Huit secondes de secousses, quinze répliques recensées, l'Alhambra épargnée: la nuit où l'Andalousie a retenu son souffle.
Une heure quatre du matin: c'est l'instant où la terre s'est mise à trembler sous Grenade, huit secondes durant.
Huit secondes qui ont réveillé toute une agglomération
La secousse, de magnitude 5, a frappé cette nuit avec un épicentre localisé à Alhendín, à deux kilomètres de profondeur, dans l'agglomération de Grenade. La Junta de Andalousie a immédiatement activé la phase d'urgence de son plan de prévention du risque sismique. Six minutes plus tard, une seconde secousse, de magnitude 2,6 cette fois, s'est produite à proximité, avec un épicentre situé à un kilomètre de profondeur près de Gójar. L'Institut géographique national a par la suite recensé quinze séismes d'intensités diverses dans la Vega de Granada entre 1h08 et 3h19, tous concentrés le long de la même faille.
Aucun décès n'est à déplorer. Des dizaines de personnes ont néanmoins passé une partie de la nuit dehors, certaines prises en charge pour des crises d'angoisse, d'autres ayant subi des blessures légères en quittant précipitamment leur logement ou des pertes de connaissance sans nécessiter d'hospitalisation. Le numéro d'urgence 112 a reçu plus de 300 appels, tandis que les pompiers menaient 85 interventions, concentrées principalement dans le sud de la ville et son agglomération. Une ligne téléphonique dédiée a été mise en place pour accompagner les habitants les plus affectés par l'angoisse de la nuit.
"Nos bras tremblaient encore"
À Huétor Vega, à une dizaine de kilomètres seulement de l'épicentre, Marta Mayorga Fernandez a raconté avoir quitté son domicile dans l'obscurité, n'emportant que son téléphone. "Nous avons vraiment senti les secousses, elles étaient si fortes qu'elles nous ont réveillés", a-t-elle témoigné, ajoutant regretter l'absence d'un message d'alerte sur son téléphone pour comprendre ce qui se passait. L'électricité, coupée un temps dans la commune, est revenue quelques minutes plus tard - à temps, a-t-elle raconté, pour que la fête locale en cours reprenne, musique comprise, pendant que ses bras tremblaient encore.
À Armilla, la maire Loli Cañavete a décrit une nuit "très compliquée" en raison des répliques successives. Le quartier de Santa Teresa, le plus proche d'Alhendín, a concentré l'essentiel des dégâts matériels de la commune. Des installations sportives et des terrains de football y ont été ouverts pour accueillir des habitants ne voulant pas rester chez eux - avant qu'un orage, vers quatre heures du matin, ne les contraigne à rentrer.
« Nous avons vraiment senti les secousses, elles étaient si fortes qu'elles nous ont réveillés. » - Marta Mayorga Fernandez, habitante de Huétor Vega
L'Alhambra épargnée, un bâtiment évacué à Las Gabias
Symbole de la ville et joyau de l'architecture islamique médiévale inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, l'Alhambra n'a subi aucun dommage. Le monument a rouvert ses portes à onze heures du matin, avec environ trois heures de retard sur son horaire habituel, le temps qu'une équipe spécialisée en achève l'inspection complète.
À Las Gabias, un bâtiment endommagé par la secousse a été évacué par mesure de précaution par la protection civile et les forces de sécurité. Les équipes d'intervention se sont par ailleurs concentrées sur les communes de l'agglomération grenadine, les plus touchées par le séisme: des éléments de façade se sont détachés à Armilla et à Churriana, tandis que Huétor Vega s'est retrouvée temporairement privée d'électricité. Des dégâts ont également été constatés sur le toit de la tour de l'église San Miguel el Bajo, dans le quartier historique de l'Albaicín.
Ressenti dans toute l'Andalousie, sauf à l'extrême ouest
La secousse a été perçue dans l'ensemble de l'Andalousie, à l'exception des provinces de Huelva et de Cadix. Elle a été ressentie avec une intensité particulière dans le nord de la province de Grenade, à Huéscar, ainsi que sur le littoral occidental à Almuñécar, Salobreña et Motril, de même que dans les Alpujarras. Plusieurs localités de la province de Jaén - Alcalá la Real, Linares, Jódar - l'ont également ressentie, tout comme des communes du littoral d'Almería, dont la capitale, Roquetas ou El Ejido, et la côte de Málaga, de Fuengirola et Torremolinos jusqu'à Vélez, en plus de la ville de Cordoue.
Le responsable régional des services d'urgence, Antonio Sanz, a rappelé qu'un séisme de cette magnitude n'avait plus frappé l'Andalousie depuis 1955. Il a également établi un parallèle avec l'essaim sismique survenu en janvier 2021 dans la même zone: "Nous avons analysé avec les techniciens le schéma sismique et il présente un comportement similaire à celui de l'essaim de 2021. Il n'y a pas eu de diminution des répliques ni de l'énergie libérée", a-t-il expliqué. Cet épisode de 2021 avait donné lieu à l'activation d'une phase de pré-urgence maintenue pendant trois mois, période durant laquelle plus de 1 600 signalements avaient été enregistrés dans la Vega de Granada.
Des répliques encore attendues, la prudence recommandée
De nouvelles répliques sont attendues par les experts, en principe d'intensité moindre que la secousse initiale. Antonio Sanz a appelé les habitants à l'autoprotection et à se tenir informés via les réseaux sociaux, avertissant que certaines corniches, encore en place, pourraient être délogées par une réplique même modérée: "Le conseil est de marcher le plus loin possible des murs des bâtiments. C'est pourquoi les municipalités bouclent de nombreuses zones", a-t-il précisé.
Le président de la Junta de Andalousie, Juanma Moreno, a lui aussi appelé à la prudence sur les réseaux sociaux, recommandant d'éviter toute corniche ou façade endommagée susceptible de se détacher. Les autorités recommandent plus largement de garder son calme, de ne pas entrer dans un bâtiment endommagé ni d'en sortir sans nécessité, de s'éloigner des façades, corniches, balcons et murs, et de ne jamais s'arrêter pour observer ou photographier






