Phillip Ormerod voulait seulement que la musique baisse un peu, au pub où tout le monde le connaissait
Trois marches. C'est tout ce qui séparait la scène du sol, au Crow's Nest, ce samedi 1er août, vers 22h25. Phillip Ormerod, 102 ans, ne les a pas descendues. Il les a franchies d'un coup, projeté en arrière.
Le patriarche de Llanyrafon
Né sous le règne de George V, Phillip Ormerod avait traversé la Seconde Guerre mondiale comme outilleur avant de rejoindre la marine marchande, puis de devenir dessinateur industriel jusqu'à sa retraite. Veuf depuis quarante ans, il vivait seul dans le quartier de Llanyrafon, à Cwmbran, dans la maison où il avait élevé ses enfants depuis 1960.
Deux ou trois fois par semaine, il marchait jusqu'au Crow's Nest, où les plus jeunes clients avaient pris l'habitude de lui offrir sa bière. Il y avait même fêté ses cent ans, quelques années plus tôt, entouré des habitués qui le considéraient comme une figure du quartier.
Un groupe de reprises rock, et une demande de silence
Ce samedi soir, le pub accueillait SuperHans, groupe local de reprises rock, punk et indie, habitué des scènes de la région. Selon des témoins présents, Phillip Ormerod, décrit comme affable mais parfois désorienté par sa démence, est monté sur l'estrade haute de trois marches pour demander que le volume soit baissé.
C'est à ce moment, racontent plusieurs personnes présentes, qu'il aurait été repoussé. Un témoin évoque une chute qui lui aurait brisé la hanche en dévalant les marches, un autre affirme qu'il les a franchies d'un bond avant de s'écraser directement sur le sol de la salle.
Deux semaines de soins intensifs
Transporté en urgence dans un état critique, Phillip Ormerod a passé près de deux semaines en réanimation au Grange Hospital de Llanfrechfa. La police du Gwent a confirmé jeudi 13 août qu'il n'avait pas survécu à ses blessures.
Un homme de 56 ans originaire de Llanelli a été arrêté pour coups et blessures volontaires ayant entraîné des lésions graves. Il a depuis été remis en liberté, l'enquête se poursuivant sous ce statut.
« Un homme qui avait traversé un siècle entier n'aura eu besoin, pour s'éteindre, que de trois marches et d'une poussée. »
Une famille qui espère un peu de justice
Robert Ormerod, ingénieur civil retraité, a grandi dans la maison de son père et l'a vu vieillir dans ce même quartier. Il décrit un pub qui a changé de visage au fil des décennies, autrefois fréquenté par toutes les générations sous la main ferme d'un ancien patron, aujourd'hui devenu, selon ses mots, un lieu pour la jeunesse.
Avec son frère, il nettoyait régulièrement la maison de leur père et lui achetait sa nourriture, sa vue ayant fortement décliné. La démence avait été diagnostiquée deux ou trois ans plus tôt, même si les premiers signes remontaient sans doute à plus longtemps. Le fils reconnaît que son père pouvait se montrer difficile, sans jamais imaginer que cette fragilité le conduirait jusqu'à la mort. La famille dit espérer désormais que justice soit rendue.
Le silence prudent des autorités
La commissaire chargée de l'enquête, Shelley Comley, a appelé le public à la retenue, rappelant qu'une famille endeuillée se trouve au cœur de cette procédure toujours active, et que des commentaires spéculatifs, notamment en ligne, pourraient nuire autant à ses proches qu'à l'enquête elle-même.
Le groupe SuperHans a supprimé ses pages Facebook et Instagram depuis les faits. Le Crow's Nest a de son côté relayé l'appel à témoins de la police, invitant toute personne présente ce soir-là à se manifester.
Il avait vu naître un siècle entier. Il n'aura pas survécu à une chanson qu'il voulait simplement entendre un peu moins fort.






