Des dizaines de combattants houthis tués et blessés en quarante-huit heures, huit cent cinquante détenus libérés contre un engagement au front : les signes d'une milice à court d'hommes plutôt qu'en position de force.
Onze marins à bord du Tahama, trois morts, huit blessés : le 11 août, la mer Rouge a de nouveau rappelé qu'elle n'épargne pas les civils.
Six drones, deux missiles, un hôpital pris de panique
Samedi matin, le groupe houthi a visé plusieurs zones de la ville d'Al-Mokha, à l'ouest de Taëz, avec six drones qui se sont écrasés, selon une source militaire, dans des zones inhabitées, sans faire de victimes ni causer de dégâts matériels. À midi le même jour, deux missiles ont été lancés successivement contre la ville : le premier est tombé dans la zone d'Al-Barh, sur le mont Al-Nar ; le second à proximité de la direction de l'électricité et de l'hôpital du 2-Décembre, en plein centre-ville. Cet impact a provoqué un mouvement de panique parmi les patients, les visiteurs et le personnel de l'établissement - une scène qui illustre, à elle seule, le danger que représente l'exposition d'infrastructures de santé civiles à ce type de bombardement. Selon les premières informations disponibles, aucune victime n'a été enregistrée lors de cette frappe précise sur le centre-ville.
Ce bilan rassurant pour cette frappe précise contraste avec un autre décompte, distinct, relayé par les informations accompagnant des photographies diffusées le même jour : une enfant prénommée Bayan, résidant à Al-Mokha, ainsi que des dizaines de civils, ont été blessés à la suite du ciblage de biens civils par des missiles balistiques houthis visant la ville ce matin-là. Le rapprochement de ces deux décomptes - l'un évoquant l'absence de victime pour une frappe précise, l'autre des dizaines de blessés civils au fil de la même journée d'attaques - rappelle qu'un bilan "sans victime" annoncé à chaud pour un impact donné ne dit rien de l'addition des dommages humains cumulés sur l'ensemble d'une journée de bombardements multiples.
Deux récits inconciliables sur ce qui a été visé
Le groupe houthi, par l'intermédiaire du site Saba Net qui lui est affilié, a annoncé de son côté avoir ciblé des concentrations de forces militaires dans la région d'Al-Mokha et dans le gouvernorat de Marib à l'aide de plusieurs missiles balistiques et drones. Une source militaire citée par ce même site a affirmé que les frappes avaient atteint leurs cibles "avec précision et directement", faisant plusieurs morts et blessés dans les rangs de ce qu'elle a désigné comme "l'ennemi", en plus de la destruction de plusieurs dépôts d'armes et d'équipements militaires appartenant à ce dernier.
Ce récit d'une frappe de précision contre des objectifs strictement militaires ne trouve, à ce stade, aucune confirmation indépendante - et se heurte frontalement au bilan civil documenté par ailleurs, incluant l'hôpital du 2-Décembre et l'enfant Bayan. Aucune des deux versions n'a été vérifiée par une source extérieure au conflit. Ce que l'on peut affirmer avec certitude est que des frappes ont eu lieu, qu'elles ont produit à la fois des dégâts revendiqués comme militaires par un camp et des victimes civiles documentées par l'autre, et que les deux parties s'accusent mutuellement de mentir sur la nature exacte de ce qui a été atteint - une configuration qui rappelle, presque à l'identique, celle déjà observée sur le port voisin début août.
Des dizaines de combattants houthis tués en quarante-huit heures
Sur le plan strictement militaire, des sources à Sanaa ont affirmé que des dizaines de combattants houthis avaient été tués et blessés au cours des quarante-huit dernières heures, la plupart dans le gouvernorat de Taëz, lors de combats violents et de frappes de drones - ce qui représente, selon ces mêmes sources, l'une des pertes les plus lourdes subies par le groupe depuis le début de cette nouvelle phase d'escalade dans le pays. Selon ces mêmes sources, la majorité des pertes concernerait une unité désignée comme la "brigade Al-Sammad" ; un certain nombre de dépouilles sont, toujours selon ces sources militaires et médicales convergentes, arrivées dans les hôpitaux de Sanaa au cours des deux derniers jours.
Vider les prisons pour remplir les fronts
C'est peut-être l'indicateur le plus parlant de cette séquence, et celui qui mérite la lecture la plus attentive : dans un contexte qui montre que le groupe houthi a besoin de davantage de combattants, des sources à Sanaa indiquent qu'il a commencé à libérer des centaines de prisonniers dans les zones sous son contrôle, en échange de leur engagement à rejoindre les fronts de combat. Environ huit cent cinquante détenus ont ainsi été libérés de prisons situées à Saada, Hajjah et Sanaa - parmi lesquels des personnes poursuivies dans des affaires pénales et liées aux stupéfiants -, tandis que des préparatifs sont en cours pour libérer environ mille quatre cents détenus supplémentaires dans le gouvernorat de Dhamar.
