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À Le Porge, Sébastien Lecornu hué, jure n’avoir rien à leur cacher

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Landes fixé, Gironde en reconstruction, Grèce et Belgique en flammes: une même semaine embrasée à l'échelle de l'Europe.

Deux cents personnes vêtues de noir, un cortège hué devant la mairie: c'est l'accueil réservé lundi au premier ministre au Porge.

Un accueil glacial en Gironde

Sébastien Lecornu s'est rendu lundi 17 août en Gironde, accompagné de plusieurs ministres, deux semaines après que le mégafeu qui ravage la région depuis le 22 juillet - l'un des plus vastes recensés en France depuis 1949 - a été déclaré maîtrisé. À son arrivée au Porge, commune la plus sinistrée avec 183 maisons brûlées, environ deux cents habitants vêtus de noir, rassemblés devant la mairie, ont hué et tapé des mains à l'approche du convoi officiel, au moment prévu de sa rencontre avec le maire. Le chef du gouvernement s'était déjà rendu sur place dimanche après-midi, en amont de cette visite officielle.

Depuis Mérignac, où il a ensuite participé pendant trois heures à une table ronde avec des élus locaux et des acteurs de la reconstruction, Sébastien Lecornu a tenu à répondre frontalement à la défiance affichée: "Nous n'avons strictement rien à cacher sur le déroulé des opérations de protection incendie de ces dernières semaines. Ça vaut pour les Landes, ça vaut pour la Gironde" et pour d'autres territoires touchés, a-t-il affirmé en ouverture de la rencontre.

« Nous n'avons strictement rien à cacher sur le déroulé des opérations de protection incendie de ces dernières semaines. » - Sébastien Lecornu, premier ministre

Le feu des Landes "fixé", la moitié des évacués de retour

Dans les Landes, l'incendie qui a ravagé environ 1 700 hectares depuis jeudi soir a été déclaré "fixé" lundi matin par la préfecture du département. Environ 250 habitants de la commune de Luglon vont, en conséquence, pouvoir regagner leur domicile, après une première cinquantaine de retours dimanche soir à Garein. Sur les 650 personnes évacuées au total, il n'en restait plus que 350 encore en attente lundi matin. "La situation a évolué de façon plutôt très favorable cette nuit, le feu n'a pas progressé", a précisé la secrétaire générale de la préfecture, Stéphanie Monteuil, tout en rappelant qu'un feu "fixé" ne signifie pas un feu "éteint", et qu'une vigilance stricte reste de mise. Aucune victime n'est à déplorer dans ce sinistre.

Le tourisme girondin retrouve peu à peu son souffle

Sur le plan économique, la chambre de commerce et d'industrie et le Medef de Gironde ont fait état lundi d'une baisse d'environ 50 % de la fréquentation touristique sur un an entre le début du mégafeu, le 22 juillet, et la mi-août. Le président du Medef Gironde, Mathias Saura, a précisé que le recul avait été bien plus marqué durant les deux premières semaines du sinistre, avant de noter "presque un retour à la normale" ces derniers jours, avec une baisse désormais limitée à 3-5 %. Ces pertes pèsent lourdement sur l'économie locale: le secteur touristique représente entre 7 et 10 % du produit intérieur brut de la région Nouvelle-Aquitaine, selon le président de la CCI départementale, Patrick Seguin.

Les annulations de séjours s'étaient multipliées dès fin juillet, après que la préfète Sophie Brocas eut fortement incité les vacanciers à quitter la zone ou à reporter leur venue tant que l'incendie - qui a finalement parcouru 42 000 hectares en Gironde - n'était pas maîtrisé. Pour tenter de sauver l'arrière-saison, le comité régional du tourisme a lancé début août une campagne insistant sur le fait que la Gironde reste "une destination accueillante" et que la qualité de l'air y est "conforme aux normes", rappelant que le secteur touristique fait vivre près de 40 000 personnes sur le territoire pour 3,8 milliards d'euros de retombées économiques annuelles.

"L'effondrement qui commence", selon Sandrine Rousseau

La séquence estivale a également nourri la critique politique. La députée écologiste Sandrine Rousseau a jugé lundi, sur franceinfo, que la multiplication des canicules, des incendies et de la sécheresse cet été devait constituer "une alerte extrêmement grave sur l'effondrement qui commence", dénonçant à l'inverse une forme d'"indigence" du gouvernement depuis le début de la crise. Elle a regretté que les seules annonces budgétaires ayant filtré jusqu'ici concernent le gel des pensions de retraite des plus aisés, sans rien prévoir face à ce que le pays vient de traverser, et que la principale polémique se soit concentrée sur le nombre de Canadair disponibles plutôt que sur des mesures structurelles - réaménagement des petits cours d'eau, développement des zones humides, ralentissement de la circulation de l'eau pour favoriser l'absorption des sols.

La Grèce et la Belgique, également sous les flammes

La crise dépasse largement les frontières françaises. Sur l'île grecque de Salamine, à quelques encablures d'Athènes, deux incendies déclenchés dimanche près de plages très fréquentées ont fait deux morts - un couple de personnes âgées surpris par la rapidité de la propagation des flammes, en seulement sept minutes en raison de vents violents, non loin de leur domicile - et entraîné l'évacuation par bateau de près de 600 personnes. Les pompiers grecs ont annoncé lundi avoir en grande partie maîtrisé les deux foyers, tout en maintenant sur place deux hélicoptères et plus de 200 pompiers. La Grèce, jusqu'ici relativement épargnée par la vague de chaleur ayant frappé l'Europe, affronte depuis fin juillet une série de feux de grande ampleur: trente-six incendies se sont déclarés à travers le pays en seulement 24 heures, et cinq pompiers y ont perdu la vie depuis le début de l'épisode, dont un pilote danois tué lors d'une collision en vol entre deux hélicoptères bombardiers d'eau près d'Athènes.

En Belgique, l'incendie qui ravage la réserve boisée des Hautes Fagnes, dans les cantons germanophones de l'est du pays, est désormais considéré comme le plus important de l'histoire récente du pays, avec environ 3 000 hectares déjà parcourus par les flammes. L'armée allemande a mis à disposition lundi deux hélicoptères équipés de réservoirs d'eau pour une intervention prévue sur sept jours dans un premier temps. Côté allemand, la ville frontalière de Monschau a ordonné dimanche soir l'évacuation immédiate de deux rues, le front de flammes s'étant à un moment rapproché jusqu'à 1,5 kilomètre de la frontière, avant que les autorités locales n'estiment que le feu ne devrait pas atteindre le territoire allemand - tout en anticipant une forte pollution de l'air liée aux fumées.

Une année déjà record à l'échelle du continent

Ces différents foyers s'inscrivent dans une saison exceptionnelle à l'échelle européenne. Près de 100 000 hectares ont déjà brûlé en France depuis le début de l'année 2026, selon le système européen de surveillance des feux Effis - un record sur vingt ans de mesures par satellite. Ce seul chiffre national replace déjà les épisodes des Landes et de Gironde dans une dynamique qui dépasse le cas français, alors que la Grèce et la Belgique affrontent au même moment leurs propres sinistres parmi les plus importants de leur histoire récente.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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