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L’Amérique qui fait tourner la Riviera

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Premiers de cordée, premiers en danger. Les touristes américains portent à bout de bras l'hôtellerie azuréenne - et leur recul en 2026 menace un équilibre que la France a mis dix ans à construire.

En 2025, les États-Unis sont devenus le premier marché étranger de la Côte d'Azur, avec plus de 15 % des nuitées internationales et une présence dominante dans l'hôtellerie haut de gamme. Un an plus tard, les réservations américaines vers la France plongent de 29 %. Ce qui ressemblait à un ancrage structurel révèle ses fragilités.

L'été 2025 a offert à la Côte d'Azur une image flatteuse. Les clientèles étrangères représentaient 55 % des visiteurs en juillet et plus de 58 % en août dans l'hôtellerie marchande. Au sommet de ce classement, une nationalité écrasait toutes les autres. Les États-Unis occupaient la première place pour les nuitées marchandes, confirmant leur rôle de marché essentiel à l'économie touristique azuréenne.

Les chiffres de l'Observatoire du Tourisme de la Côte d'Azur, publiés en janvier 2026, ont formalisé ce basculement. Les États-Unis sont devenus le premier marché étranger de la destination, avec plus de 15 % des nuitées internationales. Sur l'ensemble de l'année 2025, la Côte d'Azur - Alpes-Maritimes et Monaco confondus - a franchi la barre des 12 millions de touristes, une année en hausse tirée par le tourisme de loisirs et par l'afflux de visiteurs étrangers.

Il faut ici préciser ce que signifie réellement le chiffre des « plus de 50 % » que plusieurs organes de presse ont mentionné sur la Côte d'Azur. En 2025, parmi les 12 millions de touristes accueillis sur la destination, plus de 50 % sont des visiteurs étrangers - un niveau supérieur à celui observé avant la crise sanitaire. Ce sont donc les étrangers dans leur ensemble, et non les seuls Américains, qui représentent cette majorité. Les Américains, eux, dominent la hiérarchie de ces étrangers.

L'or américain, une manne mesurée mais déterminante

À l'échelle nationale, les données de l'INSEE permettent d'établir un socle factuel incontestable. En 2025, les hôtels français ont enregistré 12 millions de nuitées de touristes américains - contre 10,4 millions en 2024, soit une progression de 13,4 % en un an. La fréquentation de la clientèle en provenance des États-Unis a augmenté plus fortement que l'année précédente, à +12,9 % durant la saison estivale, portant la clientèle américaine au rang de première clientèle non résidente dans les hôtels français avec 5,3 millions de nuitées estivales.

Ce volume ne dit pas tout. Ce qui rend les Américains stratégiques, c'est leur pouvoir d'achat. Un touriste américain dépense en moyenne 170 euros par jour, contre 75 euros pour un Français. La dépense moyenne des visiteurs arrivant par avion dépasse 110 euros par jour sur la Côte d'Azur, grâce à une plus forte part d'hébergements marchands et à une clientèle estivale plus dépensière. Ce différentiel explique pourquoi les hôteliers azuréens suivent le marché américain avec une attention bien supérieure à ce que son volume brut justifierait.

L'hôtellerie haut de gamme concentre l'essentiel de cet effet. Les séjours en hôtels 4 et 5 étoiles représentent la moitié des séjours hôteliers de la Côte d'Azur, et les nuitées dans ces catégories pèsent plus de 52 % du total des nuitées hôtelières. C'est précisément dans ces segments que la clientèle nord-américaine est surreprésentée. En été 2024, les Nord-Américains avaient généré le quart des nuitées hôtelières étrangères sur la Côte d'Azur en juillet-août, arrivant en tête de toutes les clientèles internationales, devant les Britanniques et les Italiens.

