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L’Arabie saoudite est la seule à croire encore que son accord avec le Pakistan et la Turquie pourrait lui apporter la protection dont elle a besoin

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Quarante-huit heures après la signature d'un accord de défense trilatéral présenté comme un tournant stratégique, les Houthis frappaient la raffinerie Aramco de Jizan. Le Pakistan et la Turquie n'ont pas dit un mot.

Le 7 août 2026, Mohammed ben Salmane serrait les mains d'Erdogan et de Shehbaz Sharif à La Mecque. L'encre du pacte de défense mutuelle n'était pas sèche que les drones houthis s'abattaient sur le sol saoudien. Ce qui s'est passé ensuite - ou plutôt ce qui ne s'est pas passé - dit tout sur la nature réelle de ces alliances que Riyad achète depuis des années à grand renfort de pétrodollars.

Quarante-huit heures exactement avant que le drone houthi ne s'écrase sur la raffinerie Aramco de Jizan, Mohammed ben Salmane, Recep Tayyip Erdogan et Shehbaz Sharif s'étaient tenus ensemble à La Mecque pour signer un accord stipulant qu'une attaque armée contre l'un d'eux serait considérée comme une attaque contre tous les trois.

La Turquie n'a rien dit. Le Pakistan n'a rien dit.

Ce silence n'est pas une anomalie. C'est le mode de fonctionnement normal de ces alliances, et quiconque a suivi ce dossier de près le savait avant même que l'encre sèche sur le parchemin de La Mecque.

L'expérience déjà menée - et déjà ratée

Riyad avait déjà conduit cette expérience. Son accord de défense bilatéral avec le Pakistan avait été signé en septembre 2025, quelques jours après la frappe israélienne sur des cibles Hamas à Doha. Les deux capitales affirmaient que le texte obligeait chacune à défendre l'autre.

Quand les États-Unis et Israël ont commencé à frapper l'Iran le 28 février dernier, Riyad a actionné le mécanisme. Reuters a rapporté en mai, citant cinq sources pakistanaises et saoudiennes, qu'Islamabad avait envoyé environ 8 000 soldats, seize appareils - principalement des chasseurs JF-17 fabriqués en collaboration avec la Chine, deux escadrons de drones et une batterie HQ-9 de fabrication chinoise. Les Pakistanais opèrent l'équipement. L'Arabie saoudite paie.

Deux de ces sources ont précisé que le rôle était principalement consultatif et d'entraînement. L'Iran a passé les mois suivants à frapper les raffineries saoudiennes et les aéronefs américains stationnés à la base Prince Sultan. Deux civils saoudiens ont été tués. L'escadron pakistanais est resté où il était, et Islamabad continuait d'accueillir des pourparlers entre Washington et Téhéran.

C'est là que réside la vérité nue de ces accords. L'Arabie saoudite a acheté non pas une armée alliée, mais un service de présence symbolique dont les tarifs augmentent à chaque nouveau contrat.

Une dépendance financière qui se lit comme une facture

Pour comprendre pourquoi le Pakistan dit toujours oui en signant et toujours non en agissant, il faut lire les chiffres. L'Arabie saoudite est proche de devenir le premier créancier extérieur d'Islamabad, avec plus de six milliards de dollars en prêts et dépôts ; le Pakistan, lui, possède des armes nucléaires et des effectifs militaires nettement supérieurs.

Le Pakistan a signé des protocoles d'accord pour des investissements saoudiens à hauteur de 2,8 milliards de dollars, parallèlement à un prêt de trois milliards pour consolider ses réserves. Islamabad dépend aussi des approvisionnements en pétrole saoudien pour couvrir ses besoins énergétiques.

En février dernier, il a signé avec le Fonds saoudien pour le développement un accord de report d'un an sur un paiement de 1,2 milliard de dollars pour des importations pétrolières. L'Arabie saoudite est par ailleurs partenaire clé dans la modernisation des capacités de raffinage pakistanaises, avec notamment un projet de six milliards de dollars.

Le Pakistan a déployé des forces militaires conséquentes au royaume depuis les années 1970 - parfois plus de 10 000 soldats. Riyad a en retour périodiquement accordé à Islamabad des bouées de sauvetage financières, notamment en pétrole et en prêts lors des périodes de crise économique.