Le mécanisme décrit par ces sources est précis : les personnes libérées ont signé des engagements à rejoindre les fronts en échange de l'abandon des poursuites judiciaires les visant ou d'un règlement de leur situation pénale. Le groupe a, dans certains cas, proposé un recrutement officiel assorti d'un soutien financier, allant jusqu'à régler les dettes de plusieurs détenus insolvables en échange de leur participation aux combats. Mise en regard des pertes humaines - des dizaines de combattants tués et blessés en quarante-huit heures selon les sources de Sanaa - cette politique de libération conditionnelle contre engagement militaire ne relève pas d'une générosité soudaine : elle dessine, au contraire, le portrait d'une organisation qui peine à compenser ses pertes humaines par les voies habituelles de recrutement, et qui se tourne vers ses propres geôles pour reconstituer ses effectifs sur un front, celui d'Al-Barh, où des renforts frais - unités d'élite, commandos, mobilisation générale - ont par ailleurs été explicitement envoyés pour tenter de reprendre l'offensive.
Ce que dit le commandement des forces gouvernementales
Le ministère de l'Information du gouvernement yéménite internationalement reconnu a de son côté annoncé que les forces armées appelaient la population civile à s'éloigner des sites, installations et rassemblements militaires houthis, et à ne ni rejoindre leurs rangs ni s'approcher de leurs positions, afin de préserver sa sécurité. Le porte-parole officiel des forces armées yéménites, le colonel d'état-major Majed Abdullah Al-Nazili, a publié un communiqué daté du 16 août 2026 dont les éléments principaux méritent d'être restitués intégralement plutôt que résumés.
Selon ce communiqué, les forces armées ont mené cent quatre-vingt-une opérations militaires au cours des vingt-quatre heures précédentes contre des positions et des sources de menace houthies, employant drones, artillerie et lance-roquettes. Des dizaines de membres des milices ont été tués ou blessés, de même que des dizaines d'équipements et de véhicules militaires détruits, ainsi qu'un certain nombre de dépôts d'armes et de matériels. Ces frappes ont concerné de vastes secteurs le long des lignes de front dans les axes de Taëz, Marib, Al-Jawf, Lahj/Tour Al-Baha, Ad-Dali, Al-Hodeïda et Abyan - soit une simultanéité de fronts qui dépasse très largement le seul théâtre d'Al-Mokha.
Le communiqué présente ces opérations comme une réponse aux attaques répétées des Houthis visant des civils, des biens civils, des installations, des infrastructures économiques et des ports, ainsi que des positions militaires, et affirme que les unités engagées ont fait preuve d'un haut niveau de discipline, respectant les règles d'engagement et les dispositions du droit international humanitaire tout en évitant de causer des dommages aux civils - une affirmation qui, comme celle des Houthis sur la précision de leurs propres frappes, relève à ce stade de la déclaration d'une partie au conflit et non d'une vérification indépendante.
Le communiqué réitère par ailleurs l'appel à la population à s'éloigner des positions houthies, et réaffirme l'état de préparation des forces gouvernementales ainsi que leur capacité, selon leurs propres termes, à "imposer le rapport de force sur le terrain" et à faire face à toute source de menace visant les biens civils ou les ressources du peuple yéménite.
Deux missiles vers la mer Rouge, un navire vide visé six fois
Le commandement militaire de l'axe de Taëz, relevant du gouvernement reconnu internationalement, a annoncé avoir détecté ce même matin le lancement de deux missiles balistiques en direction de la ville d'Al-Mokha et de la mer Rouge, tirés selon lui depuis des zones sous contrôle houthi à l'est de Taëz, plus précisément depuis les environs du mont Ouman. Des sources militaires sur la côte ouest ont par ailleurs indiqué que le groupe houthi avait ciblé un navire dans le détroit de Bab el-Mandeb avec six frappes de missiles balistiques - un navire qui, selon les premières informations, naviguait à vide au moment de l'attaque.
Sur le front terrestre, les forces armées gouvernementales à Taëz ont annoncé avoir repoussé des concentrations houthies sur le front nord de la ville, tandis que le groupe bombardait plusieurs villages du district de Maqbana, à l'ouest du gouvernorat, et ciblait des biens civils à Al-Mokha. L'agence Saba, relevant du gouvernement yéménite, a cité une source militaire affirmant que les forces armées avaient repoussé des rassemblements et des renforts houthis sur ce front nord, faisant des morts et des blessés parmi les miliciens, et que la surveillance des mouvements adverses se poursuivait en continu. Le groupe houthi a, de son côté et la veille au soir, bombardé les villages d'Al-Achmala, Hmeir, Al-Kouaiha et d'autres zones du district de Maqbana décrites comme inhabitées, avec onze obus d'artillerie et de mortier, provoquant des dégâts matériels sans faire de victimes selon une source militaire.