Une saison 2025 record, mais une fragilité qui se dessine

Les résultats de l'été 2025 ont affiché des taux d'occupation remarquables. Avec 85 % en moyenne depuis juin, le taux d'occupation dans l'hôtellerie littorale a progressé de trois points par rapport à 2024. En juillet, le RevPar a bondi de 8 %. Août a enregistré un taux de 92 % sur les quinze premiers jours du mois, avec des pointes à 98 % lors du week-end du 15 août.

Ces chiffres ont masqué une anomalie révélatrice. Malgré des indicateurs globalement excellents sur l'hébergement marchand, l'UMIH 06 a rapporté une baisse de fréquentation de 15 à 20 % dans de nombreux restaurants, certains observant même des reculs jusqu'à 25 %. La restauration traditionnelle a été la plus affectée. L'explication est structurelle - un touriste américain qui paie 600 euros la nuit dans un palace consomme différemment d'un vacancier français qui mange en terrasse. La concentration de la richesse dans l'hôtellerie haut de gamme ne ruisselle pas uniformément sur l'économie locale.

À l'échelle de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, les données INSEE précisent le cadre. Durant la saison estivale 2025, les Alpes-Maritimes ont enregistré un total de 6,7 millions de nuitées hôtelières, dont 59,6 % réalisées par des touristes venant de l'étranger. Dans ce département, qui représente 22 % des nuitées régionales, la fréquentation a progressé de 2,3 % dans la continuité d'une hausse régulière depuis 2023, portée par une clientèle étrangère majoritaire en nette augmentation.

2026, l'année où le plancher s'est mis à trembler

Le tableau de 2025 est déjà de l'histoire ancienne. La situation de 2026 présente une géographie inversée : ce sont désormais les Américains qui fuient - non pas la France, mais les États-Unis eux-mêmes.

Pour le neuvième mois consécutif au début 2026, la fréquentation touristique des États-Unis reculait. En janvier 2026, le pays n'a accueilli que 5,41 millions de visiteurs étrangers, soit 3,5 % de moins qu'un an plus tôt. Sur l'ensemble de l'année 2025, les pertes s'élevaient déjà à 12,5 milliards de dollars de recettes touristiques.

Ce reflux américain de la consommation mondiale du voyage redistribue les flux - il ne les supprime pas. Depuis des mois, des signaux en sens inverse s'accumulent côté français. Le Syndicat des entreprises du tour operating (Seto) a révélé une baisse de 14,6 % des voyages à forfait des Français vers les États-Unis entre novembre 2024 et octobre 2025. Pour l'été 2026, les réservations avaient déjà plongé de 29 % fin décembre 2025. Ces flux rapatriés vers l'Europe constituent un réservoir potentiel pour les destinations françaises.

Mais la question symétrique reste entière - les touristes américains, eux, viennent-ils toujours ? Seulement 13 % des Français envisageaient un voyage aux États-Unis en 2026, et parmi eux, plus de la moitié hésitaient encore à le maintenir. La réciprocité est lisible dans les données de réservations transatlantiques, dont les chiffres définitifs pour l'été 2026 ne sont pas encore consolidés à la date de publication de cet article.

Ce qui est documenté, en revanche, c'est le poids politique du désenchantement. Près d'un Français sur deux se disait moins enclin à voyager aux États-Unis depuis le retour de Donald Trump au pouvoir, dont 59 % citant directement la politique conduite par le président américain. Le phénomène symétrique - des Américains renonçant à la France par hostilité aux positions européennes ou par repli sur eux-mêmes - n'est pas documenté statistiquement à ce stade, mais les professionnels du secteur le surveillent de près.

L'équation structurelle que personne ne résout

Ce que révèle l'analyse de la saison 2025, et que les communiqués officiels n'abordent pas, c'est la dépendance croissante d'un territoire à un seul marché source. La clientèle étrangère représentait désormais 40 % des nuitées hôtelières pendant les mois d'été en France - une dépendance croissante à l'international qui constitue à la fois une force et une vulnérabilité.