Ce que les analystes appellent sobrement « coopération stratégique », c'est en réalité un système de rémunération déguisée. Islamabad loue ses soldats pour une présence qui rassure les palais saoudiens sans jamais engager le Pakistan dans un conflit réel avec l'Iran, pays avec lequel Islamabad entretient des liens aussi anciens que complexes.
Le Pakistan s'est montré très réticent à s'impliquer dans une confrontation militaire visant l'Iran, qui bénéficie d'un large soutien dans l'opinion publique pakistanaise. « Le pacte saoudien devient un problème pour nous », a confié une source proche des cercles décisionnaires militaires pakistanais au Financial Times.

La Turquie, partenaire de façade

La position d'Ankara dans ce triangle est encore plus révélatrice. L'annonce de ces trois alliés de Washington envoie un message à Téhéran, mais aussi aux États-Unis, perçus comme un partenaire de moins en moins fiable selon des experts. Traduction libre : ce pacte est d'abord un signal politique, pas un engagement militaire.

Le ministre turc des Affaires étrangères a d'ailleurs déclaré que la Turquie devrait participer à une coalition internationale pour protéger la navigation en mer Rouge des attaques houthies parce que la sécurité maritime concerne les intérêts d'Ankara. Protéger ses routes commerciales - voilà l'horizon réel de l'engagement turc, pas défendre le sol saoudien sous les drones de Sanaa.

Un responsable gouvernemental turc a d'ailleurs décrit le nouvel arrangement comme purement défensif, précisant que les parties ne s'engagent à un soutien mutuel qu'en cas d'attaque directe. Quand les drones houthis ont touché Jizan, Ankara a visiblement estimé que le critère n'était pas rempli. Ou ne voulait pas qu'il le soit.

Ce que Tel Aviv a compris avant Riyad

Les responsables israéliens ne voient aucune menace immédiate significative dans cette nouvelle alliance, la percevant avant tout comme un avertissement à l'Iran et un signe supplémentaire du déclin de l'influence américaine dans la région. Un diplomate chevronné a confié à Haaretz que ce pacte naissant n'est pas susceptible de déboucher sur une action militaire significative dans un avenir prévisible.

Un accord similaire signé entre l'Arabie saoudite et le Pakistan avant le début de la guerre américano-israélienne contre l'Iran en février n'a pas empêché Téhéran d'attaquer l'Arabie saoudite, et le Pakistan n'est pas intervenu militairement au profit de son allié.

Ce constat lucide des services israéliens constitue en soi une gifle diplomatique pour Riyad. Ses ennemis déclarent ne pas avoir peur de l'alliance que ses alliés prétendent offrir.

Yedioth Ahronoth a rapporté la vive inquiétude d'Israël face à la possibilité que l'Égypte rejoigne le pacte de défense entre la Turquie, l'Arabie saoudite et le Pakistan, le qualifiant de menace pour les accords de Camp David et de facteur de transformation de l'équilibre des forces régional. Mais c'est une inquiétude de nature politique et symbolique, Yedioth Ahronoth notant qu'en cas de confrontation régionale, Israël pourrait se retrouver face à un front uni sans le veto américain ou l'intervention directe sur lesquels il comptait auparavant.

La presse israélienne lit donc ce pacte comme une menace géopolitique de long terme - un rééquilibrage des représentations - mais pas comme une capacité militaire crédible à court terme. La nuance est capitale et dit tout sur la réalité du terrain.

2015, le premier refus - une constante ignorée

Ce que le palais saoudien semble incapable d'apprendre, l'histoire le répète depuis dix ans. En avril 2015, les parlementaires pakistanais ont voté à l'unanimité pour rester en dehors de la coalition aérienne menée par l'Arabie saoudite contre les Houthis au Yémen, un camouflet pour l'alliance.

Un haut responsable des Émirats arabes unis avait alors réagi avec colère, accusant Islamabad d'avoir choisi l'Iran plutôt que les nations du Golfe dans ce qu'il décrivait comme une confrontation existentielle. Le ministre d'État émirati aux Affaires étrangères, Anwar Gargash, avait averti le Pakistan de veiller à ses relations stratégiques avec les pays du Golfe, rappelant l'aide économique et les investissements du Golfe envers ce pays.

En 2015, Riyad avait tenté de convaincre le Pakistan de rejoindre la coalition arabe contre les Houthis. Islamabad avait refusé. Dix ans plus tard, les contrats ont changé de nom, les sommes ont augmenté, la posture est identique.

Un pacte de défense ou un plan de financement déguisé

Les accords mutuels de défense entre le Pakistan et l'Arabie saoudite - anciens ou nouveaux - sont des engagements politiques de solidarité et de coopération, mais ils ne créent pas un système de défense collective institutionnalisé et fondé sur un traité comme l'OTAN.