Le port, les pêcheurs, et une voix qui refuse d'être une cible
Au-delà des bilans militaires, la journée a également été marquée par la mobilisation de ceux qui subissent cette guerre sans y participer. Des dizaines de travailleurs du port d'Al-Mokha et de pêcheurs ont organisé un rassemblement de solidarité dans la ville, avec la participation de marins yéménites et étrangers, de pêcheurs et de civils blessés lors des attaques houthies visant Bab el-Mandeb et les côtes d'Al-Mokha. Les participants ont brandi des pancartes dénonçant les attaques contre les infrastructures civiles, les ports et les navires commerciaux, affirmant qu'elles menacent les moyens de subsistance de milliers de familles et mettent en danger la navigation internationale.
Le communiqué publié à l'issue du rassemblement tient les milices houthies pour responsables du ciblage des infrastructures civiles et des travailleurs de la pêche et du transport maritime, ainsi que des pertes humaines et matérielles qui en résultent, évoquant explicitement le ciblage récent du navire Tahama, à l'origine de trois morts et huit blessés parmi les membres de son équipage. Il appelle la communauté internationale à adopter une position ferme face à ces violations répétées, à se tenir aux côtés du peuple yéménite et à œuvrer à la protection des voies maritimes internationales.
Une déclaration distincte, publiée au nom des marins travaillant en mer Rouge, des survivants, des blessés et des familles de personnes disparues, revient plus en détail sur cet épisode du Tahama : le 11 août 2026, des missiles houthis ont visé ce navire alors qu'il naviguait dans le détroit de Bab el-Mandeb, avec onze marins à bord. Trois membres d'équipage ont été tués et huit autres blessés.
La déclaration insiste sur le fait que ces marins accomplissaient simplement leur travail, en attente de retrouver leurs familles, avant que leur trajet ne se transforme en tragédie, et rappelle que les attaques houthies ont également touché des pêcheurs, des civils yéménites, les côtes d'Al-Mokha et son port historique, endommageant bateaux, biens et moyens de subsistance.
« Nous ne sommes pas des combattants. Nous ne sommes pas des cibles militaires. »
- Déclaration des marins de la mer Rouge
Les signataires demandent à la communauté internationale et aux Nations unies d'assumer leurs responsabilités dans la protection des marins, des pêcheurs et des civils, de garantir la sécurité des navires commerciaux et des voies maritimes, de mettre fin au ciblage des civils et des infrastructures civiles, et d'obtenir que les responsables de ces attaques rendent des comptes, à travers des mesures concrètes destinées à empêcher leur répétition. Elle conclut en rappelant que la perte des membres d'équipage du Tahama s'ajoute à celle d'autres marins yéménites, pêcheurs et civils tués dans les attaques en mer Rouge et sur les côtes d'Al-Mokha, et que cette accumulation de tragédies impose à la communauté internationale une responsabilité de protection qu'elle ne peut continuer d'ignorer.
Un troisième acteur entre également dans les échanges
Les forces de la Résistance nationale, dirigées par Tareq Saleh, ont annoncé par l'intermédiaire de leurs médias militaires que leur artillerie et leurs lance-roquettes bombardaient les positions de ce qu'elles désignent comme les "milices de l'Iran", en réponse à leurs attaques continues. Ces mêmes médias militaires ont ajouté que l'artillerie de la Résistance nationale et son unité de drones avaient bombardé des rassemblements de cette "branche iranienne", revendiquant des frappes directes et de lourdes pertes infligées aux éléments visés, tout en confirmant que les Houthis avaient de nouveau ciblé le port d'Al-Mokha avec deux missiles balistiques en milieu de journée. Les médias militaires de la Résistance nationale ont enfin annoncé qu'ils diffuseraient ultérieurement des images de ces frappes de drones et d'artillerie, ainsi que des impacts directs enregistrés dans les rangs adverses - des éléments visuels qui, une fois rendus publics, permettront de confronter cette revendication aux mêmes exigences de vérification indépendante que les autres bilans avancés ce jour-là par chacune des parties au conflit.
Mise à jour : un navire militaire saoudien visé au large d'Al-Mokha Le groupe houthi, soutenu par l'Iran, a affirmé avoir visé, au large des côtes d'Al-Mokha, un navire de débarquement militaire saoudien ainsi que quatre embarcations qui l'accompagnaient en mer Rouge, à l'aide de plusieurs missiles balistiques. Selon un communiqué du porte-parole militaire de la milice, Yahya Saree, cette attaque a entraîné, toujours selon ce communiqué, l'incendie du navire principal, le naufrage de plusieurs des embarcations l'escortant et l'incendie des autres. Cette revendication, comme les précédentes formulées par le même canal au cours de cette séquence, n'a fait l'objet d'aucune confirmation indépendante à ce stade - ni de la partie saoudienne, ni d'une source maritime tierce. Elle s'ajoute néanmoins à la liste déjà longue des cibles navales annoncées ce même jour dans les eaux entourant Al-Mokha et le détroit de Bab el-Mandeb, aux côtés du navire vide visé par six frappes de missiles balistiques mentionné plus haut.






