Derrière la campagne de déchéance de nationalité la plus massive de l'histoire récente du Golfe, un pouvoir sans contrepoids, une purification silencieuse du corps citoyen et une communauté internationale qui regarde ailleurs.
Plus de 71 000 personnes rayées de la liste des citoyens koweïtiens depuis août 2024 - et le compteur tourne encore. Des décrets signés par décision d'émir, sans parlement, sans juge, sans recours réel. Des femmes, des enfants, des familles entières transformées en étrangers du jour au lendemain dans le pays où ils sont nés. La réponse internationale se réduit à des communiqués polis. L'analyse approfondie de ce qui se passe réellement au Koweït.
Le chiffre a été rendu public en avril 2026 par le Newsroom Initiative, un agrégateur indépendant qui suit les décrets publiés dans la Gazette officielle du Koweït. Le nombre de dossiers de révocation avait atteint 71 059 au 15 avril 2026, soit 4,6 % de la population officielle de citoyens koweïtiens, estimée à 1,545 million de personnes. Ce chiffre brut est lui-même trompeur en soi. Il ne reflète pas le tableau complet, car les effets de la révocation s'étendent au-delà des individus nommément visés jusqu'aux épouses, aux enfants et aux petits-enfants qui avaient obtenu la nationalité par filiation. Un universitaire koweïtien spécialisé en affaires politiques, qui a accepté de s'exprimer sous couvert d'anonymat, a fourni une estimation glaçante à New Lines Magazine : « Le chiffre pourrait atteindre entre 250 000 et 300 000 personnes », si l'on comptabilise les personnes dépendantes. Ce serait, selon la même source, un Koweïtien sur cinq contraint de perdre sa nationalité.
Aucun État démocratique ne produit de tels chiffres. Le Koweït n'est plus, depuis mai 2024, un État démocratique au sens procédural du terme.
Le coup constitutionnel qui a tout rendu possible
La mécanique juridique de cette purification administrative ne s'est pas mise en place spontanément. Elle a exigé, en amont, la destruction des verrous institutionnels qui auraient pu l'entraver. La séquence est aussi rapide qu'éloquente.
Le 15 février 2024, l'émir Mishal al-Ahmad al-Jaber al-Sabah dissout une première Assemblée nationale, invoquant des propos jugés inconstitutionnels tenus par un député. Des élections sont organisées en avril 2024 - les quatrièmes en autant d'années - et ramènent au parlement une large part des mêmes élus. L'émir retarde d'un mois entier la convocation de cette nouvelle chambre. Puis, le 10 mai 2024, sans qu'elle ait pu siéger une seule fois, il la dissout à son tour par décret et suspend le même jour plusieurs dispositions constitutionnelles fondamentales. Deux parlements dissous en moins de trois mois. Le second liquidé avant même d'avoir tenu sa première séance.
Dans une allocution télévisée, l'émir a déclaré qu'au cours de ces quatre années, « une révision complète du processus démocratique aura lieu ». Selon le décret émiral, l'émir et le gouvernement assumeront les responsabilités de l'Assemblée nationale, fusionnant de fait les pouvoirs législatif et exécutif pendant cette période transitoire. Ce n'est pas la première fois que le Koweït efface son parlement. Il s'agit de la troisième fois dans l'histoire du pays que ce cas de figure se produit - les précédents épisodes s'étaient produits de 1976 à 1981, puis de 1986 à 1991. Mais jamais le vide parlementaire n'avait été aussitôt comblé par une campagne de dénationalisation d'une telle envergure.
Le mécanisme est limpide. La crise a débuté après la dissolution de l'Assemblée nationale et la suspension de dispositions constitutionnelles fondamentales en mai 2024, une mesure qui a permis au pouvoir exécutif d'adopter des amendements à la loi sur la nationalité par décrets, en l'absence de tout contrôle parlementaire ou débat public. Autrement dit, la loi sur la nationalité a été réécrite par ordonnance, dans l'ombre, par les mêmes hommes qui signaient ensuite les décrets de déchéance.