Au fil des décennies, l'Arabie saoudite a régulièrement fourni au Pakistan de l'aide matérielle, des prêts concessionnels et des dons financiers, l'aidant à atténuer ses crises économiques récurrentes et lui permettant de réaffecter des ressources au renforcement de ses capacités militaires et au développement de ses infrastructures.

La mécanique est limpide. Riyad finance la survie économique d'Islamabad. En échange, le Pakistan envoie des soldats qui « conseillent » et « forment », posent pour les photos officielles et rentrent chez eux quand les missiles commencent à tomber. Le pacte de défense renforce en réalité la sécurité économique du Pakistan, lui permettant de se servir de ses liens militaires pour attirer des investissements saoudiens et fournir des garanties de protection aux acteurs saoudiens souhaitant opérer sur le sol pakistanais. Chacun y trouve son compte. Sauf la sécurité réelle du royaume.

Après des échanges de tirs, les Houthis ont annoncé un blocus maritime de l'Arabie saoudite. Les affrontements se sont multipliés entre les Houthis et les forces progouvernementales soutenues par la coalition arabe quand le royaume a été directement touché par des tirs ennemis.

Riyad s'attendait à des attaques imminentes coordonnées entre les milices irakiennes et les Houthis yéménites, sous la direction des Gardiens de la Révolution iraniens. Dans ce contexte d'urgence sécuritaire réelle, les alliés de La Mecque contemplaient la scène depuis Ankara et Islamabad.

Ce qui pourrait suivre

La question que personne à Riyad n'ose formuler publiquement est pourtant la plus simple qui soit : à quel moment un accord de défense qui n'a jamais été activé cesse-t-il d'en être un ?

Le scénario le plus probable est aussi le plus amer pour le royaume. Le pacte trilatéral continuera d'exister sur le papier, de produire des déclarations solennelles à chaque nouvelle crise, et de ne déboucher sur aucune intervention militaire substantielle tant que les intérêts d'Ankara et d'Islamabad divergeront de ceux de Riyad face à l'Iran - c'est-à-dire structurellement, durablement. Les signaux à surveiller sont la tonalité des déclarations turques et pakistanaises lors de la prochaine frappe houthie sur le territoire saoudien. S'ils restent aussi silencieux que lors de Jizan, le constat sera définitif.

Un second scénario, moins probable mais pas exclu, verrait Islamabad accepter un engagement militaire limité et visible - quelques appareils affichés sur les écrans radar saoudiens - si la pression financière de Riyad s'intensifiait au point de menacer les nouvelles lignes de crédit. Ce serait une participation de façade, calibrée pour nourrir l'apparence sans risquer la confrontation.

Un troisième scénario, marginal, supposerait qu'une frappe houthie de grande ampleur - sur des infrastructures pétrolières critiques ou sur Riyad elle-même - force une réponse minimale d'Ankara ou d'Islamabad pour sauvegarder la crédibilité de l'accord. Même dans ce cas, les experts qui connaissent le dossier doutent que cette réponse soit militairement déterminante.

Ce qui ne changera pas, en revanche, c'est la logique fondamentale mise à nu par l'épisode de Jizan. Il n'y avait jamais vraiment de raison de penser autrement. Le Pakistan et la Turquie ont signé ce pacte parce que l'un en avait besoin financièrement et l'autre politiquement. L'Arabie saoudite, elle, avait besoin d'y croire.

« Le pacte saoudien devient un problème pour nous »

Source proche des cercles militaires pakistanais, Financial Times, mars 2026

LE PACTE TRILATERAL DE LA MECQUE - CE QU'IL DIT ET CE QU'IL FAIT

Signé le 7 août 2026 à La Mecque par Mohammed ben Salmane, Erdogan et Shehbaz Sharif Principe affiché - toute attaque contre l'un des trois États constitue une attaque contre tous Réalité documentée - le pacte bilatéral saoudien-pakistanais de septembre 2025 n'a pas empêché l'Iran d'attaquer l'Arabie saoudite ni le Pakistan d'intervenir 48 heures après la signature, les Houthis frappaient la raffinerie Aramco de Jizan sans réaction turque ni pakistanaise Yedioth Ahronoth qualifie l'éventuelle adhésion de l'Égypte de menace géopolitique, mais aucun analyste israélien ne croit à une activation militaire à court terme

Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
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