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Bab al-Mandeb sous les missiles – le Yémen gouvernemental pris en tenaille entre les frappes houthies et l’escalade régionale

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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En moins de quatre jours, les milices houthies ont frappé une base militaire yéménite aux portes du détroit, ciblé la raffinerie Aramco de Jizan et coulé un cargo en mer Rouge - six morts, dix blessés, et une géographie du feu qui se resserre sur le passage maritime le plus stratégique du monde.

Du gouvernorat d'Ibb au détroit de Bab al-Mandeb, une salve de frappes houthies délivrées entre le 9 et le 13 août 2026 dessine une offensive en plusieurs fronts - terrestres, maritimes, pétroliers. Le directeur de la moughataa de Dhubab confirme que des missiles ont visé des installations militaires et des villages civils à quelques kilomètres du passage vers la mer d'Oman. Sur mer, un cargo égyptien coule, et ses rescapés sont atteints par une deuxième frappe au moment même des secours. Dans le même temps, la Résistance nationale yéménite riposte sur la jebha du Barh - et les Houthis y comptent leurs morts.

Dans la nuit du 12 au 13 août 2026, des sources militaires et locales yéménites ont signalé une salve de missiles houthis visant le secteur de la Hariqiya, dans la moughataa de Dhubab, gouvernorat de Taiz, à quelques kilomètres du détroit de Bab al-Mandeb. Des témoins oculaires situés à l'ouest du gouvernorat de Dhalia ont décrit la trajectoire des projectiles traversant leur ciel - tir effectué, selon ces sources, depuis la moughataa d'al-Oud, dans le gouvernorat d'Ibb, au centre du Yémen.

Abdulqawi al-Wajih, directeur de la moughataa de Dhubab, a confirmé à L'Appel que les milices houthies ont conduit un bombardement de missiles ciblant des infrastructures vitales ainsi que des villages habités dans sa circonscription. Il n'a pas précisé le bilan humain immédiat, et aucune autorité sanitaire yéménite n'avait encore communiqué de chiffre de victimes au moment de la publication de cet article.

Un détroit, trois fronts simultanés

La frappe sur Dhubab ne constitue pas un incident isolé. Elle s'inscrit dans une offensive à plusieurs branches déclenchée dès le 9 août. Ce jour-là, les Houthis ont frappé simultanément la raffinerie Aramco de Jizan avec un drone de précision et la ville portuaire de Mokha avec des missiles balistiques, faisant onze morts.

Un incendie s'est déclaré tôt le matin dans une installation appartenant à la compagnie pétrolière d'État saoudienne Aramco, dans la ville côtière de Jizan. Les autorités ont indiqué que l'incendie avait été maîtrisé et qu'aucune victime n'était à déplorer. Le ministère saoudien de l'Énergie a précisé que l'incident concernait une installation de la raffinerie Aramco à Jizan et que les autorités compétentes avaient conduit les procédures nécessaires pour y faire face. Le ministère n'a pas indiqué la cause de l'incendie.

Du côté houthi, la revendication a été immédiate. Le porte-parole militaire du mouvement, Yahya Saree, a affirmé que l'installation avait été visée par un drone. Le groupe « a réussi à cibler la raffinerie Aramco à Jizan avec un drone, et la frappe a été précise », a-t-il écrit sur X.

Saree a précisé que cette opération avait été menée en représailles à ce que les Houthis ont qualifié d'incursions de drones saoudiens dans l'espace aérien des provinces yéménites de Hajjah et de Saada. Ce motif invoqué - la violation de l'espace aérien - est désormais la justification systématique de chaque frappe transfrontalière, un cadrage narratif qui transforme l'offensive en réponse défensive pour les audiences intérieures et internationales.

La raffinerie de Jizan traite 400 000 barils de brut par jour et se situe dans une région où les frappes transfrontalières houthies sont une réalité persistante depuis le début de la guerre au Yémen. Le groupe a également revendiqué des attaques contre des installations Aramco à Jizan le mois précédent, ainsi que des frappes sur des installations pétrolières à Yanbu, grand terminal d'exportation saoudien sur la mer Rouge.

Le Tihamah, cargo des morts à double frappe

Le clou opérationnel de cette séquence n'est pourtant pas terrestre. Le gouvernement yéménite reconnu internationalement a accusé le groupe houthi d'avoir tué au moins six personnes et blessé dix autres dans une double frappe contre un cargo dans le détroit de Bab al-Mandeb.

L'attaque contre le cargo égyptien Tihamah, le mardi 12 août, constitue les premiers décès liés au transport maritime attribuables aux Houthis alignés sur l'Iran depuis que les États-Unis et Israël ont déclenché la guerre contre l'Iran le 28 février.

