Quatre jours après la découverte du corps, ni l'âge, ni le nom, ni les circonstances exactes de la mort ne sont établis - seule certitude communiquée par le parquet de Créteil : personne d'autre n'était impliqué.
Soixante degrés. Un balai maculé de sang. Une femme assise sur une barrière, le corps penchant dans le vide, sans nom pour l'instant.
Une découverte nocturne dans le ventre technique de l'hôpital
Il est encore nuit quand un membre du personnel du CHU du Kremlin-Bicêtre pousse la porte de la chaufferie, dans le Val-de-Marne. L'endroit n'a rien d'un lieu de passage : un local technique, fermé, bruyant, où les machines qui chauffent tout un hôpital font grimper l'air à soixante degrés certains jours. Ce n'est pas une salle que l'on visite par hasard. Et pourtant, ce soir-là, quelqu'un s'y trouve déjà - immobile, assise sur une barrière, le corps penchant dans le vide.
La chaleur, dans cette pièce, ne pardonne pas longtemps. Le corps porte des traces de brûlures à l'extrémité de ses quatre membres. Rien, dans la position ni dans l'état de la victime, ne raconte une histoire simple.
Une scène que la police ne parvient pas encore à expliquer
Quand les premiers policiers pénètrent à leur tour dans la chaufferie, leurs lampes balaient un sol qui n'a rien d'anodin non plus : des projections de sang, et à quelques pas, un balai lui-même maculé, abandonné là. Un officier de police judiciaire et le service local de police technique s'installent pour tout photographier, tout mesurer, avant que rien ne bouge. Le médecin appelé sur place constate le décès et rédige un certificat avec obstacle médico-légal - la mention qui, sur le papier, retire le corps aux pompes funèbres pour le confier à la justice. Une autopsie est prévue : elle seule pourra dire, avec certitude, ce qui a tué cette femme dans cette pièce surchauffée.
Ni salariée, ni patiente : une présence que rien n'explique Le lendemain, dans les couloirs de l'hôpital, une question tourne sans trouver de réponse. On vérifie les registres, les plannings, les dossiers d'admission : la victime, dont l'âge est estimé entre vingt et trente ans, n'apparaît nulle part. Elle ne travaillait pas ici. Elle n'y était pas soignée. Aucun bracelet d'admission à son poignet pour la rattacher, ne serait-ce que sur le papier, à cet établissement où elle a fini par mourir. Quatre jours après les faits, son nom lui-même reste introuvable. Reste alors la question la plus élémentaire, et la plus difficile à trancher : que faisait-elle là, seule, cette nuit-là ?
Une porte mal refermée, quelques jours plus tôt
Il faut remonter de quelques jours en arrière pour trouver l'amorce d'une explication. Des ouvriers sont intervenus dans ce local pour des travaux, puis sont repartis. La porte de la chaufferie, selon l'hypothèse aujourd'hui privilégiée par les enquêteurs, ne se serait pas correctement refermée derrière eux. Aucun panneau, aucune indication visible n'aurait signalé la nature du lieu - de quoi laisser croire à n'importe qui poussant cette porte qu'il pénétrait simplement dans un couloir de plus, une pièce de plus, avant de comprendre, trop tard, qu'il n'y avait pas d'issue simple.
« Piégée dans un espace confiné aux températures extrêmes, incapable d'en ressortir »
Le parquet écarte une hypothèse, sans en confirmer une autre
Sollicité par Le Figaro, le parquet de Créteil, qui a ouvert l'enquête dès la découverte du corps, n'a pour l'instant livré qu'une phrase - mais une phrase qui referme une porte importante, celle du crime.
« L'intervention d'un tiers est d'ores et déjà écartée »
- Parquet de Créteil, au Figaro
Cette précision suffit à orienter le dossier vers l'accident plutôt que vers un acte commis par une autre main. Elle ne dit rien, en revanche, sur l'identité de cette femme, ni sur l'origine exacte du sang et du balai retrouvés à ses pieds - deux détails que l'enquête devra encore relier au reste avant de pouvoir raconter, avec certitude, le fil complet de cette nuit.
Un hôpital qui ferme les portes qu'il peut encore fermer
Contacté pour en savoir plus sur ce qui s'est joué dans l'un de ses bâtiments, le groupe hospitalier, qui dépend de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris, choisit le silence. Aucun communiqué, aucune ligne. Quatre jours après la découverte du corps, il ne reste, pour raconter cette nuit, qu'une chaufferie scellée par les scellés judiciaires, un balai qu'on a mis sous sachet, et un prénom que personne, pour l'instant, n'a pu prononcer.






