Nouveaux records de chaleur, un incendie de 1100 hectares à Luglon, et des pompiers "très déçus" après leur rencontre avec le ministre.
42,5 degrés: c'est la température atteinte jeudi à Châteaumeillant et à Pallet, où deux records absolus viennent de tomber.
Une cinquième vague, des records qui tombent
La journée de jeudi 13 août a marqué le pic de ce cinquième épisode caniculaire que traverse la France depuis la mi-mai. La barre des 40 degrés a été largement franchie, en particulier dans l'ouest du pays: 42,5 degrés relevés dans le Cher à Châteaumeillant, autant en Loire-Atlantique à Pallet, 42,4 degrés en Vendée aux Herbiers. Deux records absolus ont été battus, à Scillé, dans les Deux-Sèvres, avec 41,5 degrés - le précédent, établi le 23 juin, culminait à 41,4 - et à Dole, dans le Jura, avec 40,4 degrés, dépassant les 40,3 degrés enregistrés le 26 juin.
Plusieurs records mensuels sont également tombés: 40,4 degrés à Nantes, 40,2 à Rennes, 40 à Bourges, 39,7 à Poitiers, 39,6 à Angers-Beaucouzé, 39 à Laval, 35,6 à Cherbourg. Ce vendredi, quatre-vingt-un départements restent en vigilance orange, dont huit en vigilance rouge, même si un premier signe de répit s'amorce: cinq départements du nord-ouest - Finistère, Côtes-d'Armor, Manche, Calvados - sont repassés en vert, et l'Ille-et-Vilaine a été rétrogradée en jaune. Les fortes chaleurs devraient persister du Sud-Ouest au Nord-Est, avec 36 à 40 degrés par endroits, avant qu'un changement de temps plus net ne s'amorce ce week-end, marqué par des orages parfois violents et un recul progressif de la chaleur en début de semaine prochaine.
Luglon, un village évacué face à un incendie de 1100 hectares
Dans les Landes, un nouvel incendie s'est déclaré jeudi près du village de Luglon, au cœur du massif forestier des Landes de Gascogne, à une soixantaine de kilomètres au sud-est de Biscarrosse - où un précédent feu avait déjà ravagé 3 700 hectares fin juillet - et à une centaine de kilomètres au sud du gigantesque incendie qui avait parcouru plus de 40 000 hectares en Gironde voisine à la même période. Attisé par des vents changeants, le feu a rapidement progressé dans l'après-midi de jeudi, générant selon le préfet des Landes, Gilles Clavreul, "sa propre énergie" et "son propre climat".
Cinq cent vingt-cinq personnes ont dû être évacuées jeudi, soit la quasi-totalité du village de Luglon, dans ce que le préfet a décrit comme un mouvement mené "dans le bon ordre et le calme". Ce vendredi matin, la surface parcourue par les flammes atteignait 1 100 hectares, sans qu'aucune habitation n'ait été touchée. Le feu, dont l'origine reste à déterminer, était décrit comme "freiné" après avoir perdu en intensité durant la nuit - mais le préfet redoutait une reprise virulente dans l'après-midi, avec 36 degrés annoncés, avant l'arrivée de pluies attendues le lendemain. Cinq cents pompiers étaient mobilisés sur le sinistre, appuyés par deux avions Dash, quatre Canadair et deux Air Tractor. Un "vent tournant" continuait de compliquer leur tâche, ayant provoqué au moins une saute de feu à l'origine d'un nouveau départ.
« Il génère sa propre énergie et crée son propre climat. » - Gilles Clavreul, préfet des Landes
Dans le Pas-de-Calais, des feux contenus mais pas encore fixés
Sur la façade opposée du pays, les incendies qui touchent depuis mercredi une zone naturelle et touristique du littoral du Pas-de-Calais restaient, ce vendredi matin, "contenus" mais toujours "non fixés" selon la préfecture locale. L'intervention d'un avion bombardier d'eau Dash jeudi, puis de deux hélicoptères porteurs d'eau depuis la veille, a permis des progrès significatifs dans la maîtrise du sinistre. La surface parcourue restait toutefois stable, à 180 hectares, et une habitation détruite - un bilan inchangé depuis mercredi soir. Trois sapeurs-pompiers ont été légèrement blessés au cours des opérations.
Mérignac: un mineur mis en examen, son frère mis hors de cause L'enquête sur la mort de deux sapeurs-pompiers dans un incendie à Mérignac, près de l'aéroport de Bordeaux, a connu une avancée jeudi soir: un mineur a été mis en examen dans le cadre de cette procédure, après avoir mis hors de cause son frère aîné, également interpellé dans un premier temps. Ce dernier, âgé de 22 ans, a été laissé libre; le cadet, âgé de 15 ans, a été placé en centre éducatif fermé.
Les faits remontent au 21 juillet: le camion à bord duquel se trouvaient les deux pompiers avait été, selon le directeur du service départemental d'incendie et de secours de Gironde, Marc Vermeulen, "piégé" dans une parcelle de pins livrée aux flammes. Wilfried Schmitter et Anthony Berthôme, deux adjudants de sapeurs-pompiers professionnels âgés tous deux de 34 ans, ont depuis été cités à l'ordre de la Nation, une distinction créée en 1917 pour reconnaître les services ou actes de dévouement exceptionnels accomplis au péril de la vie.
"Le bla-bla politique, c'est terminé": la colère des pompiers
Reçue jeudi par le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, l'intersyndicale des neuf organisations de sapeurs-pompiers professionnels espérait des réponses concrètes après plusieurs semaines d'alerte sur les difficultés des services de secours, dans le sillage des mégafeux de cet été. Elle est repartie avec un simple calendrier législatif, sans annonce nouvelle sur les moyens ni le financement.
"Le bla-bla politique, c'est terminé: on est très, très déçus", a lâché à la sortie du ministère Xavier Boy, porte-parole de l'intersyndicale, avant de rendre hommage à Baptiste, Anthony, Wilfried et Laurent, les quatre sapeurs-pompiers morts en service ces dernières semaines. "La solidarité honore notre pays, mais elle ne peut pas compenser indéfiniment les insuffisances d'un système arrivé à saturation", a-t-il ajouté, appelant à une mobilisation intensive fin septembre.
Le ministère de l'Intérieur a par ailleurs indiqué ce vendredi que 474 personnes avaient été interpellées depuis le début du mois de juillet, soupçonnées d'avoir déclenché des départs de feu - parmi elles, 183 mineurs.
Vers des prêts garantis pour les agriculteurs sinistrés
Face au désespoir grandissant des agriculteurs, dont chaque nouvelle vague de chaleur amplifie les pertes et compromet aussi bien les cultures que la production animale - les sols desséchés rendant le fourrage de plus en plus rare -, le gouvernement examine la piste de prêts dits "sécheresse", garantis ou bonifiés, destinés à permettre aux exploitants de "faire la jonction" avec les prochaines productions. La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, l'a confirmé ce vendredi sur RMC, précisant vouloir également "armer puissamment l'indemnité de solidarité nationale" pour les exploitants non couverts par les dispositifs d'assurance classiques, et évoquant de possibles mesures fiscales nouvelles lors du prochain budget.
Ce nouveau mécanisme s'ajoute à des mesures déjà annoncées permettant aux assureurs de verser des acomptes plus importants et par anticipation, ainsi qu'à une dérogation autorisant la fauche des jachères. Le calibrage précis de l'ensemble de ces aides devra toutefois attendre le 27 août, date d'une réunion des préfets appelée à définir le montant du "plan global" annoncé le 5 août dernier, jusqu'ici sans chiffrage.






