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Mokha sous les bombes, Al-Barh sous les obus – la côte ouest yéménite comme nouveau théâtre de l’escalade

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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En moins de quarante-huit heures, les Houthis ont saturé la ville portuaire de Mokha de vagues successives de missiles et de drones, ouvert un front d'artillerie intense à l'ouest de Taëz et frappé deux installations saoudiennes d'Aramco. La Résistance nationale riposte et revendique des dizaines de pertes dans les rangs adverses à Al-Barh.

Quatre civils morts, des quais en feu, des bateaux de pêche calcinés. La ville de Mokha, sur la mer Rouge, a encaissé vendredi soir une nouvelle salve de six missiles houthis quelques heures après qu'une première vague massive - 36 missiles balistiques et 42 drones - eut déjà ravagé ses infrastructures portuaires. Sur le front terrestre d'Al-Barh, dans l'ouest de Taëz, la Résistance nationale revendique la neutralisation de plus de vingt-sept combattants houthis en soixante-douze heures. Pendant ce temps, Sanaa frappe Aramco à Jizan puis annonce une nouvelle attaque sur Najran. L'envoyé de l'ONU Hans Grundberg a déjà posé le diagnostic devant le Conseil de sécurité.

Quand le soleil s'est couché sur Mokha ce vendredi 15 août 2026, la ville portuaire avait déjà été frappée deux fois en moins d'une journée. La soirée a vu une nouvelle vague d'assauts après qu'un premier barrage avait déjà touché la ville et son port commercial. Ce n'était pas une opération chirurgicale destinée à détruire un objectif militaire précis. C'était une démonstration de volume, de saturation et de persistance.

Les forces armées yéménites ont comptabilisé quatre militaires et trois civils tués lors de ce dernier assaut, et trente autres personnes blessées, majoritairement des civils. Des chiffres qui s'ajoutent à un premier bilan établi lors de l'attaque du 9 août : une source médicale à Mokha avait alors fait état de trois civils et huit militaires tués, et de trente-deux blessés supplémentaires, dont six civils, l'ensemble des victimes civiles résultant des frappes sur le port.

Les défenses aériennes gouvernementales ont intercepté et abattu onze drones lors de l'attaque. Selon les médias militaires de la Résistance nationale, la salve totale documentée sur la côte ouest au cours de cette période a atteint 36 missiles balistiques et 42 drones, dont onze ont été interceptés avant d'atteindre leurs cibles. Ce que les Houthis n'ont pu ou voulu détruire militairement, ils l'ont touché indirectement.

Le port comme cible économique et symbolique

Le ministère yéménite des Transports a condamné l'attaque, déclarant qu'elle avait causé des dommages « graves » aux infrastructures du port. Le bilan matériel comprend des incendies sur les quais, des équipements de service public endommagés et plusieurs bateaux de pêche calcinés. Une partie des destructions restait encore en cours d'évaluation au moment du bouclage de cet article, les autorités n'ayant pas communiqué de chiffrage consolidé.

Les Houthis ont soutenu que l'opération visait à répondre à un renforcement militaire saoudien continu, incluant l'acheminement d'armes et d'équipements vers la côte ouest et la province de Taëz. Un membre du conseil politique houthi, Hizam al-Assad, a affirmé séparément que les explosions et les colonnes de fumée persistantes depuis le port résultaient de grandes quantités d'armes et d'équipements militaires qui y étaient stockés.

Ce récit est commode : il transforme un port civil en cible légitimée, efface la réalité des pêcheurs et des dockers tués ou ruinés, et dispense de répondre à la question de la proportionnalité. Une source militaire gouvernementale a précisé que les Houthis avaient également ciblé des forces et installations pro-gouvernementales situées hors de Mokha ainsi que des sites sur des îles proches du détroit de Bab el-Mandeb.

Une équipe de la Commission nationale chargée d'enquêter sur les allégations de violations des droits humains s'est rendue sur place. Elle a inspecté les débris des projectiles, prélevé des échantillons destinés à des experts militaires afin d'établir la nature précise des armes utilisées, et recueilli les témoignages de responsables portuaires et de blessés. Les conclusions de cette enquête n'ont pas encore été rendues publiques.

