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Le loup perd son statut protégé, la France mise sur les tirs

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Un loup suivi par GPS scientifique abattu cet été: la nouvelle politique française entre protection affichée et destruction élargie.

227 loups: c'est le nombre que la France s'autorise désormais à abattre chaque année, sur une population totale d'environ un millier d'individus.

Une journée internationale sous tension

Ce jeudi 13 août, jour de la Journée internationale du loup, les associations réunies au sein du collectif CAP Loup ont dénoncé ce qu'elles appellent une banalisation de la destruction de l'espèce, plaidant pour une coexistence durable entre le prédateur et les activités d'élevage. Le collectif pointe en particulier les récents abattages de loups équipés de colliers GPS, utilisés pour le suivi scientifique de l'espèce, et appelle à renforcer la protection des troupeaux plutôt qu'à multiplier les tirs.

Cette mobilisation intervient six mois après un changement réglementaire majeur, resté largement sous les radars médiatiques au moment de sa publication.

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Ce qui a changé en France depuis février

Le 23 février 2026, la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, Monique Barbut, a signé, conjointement avec le ministère de l'Agriculture, un arrêté redéfinissant le statut de protection du loup en France. Le texte relève le plafond national de destruction autorisée de 19 % à 21 % de la population estimée, soit 227 individus pour 2026 sur un effectif national d'environ un millier de loups. Une clause de sauvegarde permet même de porter ce plafond jusqu'à 23 %, soit 248 animaux, si les dommages aux troupeaux se poursuivent en cours d'année.

La mesure la plus lourde de conséquences est pourtant restée relativement inaperçue: cet arrêté retire formellement le loup de la liste française des mammifères terrestres protégés, une liste qui datait de 2007. L'association de protection de la nature ASPAS a aussitôt dénoncé ce qu'elle qualifie de "coup de force" gouvernemental, ignorant selon elle les alertes de la communauté scientifique sur les risques que ce relèvement fait peser sur la conservation de l'espèce. Pour autant, retirer le loup de la liste des espèces protégées ne l'inscrit pas pour autant sur celle des espèces dont la chasse est autorisée: l'abattage reste, en théorie, encadré et limité aux circonstances prévues par le nouveau texte, non ouvert librement.

L'arrêté simplifie par ailleurs concrètement la procédure pour les éleveurs. Dans les zones considérées comme les plus exposées à la prédation, un simple courrier préalable adressé au préfet suffit désormais pour procéder à un tir de défense visant à protéger un troupeau, là où une autorisation individuelle était auparavant nécessaire. La procédure applicable aux tirs dits "de prélèvement" - réalisés indépendamment de toute attaque en cours - a elle aussi été allégée. Le texte avait été précédé d'une consultation publique menée du 27 novembre au 19 décembre 2025 et d'un avis rendu par le Conseil national de la protection de la nature le 19 novembre de la même année.

Un loup de laboratoire abattu en Haute-Savoie

C'est dans ce nouveau cadre réglementaire qu'un événement précis a cristallisé la colère des associations. Le 6 juillet 2026, une louve du massif de Blaitière-Argentière, en Haute-Savoie, a été tuée par un tir de défense. L'animal appartenait au programme scientifique Tir-Ex, conçu pour étudier l'efficacité de différentes méthodes destinées à effaroucher les loups et réduire leurs attaques sur les troupeaux, à l'aide de colliers GPS combinés à des dispositifs de vidéosurveillance permettant de comparer, en temps réel, le comportement des loups et celui des bêtes.

Le paradoxe est resté au cœur des critiques: un animal suivi précisément dans le but de mieux comprendre et de mieux prévenir les attaques peut, dans le cadre légal actuel, devenir lui-même la cible d'un tir autorisé. Ce n'est pas la première fois, selon l'association, qu'un loup porteur d'un collier scientifique est abattu depuis l'entrée en vigueur du nouveau texte - une répétition qui a fini par transformer, à ses yeux, un incident isolé en signal d'une politique publique en contradiction avec elle-même.

« Un animal suivi pour mieux comprendre et prévenir les attaques peut devenir lui-même la cible d'un tir autorisé. »

Une pression réelle sur l'élevage, reconnue par l'État lui-même

Il serait toutefois trompeur de réduire ce dossier à un simple face-à-face entre associations et éleveurs. L'arrêté du 23 février le reconnaît explicitement dans ses considérants: le loup est à l'origine, sur une part significative du territoire national, de dommages importants aux élevages domestiques, se traduisant chaque année par l'indemnisation d'environ onze mille animaux victimes de prédation. Une réponse gouvernementale communiquée à l'Assemblée nationale a par ailleurs précisé qu'en 2025, dans les massifs alpins, le nombre d'animaux touchés par la prédation avait progressé de plus de 4 %, alors même que le nombre d'attaques reculait de plus de 2 % sur la même période - signe que les attaques, moins nombreuses, deviennent en moyenne plus meurtrières lorsqu'elles surviennent. Ce niveau de dommages demeure néanmoins inférieur de plus de 25 % à celui observé en 2017, année de référence pour mesurer l'évolution du phénomène.

Le gouvernement présente ce relèvement non comme un renoncement à la conservation de l'espèce, mais comme un outil de régulation censé répondre à la progression du loup à l'échelle européenne et à la pression croissante qu'elle exerce sur les territoires d'élevage les plus exposés.

La coexistence, une option qui reste sur la table

Les associations de défense du loup ne nient pas la réalité des dégâts subis par les éleveurs; elles contestent la hiérarchie des réponses apportées. Parmi les alternatives mises en avant figurent le renforcement de la surveillance des troupeaux, le regroupement nocturne des bêtes, la présence humaine rapprochée, les clôtures et barrières adaptées, ainsi que les chiens de protection - autant de démarches jugées exigeantes par leurs promoteurs mêmes, mais qu'ils estiment insuffisamment soutenues, accompagnées et anticipées, reléguées selon eux au second plan derrière une logique de tir jugée plus rapide mais moins durable.

Le programme Tir-Ex illustre, à sa manière, cette tension: conçu précisément pour tester des méthodes d'effarouchement non létales et affiner la compréhension scientifique du comportement du loup face aux troupeaux, il a vu l'un de ses sujets d'étude abattu quelques mois après le lancement du nouveau cadre réglementaire - un contraste que les défenseurs de l'espèce jugent révélateur des priorités réellement à l'œuvre sur le terrain, malgré les intentions affichées de la politique publique.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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