Sur la Côte d'Azur, cette vulnérabilité est encore plus concentrée. Le marché américain n'est pas interchangeable avec d'autres. La fréquentation aérienne en provenance d'Amérique du Nord avait bondi de 29 % en juillet 2024 par rapport à l'année précédente. Un retournement de même amplitude dans l'autre sens ferait tomber des indicateurs qui semblaient robustes.

Le World Travel & Tourism Council estimait que, si les tendances observées en début 2026 se confirmaient, 4,7 millions de visiteurs pourraient manquer aux États-Unis sur l'ensemble de l'année, pour un manque à gagner de 15,7 milliards de dollars en dépenses directes. Ce calcul vaut dans l'autre sens également. Un marché américain en repli - par choc économique, par dépréciation du dollar, par crispation politique ou par simple effet de saturation - pèserait immédiatement sur les RevPar azuréens, les taux d'occupation des palaces et les bilans des tours opérateurs travaillant en dollar.

La saison hivernale 2025-2026 a encore résisté. Les touristes américains ont fortement contribué à la réussite de la saison hivernale 2024-2025 en France, avec une hausse de 41,2 % des nuitées hôtelières atteignant 2,6 millions, au rang de deuxième clientèle étrangère après les Britanniques. Durant la saison hivernale 2026, hôtels et autres hébergements collectifs ont profité d'une clientèle européenne et américaine toujours plus nombreuse.

Mais les données estivales 2026, qui se construisent en ce moment même, constitueront le vrai test.

Ce qui pourrait suivre

Le scénario le plus probable, au regard des réservations déjà enregistrées et de la trajectoire politique, est un repli modéré de la clientèle américaine sur la Côte d'Azur durant l'été 2026 - de l'ordre de 5 à 12 % selon les segments. Les établissements haut de gamme, dont les taux d'occupation atteignaient des records en 2025, disposent d'une capacité d'absorption par le prix qui leur permettrait de compenser partiellement en volume par une hausse des tarifs. Le RevPar resterait alors stable, mais le nombre de nuitées américaines chuterait visiblement. Indicateur à surveiller - le taux de remplissage des hôtels 4 et 5 étoiles des Alpes-Maritimes dès juillet 2026.

Un deuxième scénario, moins probable mais non marginal, verrait la Côte d'Azur bénéficier d'un effet de substitution. Les Américains qui fuient leur propre pays pourraient chercher des destinations glamour hors des États-Unis - et la Riviera française est dans les premières de cette liste. Ce scénario impliquerait une clientèle américaine maintenue en volume mais avec un profil de dépense différent - des séjours plus longs, moins d'affaires, plus de loisirs. Les indicateurs à surveiller sont les durées moyennes de séjour et la part des réservations en solo ou en couple sans enfants.

Le troisième scénario, structurel et à plus long terme, est le plus préoccupant pour les professionnels : une désaffection progressive des marchés lointains à haute valeur ajoutée, couplée à une montée en charge des clientèles de proximité européennes - réelles, mais moins dépensières. Des marchés comme la Turquie (+50 %), le Japon (+35 %), la Chine (+30 %) et le Proche et Moyen-Orient (+21 %) ont affiché des hausses marquées en 2025. Leur montée en puissance constitue la seule véritable assurance contre une dépendance excessive au marché américain - à condition que les investissements de prospection suivent, ce qui n'est pas acquis.

CE QUE DISENT VRAIMENT LES CHIFFRES

L'affirmation « plus de 50 % de la fréquentation de la Côte d'Azur » est vraie, mais désigne les étrangers dans leur ensemble, non les seuls Américains.

En 2025, les États-Unis représentaient plus de 15 % des nuitées internationales de la Côte d'Azur, en faisant le premier marché étranger de la destination selon l'Observatoire du Tourisme.

Durant l'été 2025, les étrangers pesaient 55 % en juillet et 58 % en août de la fréquentation de l'hôtellerie marchande azuréenne - toutes nationalités confondues.

À l'échelle nationale, les 12 millions de nuitées américaines de 2025 représentent environ 5,5 % des 220,2 millions de nuitées hôtelières françaises.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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