Al-Barh - la guerre de tranchées qui chiffre ses morts

À l'ouest de Taëz, sur le front d'Al-Barh, les combats terrestres ont pris une intensité distincte. Les Forces de la Résistance nationale, alignées avec le gouvernement, ont annoncé vendredi qu'au moins 27 combattants houthis avaient été tués et 19 autres blessés lors de frappes menées sur le front d'Al-Barh dans la province de Taëz au cours des trois derniers jours.

Ces forces sont dirigées par Tareq Saleh, membre du Conseil de leadership présidentiel yéménite. Selon leur bilan, les frappes - conduites à l'artillerie et par drones - ont notamment visé ce que la source désigne comme le « 14e bataillon Samad », tuant et blessant un nombre non précisé d'éléments dont le commandant du bataillon et le commandant de sa compagnie. Le lendemain, une frappe distincte sur le quartier général du « 155e bataillon d'infanterie » aurait tué quatre gardes et blessé deux autres membres, dont le commandant de l'unité. Dix-neuf combattants houthis ont été blessés au total, et plusieurs véhicules militaires ont été incendiés ou mis hors service lors de ces attaques.

Ces bilans émanent exclusivement des médias militaires de la Résistance nationale - les Houthis n'ont pas commenté. Les fronts de la province de Taëz connaissent périodiquement des affrontements et des échanges de tirs d'artillerie entre forces gouvernementales et Houthis, dans un contexte de tensions militaires persistantes depuis des années.

Les forces armées yéménites ont également rapporté que des unités d'artillerie avaient ciblé des positions et rassemblements houthis sur les fronts d'Al-Dhabab et de Ghurab, à l'ouest de Taëz, ainsi qu'à Maqbana. Ces frappes ont été présentées comme une riposte aux bombardements houthis sur les positions gouvernementales. Simultanément, les défenses aériennes yéménites ont intercepté des drones houthis au-dessus de Maqbana pour déjouer des tentatives d'attaque sur des positions de l'armée.

Aramco, de Jizan à Najran - la logique d'usure contre Riyad

La pression houthie ne s'est pas arrêtée au territoire yéménite. Le groupe a attaqué la raffinerie Aramco de Jizan, deux jours après que le royaume avait signé un pacte de défense avec la Turquie et le Pakistan en réponse à la déstabilisation régionale croissante liée à la guerre américano-iranienne.

Le porte-parole militaire houthi Yahya Saree a déclaré que le groupe avait réussi à cibler la raffinerie Aramco de Jizan avec un drone, ajoutant que l'attaque était une réponse à la violation par l'Arabie saoudite de l'espace aérien des provinces de Saada et Hajjah avec des drones. Le ministère saoudien de l'Énergie a signalé tôt le matin un incendie dans un site appartenant à la raffinerie, sans faire état de victimes.

Le lendemain, les Houthis ont revendiqué une attaque contre une installation Aramco à Najran avec un drone. La raffinerie de Jizan traite 400 000 barils par jour dans le sud-ouest de l'Arabie saoudite. Les dommages précis infligés à l'installation de Najran et d'éventuelles victimes n'avaient pas été confirmés par des sources indépendantes au moment de la publication.

La séquence Jizan puis Najran en moins de vingt-quatre heures dessine une stratégie lisible. Ce ne sont pas des objectifs militaires au sens classique. Ce sont des signaux adressés à Riyad - et à ses nouveaux partenaires turcs et pakistanais du pacte de La Mecque du 7 août - signifiant que la signature d'un accord de défense collective ne constitue pas un bouclier opérationnel.

Ce que dit le silence de la coalition maritime

Les combats ont repris dans plusieurs provinces ces dernières semaines, notamment à Marib, Al-Jawf, Al-Dhalea et Taëz, tandis que le pays continue de faire face à l'une des pires crises humanitaires et économiques du monde.

