Non-verbal jusqu'à onze ans, devenu le plus jeune professeur noir de Cambridge, il est mort quelques jours après avoir démissionné sous la pression médiatique.
Il n'a pas parlé avant ses onze ans; il n'a appris à lire qu'à dix-huit. Vendredi, à quarante et un ans, on l'a retrouvé mort chez lui à Battersea.
Une trajectoire que personne n'avait prédite
Jason Atta Kwei Arday est né le 9 mai 1985 à Clapham, dans le sud de Londres, de parents originaires du Ghana, dans un logement social. Diagnostiqué autiste et atteint d'un retard global de développement dès l'âge de trois ans, il reste incapable de parler jusqu'à onze ans et n'apprend à lire et à écrire qu'à dix-huit. Les psychologues scolaires et les thérapeutes qui l'examinent alors se montrent, selon ses propres mots rapportés plus tard par la presse britannique, particulièrement catégoriques: ils prédisent qu'il devra vivre en établissement assisté toute sa vie durant.
Rien, dans ce pronostic, ne s'est réalisé de cette façon. Arday obtient un diplôme d'éducation et d'éducation physique, puis deux masters, avant de décrocher un doctorat à l'université Liverpool John Moores en 2015, finançant une partie de ses études en travaillant dans des chaînes de supermarchés et de pharmacies. Il enseigne ensuite à Durham puis à Glasgow, où il devient l'un des plus jeunes professeurs du Royaume-Uni, avant que Cambridge ne l'appelle en 2023: à trente-sept ans, il y devient le plus jeune professeur noir jamais nommé dans les huit cents ans d'histoire de l'institution, rejoignant à peine cinq autres professeurs noirs sur l'ensemble du corps enseignant. Ses travaux portent sur le racisme structurel dans l'enseignement supérieur, la sous-représentation des minorités dans les carrières académiques et les effets de long terme de la discrimination raciale à l'école.
« Je n'ai jamais vu tout cela comme un manque, principalement parce que ma mère ne m'a jamais parlé de moi comme d'un être désavantagé. » - Jason Arday, à CBS News, en 2023
Une polémique qui prend de l'ampleur cet été
Fin juillet, plusieurs titres de la presse britannique, à commencer par The Times, mettent en cause certains éléments de son parcours médiatisé - notamment un chiffre de cinq millions de livres sterling qu'il affirmait avoir contribué à lever pour des œuvres caritatives en courant trente marathons en trente-cinq jours. Interrogé par The Guardian, Arday précise que cette somme avait en réalité été réunie sur deux décennies, avec l'aide de nombreux collectifs de levée de fonds. Cambridge annonce, de son côté, ouvrir une enquête sur des informations nouvelles concernant ses qualifications académiques, ses nominations honorifiques, ainsi que des plaintes relatives à un possible manquement à l'intégrité académique.
Le 5 août, Jason Arday démissionne de l'université de Cambridge. Dans une lettre publiée sur le site du Good Law Project, il nie toute faute et explique avoir atteint, selon ses mots, "les limites de ce qu'une personne peut raisonnablement être amenée à endurer", évoquant le poids considérable qu'avait fait peser sur lui et ses proches l'intensité de l'attention publique reçue ces dernières semaines. Selon un décompte cité par une organisation de défense de la presse, plus de cent quatre-vingts articles lui auraient été consacrés en neuf jours seulement à travers plusieurs titres nationaux.
Retrouvé mort neuf jours plus tard
Les services d'urgence sont appelés peu après quinze heures, vendredi 14 août, à Daley Thompson Way, à Battersea, où Jason Arday vivait, après un signalement faisant état d'un homme inconscient à son domicile. La police métropolitaine confirme le décès de l'universitaire de quarante et un ans sur place. Sa mort est qualifiée d'"inattendue", mais les autorités précisent explicitement qu'elle n'est "pas jugée suspecte" à ce stade. L'affaire a été transmise au coroner, dont l'enquête doit établir la cause exacte du décès - une procédure encore en cours, qui n'a livré aucune conclusion officielle à ce jour.
La vice-chancelière de l'université de Cambridge, la professeure Deborah Prentice, s'est dite "profondément attristée par cette terrible nouvelle", adressant "nos sincères condoléances à la famille et aux proches de Jason Arday en cette période extrêmement difficile". La secrétaire à l'Éducation, Lucy Powell, a exprimé sur les réseaux sociaux son choc et sa tristesse, appelant le public à respecter l'intimité de la famille et à "se souvenir qu'il s'agit de personnes réelles, avec des proches concernés". Jo Maugham, directeur exécutif du Good Law Project - dont le site avait publié la lettre de démission d'Arday -, a qualifié sa mort de "tragédie pour lui et pour ceux qui l'aimaient", ajoutant que son entourage avait, selon lui, alerté la presse sur les risques encourus avant même le drame.
Un débat sur la presse qui dépasse le seul cas d'Arday
La mort de Jason Arday a ravivé, au Royaume-Uni, un débat plus large sur les limites du traitement médiatique des personnalités publiques en difficulté. Une organisation de défense des victimes de harcèlement médiatique a lancé, dans les jours suivant son décès, une campagne invitant le public à déposer des plaintes formelles auprès de l'organisme britannique de régulation de la presse contre plusieurs titres nationaux, au nom de l'article du code déontologique protégeant la dignité des personnes couvertes. Cette campagne précise elle-même, avec une prudence qu'il convient de souligner, qu'elle "ne formule aucune allégation quant à la cause" du décès, se concentrant sur ce que ces publications ont effectivement écrit, documenté et publié.
C'est précisément cette prudence qui doit guider tout compte rendu de cette affaire tant que le coroner n'aura pas rendu ses conclusions. Ce que l'on sait avec certitude est qu'un homme dont le parcours avait inspiré des milliers de personnes bien au-delà du monde académique - popularisé notamment pour avoir défié tous les pronostics posés sur lui dans l'enfance - est mort quelques jours à peine après avoir publiquement décrit une pression médiatique qu'il jugeait insoutenable. Ce que l'on ignore encore est le lien exact, s'il en existe un, entre cette pression et les circonstances précises de sa mort.