Le ministère yéménite des Transports a précisé que trois ressortissants pakistanais et un ressortissant indonésien avaient péri après que les Houthis ont tiré trois missiles balistiques sur le cargo commercial, provoquant un incendie et causant des « dégâts considérables » au bâtiment.
La mécanique de cette attaque est particulièrement révélatrice. La garde côtière yéménite a indiqué dans une déclaration distincte que les Houthis ont tiré un autre missile sur le navire alors que les secouristes évacuaient les morts et les blessés. « L'attaque a touché le site de l'opération de secours et a entraîné des morts et des blessés parmi les forces participant à l'intervention », a déclaré la garde côtière.

Cette double frappe - première salve pour couler, seconde pour tuer les sauveteurs - correspond à une tactique documentée dans plusieurs conflits contemporains. Son emploi ici signale une intention délibérée de maximiser les pertes humaines et de décourager tout sauvetage, non un tir d'opportunité.

L'agence de presse houthie Saba a de son côté indiqué que le groupe avait attaqué un navire saoudien transportant du matériel militaire à Bab al-Mandeb. Elle n'a pas nommé le navire, et Riyad n'a pas immédiatement répondu à ce rapport. La contradiction entre les deux versions - cargo civil égyptien selon Sanaa, transport militaire saoudien selon les Houthis - est un marqueur classique de la guerre narrative que se livrent les deux camps sur chaque incident maritime.

La géographie du feu - Ibb, Dhalia, Dhubab

La trajectoire des missiles tirés vers la Hariqiya, telle que décrite par les témoins de Dhalia, révèle une réalité militaire que les communiqués officiels n'énoncent jamais clairement. Ibb se situe au cœur du Yémen - un tir depuis al-Oud traversant le ciel de Dhalia pour atterrir à Dhubab couvre plusieurs centaines de kilomètres et implique des systèmes de missiles à portée intermédiaire, non des roquettes artisanales.

Un porte-parole militaire du gouvernement houthi à Sanaa a indiqué que les attaques menées dans la zone avaient mobilisé « un grand nombre de missiles balistiques et de drones ».

Dhubab est le port yéménite sur le détroit de Bab al-Mandeb, et son contrôle constitue un enjeu stratégique décisif dans la guerre contre les rebelles houthis. En tant que port le plus méridional de la côte yéménite de la mer Rouge, sa maîtrise est une composante essentielle de la protection de la navigation dans Bab al-Mandeb, corridor vital pour une part considérable du commerce mondial.

Frapper le complexe militaire de la Hariqiya dans cette moughataa revient à tester la résistance du verrou qui contrôle l'entrée sud de la mer Rouge - un signal adressé simultanément aux forces gouvernementales yéménites, à Riyad et aux marines des puissances occidentales qui surveillent le détroit.

Le Barh - quand la Résistance nationale frappe à son tour

Pendant que les missiles houthis s'abattaient sur Dhubab et sur le Tihamah, les forces de la Résistance nationale menaient sur le front terrestre de la jebha du Barh, dans la moughataa de Maqbana à l'ouest du gouvernorat de Taiz, une série de frappes d'artillerie et d'attaques par drones contre des positions, des états-majors et des véhicules houthis - une contre-offensive en trois jours consécutifs dont le bilan, selon l'état-major de la Résistance nationale, dépasse vingt-sept tués et dix-neuf blessés dans les rangs adverses.

Les forces de la Résistance nationale ont visé des positions et des fortifications houthies dans la jebha du Barh, dans la moughataa de Maqbana à l'ouest du gouvernorat de Taiz. Le commandement militaire a signalé que les tirs avaient déclenché des incendies dans plusieurs positions et véhicules ciblés, tandis que des sources locales faisaient état d'une confusion dans les rangs houthis, les blessés affluant depuis les fronts du Sahel occidental vers les hôpitaux de Sanaa.

Les brigades houthies dites « 14e Samad » et « 155e infanterie » ont subi des pertes particulièrement lourdes. Selon le communiqué de l'état-major de la Résistance nationale, les frappes contre la première formation ont tué et blessé plusieurs combattants, parmi lesquels le commandant de la brigade et le commandant de son bataillon. Le lendemain, une nouvelle vague d'attaques a fait plus de dix morts et blessés supplémentaires dans les rangs houthis. Les frappes contre le poste de commandement de la brigade « 155e infanterie » ont quant à elles tué quatre membres de la garde et blessé deux autres, dont le commandant de la brigade lui-même.

Le mercredi 13 août, le gouvernement yéménite a annoncé avoir conduit des frappes d'artillerie et des attaques par drones contre des positions et des rassemblements houthis dans plusieurs gouvernorats. La télévision d'État yéménite a rapporté que plusieurs combattants houthis avaient été tués et blessés lors de tirs d'artillerie contre des rassemblements et des renforts du groupe autour du marché al-Fakhir dans la partie nord du gouvernorat de Dhalia.

