Une actrice pornographique allemande photographiée avec un pistolet-mitrailleur dans les locaux de la police, une enquête administrative ouverte.
Sous le portrait officiel d'Emmanuel Macron, un commandant divisionnaire enlace sa visiteuse - une photo qui lui vaut aujourd'hui une enquête administrative.
Une visite du 26 juin qui refait surface
Le 26 juin dernier, Éric Dietemann, commandant divisionnaire à la tête du commissariat de Saint-Louis/Huningue, dans le Haut-Rhin, reçoit dans ses locaux une actrice pornographique allemande connue sous le nom de scène de Lara Cumkitten. En poste depuis 2021 à la tête de cette circonscription de sécurité publique, qui compte 53 fonctionnaires, l'officier publie ensuite un cliché de cette rencontre sur son compte Instagram: on l'y voit, dans son propre bureau, passer un bras autour des épaules de sa visiteuse, vêtue d'un polo bleu marine floqué du logo de la police nationale - le tout sous le portrait officiel du président de la République.
"Qui a dit qu'on ne faisait pas de rencontre intéressante dans la police... ?", commente-t-il alors en légende. La photo sera par la suite supprimée et son compte Instagram restreint - mais pas avant d'avoir été capturée et diffusée.
Un uniforme, une voiture, un pistolet-mitrailleur
C'est sur le compte Instagram de l'actrice elle-même que l'affaire prend une tout autre dimension. Trois autres clichés de sa visite y apparaissent: on l'y voit installée au volant d'un véhicule de police sérigraphié, en tenue, puis manipulant un lanceur de balles de défense, avant une dernière image où elle porte, sanglé en travers du buste, un pistolet-mitrailleur de type HK UMP9. Cette dernière publication, géolocalisée à Saint-Louis et datée du 1er juillet, décrit la visite comme un "stage très intéressant" auprès de la police nationale - une présentation de l'intéressée elle-même, qu'aucune source officielle n'a pour l'heure confirmée comme un dispositif réellement encadré.
C'est précisément ce deuxième volet - l'accès d'une civile à un véhicule, un uniforme et une arme de service - qui transforme une photo maladroite en question institutionnelle: qui a autorisé cet accès, et dans quelles conditions?
« Qui a autorisé cet accès à un véhicule, un uniforme et une arme de service, et dans quelles conditions? »
Ce que dit le code de déontologie
L'affaire, révélée par Le Canard enchaîné dans son édition du 12 août sous le titre "Dans le Haut-Rhin, un poulet joue les cochons", place l'officier en porte-à-faux avec l'article R. 434-12 du code de la sécurité intérieure. Ce texte dispose que le policier "ne se départ de sa dignité en aucune circonstance" et doit s'abstenir, y compris en dehors du service et sur les réseaux sociaux, de "tout acte, propos ou comportement de nature à nuire à la considération portée à la police nationale".
Sollicité par Le Canard enchaîné, le commandant divisionnaire n'a pas donné suite. Interrogée par La Dépêche, la direction générale de la police nationale a confirmé qu'une enquête administrative était en cours, destinée à établir d'éventuels manquements déontologiques. La préfecture du Haut-Rhin a précisé que ses conclusions permettront de déterminer les éventuelles suites disciplinaires à donner - sans indiquer si une mesure de suspension provisoire avait été prise à l'encontre de l'officier. Aucune procédure judiciaire n'a, à ce stade, été annoncée.
Une question de fonction, pas de morale
Il faut le souligner: l'enquête ne porte pas sur la profession de la visiteuse, mais sur l'usage qui a été fait de moyens et de locaux publics, et sur la responsabilité propre d'un chef de service. Le Conseil d'État a déjà eu l'occasion de rappeler que certains comportements privés d'un policier peuvent constituer une faute disciplinaire dès lors qu'ils nuisent à la réputation de l'institution - une exposition d'autant plus scrutée lorsqu'elle concerne un cadre exerçant une responsabilité d'encadrement et de supervision.
L'enquête administrative pourra déboucher soit sur un classement sans suite, soit sur une sanction disciplinaire, dont la nature dépendra des faits établis, du degré de responsabilité retenu et du préjudice porté à l'image de l'institution. Tant que ses conclusions ne sont pas rendues, la prudence s'impose: rien ne permet, à ce jour, d'affirmer que l'officier a été suspendu ou sanctionné.






