise médico-légale de la collision doit être réalisée, et des autopsies seront prochainement pratiquées pour établir les causes exactes des décès.

Un deuxième accident du même type en une semaine

Ce drame survient une semaine seulement après un autre accident du même type : huit adolescents circulant à contresens dans une Toyota Yaris avaient provoqué une collision frontale sur la M50, à Dublin, faisant neuf blessés. Le Premier ministre irlandais, Micheál Martin, a qualifié l'accident de la M9 d'acte irresponsable et dangereux, déplorant que ce type de conduite à haut risque soit parfois adopté pour obtenir des mentions « J'aime » sur les réseaux sociaux, à l'occasion de ce qu'il a décrit comme le second accident effroyable survenu sur les routes irlandaises en l'espace de quelques jours. Le commissaire de la Garda, Justin Kelly, avait de son côté insisté sur le caractère consternant de ce comportement, quelles qu'en soient les conséquences potentiellement dévastatrices, aussi bien pour les victimes innocentes que pour les auteurs eux-mêmes.
« Ces criminels qui roulent à contresens finiront en prison ou dans la tombe »

- Jim O'Callaghan, ministre irlandais de la Justice

Le ministre de la Justice a également annoncé qu'il envisageait sérieusement une nouvelle législation créant une infraction spécifique pour la conduite à contresens sur autoroute, et a promis qu'une formation aux poursuites serait dispensée aux agents de la Garda Síochána, la police nationale irlandaise, dès cette année.

Pourquoi la police n'a pas poursuivi la BMW jusqu'au bout

Le vice-président de l'association représentative de la Garda a apporté un éclairage sur la conduite opérationnelle de cette nuit-là : selon ses informations, la BMW avait auparavant refusé de s'arrêter à la demande de la Garda, et l'ordre avait été donné aux agents de ne pas engager de poursuite active une fois le véhicule lancé à contresens sur la M9 - une décision qui, a-t-il précisé, revient normalement au centre de commandement et de contrôle plutôt qu'aux seuls agents sur le terrain, ceux-ci devant néanmoins arbitrer en une fraction de seconde face à une situation qui évolue en temps réel.

Il a par ailleurs confirmé l'existence de nombreux groupes similaires de jeunes hommes, engagés dans une compétition informelle où chacun cherche à surpasser les autres en diffusant sur les réseaux sociaux des vidéos de leurs interactions avec la police, de leurs poursuites et de leurs conduites à contresens.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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