Chiens, chats, oiseaux et zoos scientifiques: ce que l'on sait vraiment du comportement animal pendant une éclipse.
Deux minutes de nuit artificielle: c'est le temps qu'il faut à certains oiseaux pour croire qu'une nouvelle journée s'achève.
Un crépuscule qui trompe la faune
Ce mercredi 12 août, l'Europe vit sa première éclipse solaire totale visible depuis le continent depuis 1999. Si la bande de totalité traverse le Groenland, l'Islande et le nord de l'Espagne, la France métropolitaine assiste, elle, à une éclipse partielle particulièrement marquée: jusqu'à plus de 90 % du disque solaire occulté dans plusieurs régions, un maximum attendu en toute fin de journée alors que le Soleil est déjà bas sur l'horizon ouest.
Pour les humains, la consigne est connue: lunettes certifiées ISO 12312-2 obligatoires pour toute observation directe. Pour la faune, la question est différente. Les observations accumulées depuis des siècles montrent que beaucoup d'espèces interprètent la baisse brutale de lumière comme un crépuscule soudain: les oiseaux cessent de chanter, certains regagnent leurs abris, tandis que des insectes habituellement nocturnes commencent à s'activer.
Ce que mesure la science
Une étude publiée dans la revue Science à partir de l'éclipse totale nord-américaine du 8 avril 2024 a quantifié ce phénomène à grande échelle. Les chercheurs ont combiné plus de 10 000 observations participatives et près de 100 000 vocalisations d'oiseaux analysées par intelligence artificielle. Résultat: plus de la moitié des espèces observées ont modifié leur rythme biologique durant l'épisode, certaines entonnant même un "chœur de l'aube" une fois l'éclipse terminée, comme si une nouvelle journée venait de commencer.
Le sujet reste pourtant peu documenté à l'échelle du continent. Faute de données suffisantes, des chercheurs espagnols profitent de cette éclipse du 12 août pour mener une expérience comparative dans deux parcs zoologiques du sud de l'Espagne, l'un à Valence, l'autre à Fuengirola, en Andalousie: l'objectif est de comparer les réponses vocales et comportementales de plusieurs espèces avant, pendant et après le phénomène. "Les animaux sauvages sont très rythmés par la photopériode", c'est-à-dire la durée quotidienne d'exposition à la lumière, expliquent des naturalistes qui observent la faune tout au long de l'année, notant que les animaux sont habitués aux variations progressives du jour, non à un changement aussi brutal.
« Les animaux sauvages sont très rythmés par la photopériode, c'est-à-dire la durée quotidienne d'exposition à la lumière. »
Chiens et chats: une inquiétude surtout comportementale Pour les animaux de compagnie, les vétérinaires se veulent rassurants. Un animal vivant à l'intérieur devrait être globalement peu perturbé par l'éclipse elle-même. Les réactions les plus fréquentes restent comportementales et de courte durée: agitation, halètement, gémissements, aboiements, recherche de contact, ou à l'inverse volonté de se cacher. Chez le chat, on observe parfois un retrait, une nervosité accrue, un miaulement inhabituel, voire une agressivité défensive si l'animal se sent piégé.
Selon des spécialistes interrogés par la Texas A&M School of Veterinary Medicine, la chute rapide de luminosité peut désorienter certains animaux, en particulier ceux qui associent l'assombrissement du ciel à l'arrivée d'un orage. Les chiens déjà sensibles aux tempêtes ou aux feux d'artifice sont donc les plus susceptibles de réagir fortement. L'épisode reste toutefois bref, et aucune conséquence durable n'a été démontrée chez les animaux domestiques.
Le facteur de stress le plus important pourrait en réalité venir des humains eux-mêmes plutôt que du ciel: déplacements, rassemblements, cris et agitation autour de l'observation, changement de routine - autant d'éléments susceptibles d'inquiéter un chien ou un chat davantage que l'éclipse en elle-même. Les vétérinaires déconseillent donc d'emmener son animal dans un lieu très fréquenté pour observer le phénomène, surtout s'il supporte mal la foule ou le bruit.
Pas de lunettes pour les animaux
Contrairement aux humains, chiens et chats n'ont généralement pas besoin de protection oculaire: ils ne fixent pas spontanément le Soleil. Il ne faut en revanche ni les inciter à regarder vers le ciel, ni leur imposer des lunettes qui risqueraient surtout de les stresser inutilement. La recommandation la plus simple reste de les garder dans un environnement familier, avec de l'eau, un couchage accessible et, éventuellement, un jouet ou une friandise pour détourner leur attention.
Pour les chats, mieux vaut les maintenir à l'intérieur pendant l'événement, en particulier en ville ou à proximité de routes: une réaction de peur peut provoquer une fuite, un accident ou une bagarre avec un autre animal. Chez le chien, une promenade calme organisée avant ou après le maximum de l'éclipse est préférable à une sortie au moment le plus animé du phénomène.
Un ciel dégagé attendu, une fenêtre d'observation courte
Météo-France se montrait optimiste à l'approche de l'événement, prévoyant un ciel généralement dégagé sur la majorité des régions françaises, ce qui devait permettre une observation dans de bonnes conditions aussi bien pour les curieux que, indirectement, pour les scientifiques qui espèrent capter les réactions de la faune. En Occitanie par exemple, le phénomène devait débuter vers 19h30 pour atteindre son maximum aux alentours de 20h30 - une fenêtre suffisamment brève pour qu'il faille rester attentif afin de percevoir d'éventuels changements de comportement chez les oiseaux, les insectes ou les animaux domestiques.
Qu'il s'agisse d'un chien anxieux au fond du jardin ou d'un chercheur équipé de micros dans un zoo andalou, le constat reste le même: quelques minutes suffisent à brouiller les repères d'un monde animal réglé, depuis toujours, sur la lumière du jour.