Les Houthis ont proclamé un blocus maritime sur l'Arabie saoudite en juillet. Le groupe a également déclaré un blocus naval de l'Arabie saoudite et ciblé des navires en mer Rouge et aux alentours. La coalition maritime de quatorze nations lancée par Riyad au même moment n'a produit, à ce stade, aucune réponse visible à l'escalade terrestre et portuaire. Ce silence opérationnel prolonge un schéma documenté depuis le retrait émirati du théâtre yéménite en janvier 2026.

Rashad al-Alimi, chef du Conseil présidentiel yéménite soutenu par l'Arabie saoudite, a informé le chargé d'affaires américain Neil Hop des développements en cours. Il a déclaré que les attaques houthies faisaient peser une responsabilité sur la communauté internationale, et en premier lieu sur les États-Unis, pour aller « au-delà du simple endiguement de la menace houthie et s'attaquer à ses sources et à ses instruments ».

Cette formulation - contenir n'est plus suffisant, il faut s'attaquer aux sources - est un appel à une escalade de la réponse. Elle traduit l'épuisement d'un gouvernement reconnu qui constate que la dissuasion diplomatique et militaire accumulée depuis 2022 n'a pas tenu.

Ce qui pourrait suivre

Le scénario le plus probable à court terme est une poursuite de l'escalade graduée sur deux axes simultanés. Les Houthis continueront de pilonner la côte ouest - Mokha, les îles du détroit de Bab el-Mandeb - tout en frappant Aramco sur le territoire saoudien à un rythme régulier. L'objectif n'est pas la victoire territoriale mais la démonstration d'endurance et l'attrition économique. Les indicateurs à surveiller sont la fréquence des frappes sur les raffineries et la réaction ou l'absence de réaction des assureurs maritimes sur les primes en mer Rouge.

Un deuxième scénario, moins probable mais à ne pas écarter, est une réponse militaire coordonnée de la coalition saoudienne incluant des frappes aériennes sur des positions de lancement houthies. Le pacte de La Mecque avec la Turquie et le Pakistan fournit le cadre juridique d'une telle réponse. Ce qui manque jusqu'ici est la volonté politique d'en assumer le coût. Les signaux à surveiller sont tout mouvement d'actifs aériens turcs ou pakistanais vers la région ou une déclaration formelle d'invocation du mécanisme de défense collective.

Un troisième scénario, structurel, est la transformation du conflit yéménite en front secondaire mais permanent de la guerre Iran-États-Unis. Dans cette configuration, les Houthis opèrent non plus comme acteur autonome mais comme bras armé régional d'une campagne coordonnée depuis Téhéran. Les frappes sur Aramco depuis le Yémen et les opérations signalées depuis le territoire irakien en coordination avec des milices locales dessinent déjà ce contour. Si ce schéma se confirme, aucune négociation intra-yéménite ne sera en mesure de stopper les hostilités sans un accord de niveau régional ou international.

« Les attaques houthies font peser une responsabilité sur la communauté internationale, et en premier lieu sur les États-Unis, pour aller au-delà du simple endiguement de la menace. »

Rashad al-Alimi, chef du Conseil présidentiel yéménite

BILAN CONSOLIDE DES FRAPPES - 9 AU 15 AOUT 2026

Port de Mokha - incendie sur les quais, infrastructures portuaires endommagées, plusieurs bateaux de pêche calcinés Victimes documentées - au moins 11 morts (dont 7 civils) et plus de 60 blessés au total sur l'ensemble des vagues de frappes Projectiles lancés - 36 missiles balistiques et 42 drones sur la côte ouest, dont 11 interceptés Front d'Al-Barh (Taëz) - 27 Houthis tués et 19 blessés selon la Résistance nationale (source non vérifiée de manière indépendante) Aramco - raffinerie de Jizan frappée le 9 août (incendie confirmé par Riyad, aucune victime), installation de Najran visée le 14 août (dommages non confirmés)

Par Abdulaziz Al-Sabri · L'Appel
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