La Résistance nationale est placée sous le commandement de Tariq Saleh, membre du Conseil de direction présidentiel et neveu de l'ancien président Ali Abdallah Saleh. Tariq Saleh s'est rendu à la salle des opérations centrale de ses forces sur le Sahel occidental après l'attaque houthie sur Mokha, déclarant que l'agression « ne passerait pas sans réponse ». Il a affirmé que « la situation opérationnelle et sécuritaire dans la ville et le port de Mokha ainsi que dans les positions et les fronts du Sahel occidental est sous contrôle total », assurant que les forces armées se trouvaient « au plus haut niveau de préparation sur l'ensemble de leurs fronts ».

Ces chiffres de pertes émanent exclusivement de l'état-major de la Résistance nationale et n'ont pas été corroborés par une source indépendante. Les Houthis n'ont émis aucun communiqué reconnaissant ces pertes - un silence qui constitue en lui-même une information, les communiqués de Sanaa ne reconnaissant jamais leurs pertes en temps réel.

Le contexte régional qui rend cette escalade possible

L'attaque sur Mokha, dont le port se situe à proximité immédiate du détroit de Bab al-Mandeb dans le gouvernorat de Taiz, compte parmi les frappes les plus significatives qu'ait connues la région depuis le début de la trêve de 2022, dans un contexte de remontée militaire entre le gouvernement yéménite et les Houthis depuis le début du mois de juillet.

L'escalade au Yémen fait suite à l'effondrement de la trêve qui avait tenu pendant plusieurs années dans la guerre civile entre les Houthis et le gouvernement reconnu internationalement soutenu par Riyad. La rupture de la trêve onusienne de 2022 a suivi une frappe aérienne saoudienne sur la piste de l'aéroport de Sanaa le 13 juillet, empêchant l'atterrissage d'un vol iranien transportant une délégation houthie de haut rang.

Les Houthis ont attaqué la raffinerie Aramco de Jizan deux jours après que le Royaume a signé un pacte de défense avec la Turquie et le Pakistan en réponse à l'instabilité régionale croissante générée par la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Le calendrier de la frappe n'est pas anodin - cibler Aramco quarante-huit heures après la formalisation de cette alliance trilatérale constitue un message politique autant qu'une opération militaire.

Malgré les perturbations, Bab al-Mandeb demeure la seule route pétrolière viable, avec une trentaine de tankers stationnés près du port saoudien de Yanbu actuellement à portée de frappe houthie. Les Houthis ont déclaré un embargo maritime contre l'Arabie saoudite, menaçant de couper les exportations pétrolières du Royaume par la mer Rouge et Bab al-Mandeb. Ces exportations constituent une soupape de sécurité cruciale pour les marchés pétroliers mondiaux, alors que l'Iran attaque des tankers dans le détroit d'Ormuz.

L'encerclement stratégique est donc complet sur le plan conceptuel - si les Houthis tiennent simultanément la menace sur Bab al-Mandeb depuis le territoire yéménite et frappent les raffineries saoudiennes qui alimentent les exportations de substitution, ils disposent théoriquement d'un levier de pression sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement énergétique régionale. La riposte de la Résistance nationale au Barh, aussi documentée soit-elle sur le plan des pertes infligées, ne modifie pas cette équation stratégique - elle signale simplement que le front terrestre de Taiz reste actif, disputé, et capable de saigner les deux camps.

« L'attaque a touché le site de l'opération de secours et a entraîné des morts et des blessés parmi les forces participant à l'intervention. »

Garde côtière yéménite, 12 août 2026

CE QUE LES CHIFFRES OFFICIELS NE DISENT PAS

Le bilan de la double frappe sur le Tihamah varie selon les sources - six morts et dix blessés selon le gouvernement yéménite, quatre marins tués selon le ministère des Transports (trois Pakistanais et un Indonésien). La divergence s'explique probablement par le fait que la deuxième frappe, celle qui a visé les sauveteurs, a ajouté des victimes militaires aux victimes civiles du premier impact. Reuters a confirmé l'incident auprès de deux sources de la garde côtière yéménite et de deux responsables militaires gouvernementaux.

Le bilan du bombardement de Dhubab reste indéterminé à l'heure de publication - ni les autorités sanitaires locales ni les organisations humanitaires présentes dans la zone n'avaient encore communiqué de chiffre de victimes civiles.

La raffinerie Aramco de Jizan, d'une capacité de 400 000 barils par jour, a subi au moins trois frappes houthies en l'espace de six semaines selon les revendications du groupe. Le PDG d'Aramco, Amin Nasser, a déclaré que les attaques avaient provoqué quelques perturbations de production sans impact financier ou opérationnel significatif - une affirmation que les analystes pétroliers indépendants n'ont pas pu vérifier.

Les pertes houthies revendiquées au Barh - 27 tués et 19 blessés sur trois jours - émanent exclusivement de l'état-major de la Résistance nationale. Sources indépendantes absentes. Les Houthis n'ont émis aucun commentaire.

Par Abdulaziz Al-Sabri et Sana Seef · L'Appel
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