Une progression arithmétique que les autorités ne dissimulent plus La montée en puissance de la campagne suit une courbe documentée. Plus de 35 000 personnes avaient été privées de leur nationalité à la fin de 2024, un chiffre qui était passé à environ 42 000 en mars 2025, pour atteindre quelque 50 000 en août de la même année. Et la machine ne s'est pas arrêtée. La séquence des décrets publiés en juin 2026 illustre la méthode industrielle adoptée. Le décret 92 de 2026 visait à lui seul 1 594 personnes privées de leur nationalité ainsi que celles qui l'avaient obtenue par dépendance ; le décret 93 en concernait 491 supplémentaires. Ce mécanisme de dépendance élargit considérablement la portée réelle des décisions : dans le système koweïtien, la perte de nationalité du titulaire principal peut affecter les conjoints, les enfants ou les personnes ayant acquis leur statut par affiliation familiale.
Ce que les communiqués officiels omettent de préciser, c'est que la justification invoquée n'est pas toujours la fraude. Dans certains cas, les médias d'État n'ont indiqué comme motif de révocation que la notion d'intérêt « supérieur » de l'État, une catégorie large qui n'est pas toujours accompagnée d'une explication publique détaillée. Quand la notion d'« intérêt supérieur de l'État » devient un motif suffisant pour effacer la citoyenneté de quelqu'un, le droit n'est plus qu'un habillage rhétorique de la décision arbitraire.
Les femmes, chair à canon de la purification
La dimension de genre de cette crise est l'un de ses aspects les mieux documentés et les moins commentés à l'échelle internationale. Sur les plus de 37 000 personnes déchues de leur nationalité depuis août 2024, au moins 26 000 étaient des femmes, selon des données officielles compilées par l'AFP. La raison est mécanique : les nouvelles mesures ont aboli la naturalisation par mariage, qui n'était accessible qu'aux femmes, en retirant leur nationalité à toutes celles qui l'avaient obtenue depuis 1987.
De nombreuses personnes touchées sont des femmes qui avaient acquis la nationalité koweïtienne par mariage en vertu de l'article 8 de la loi, lequel a depuis été abrogé. Une autre disposition du décret-loi 52 aggrave cette vulnérabilité: une Koweïtienne ayant acquis la nationalité par mariage la perd désormais automatiquement au décès de son époux ou en cas de divorce, dès lors que le couple n'a pas eu d'enfants. Ces femmes ne sont pas des usurpatrices - elles ont suivi une procédure légale en vigueur au moment de leur naturalisation. L'État leur retire rétroactivement ce qu'il leur avait lui-même accordé. Cette disparité laisse les enfants de femmes koweïtiennes particulièrement vulnérables à l'apatridie, leur statut de nationalité restant incertain.
Le sort des personnes concernées est brutal dans sa concrétude. Des rapports émanant de personnes touchées font état non seulement de licenciements abrupts, mais aussi de comptes bancaires gelés et d'obstacles à l'accès à l'éducation et aux soins de santé, des conséquences qui s'étendent sur plusieurs générations. Qualifiées d'« étrangères expulsables » au Koweït, ces femmes vivent dans une peur permanente.
La citoyenneté comme dividende pétrolier - et comme coût à réduire Pour comprendre l'enjeu économique sous-jacent, il faut rappeler ce que représente réellement la nationalité koweïtienne. La citoyenneté koweïtienne ouvre l'accès à des prestations étatiques généreuses - soins de santé et éducation gratuits, emploi dans le secteur public, logement subventionné, prêts au mariage sans intérêts et rations alimentaires mensuelles. La richesse pétrolière du pays, le Koweït détenant environ 7 % des réserves mondiales prouvées, sous-tend un revenu par habitant parmi les plus élevés au monde, faisant de la nationalité koweïtienne un avantage économique considérable.
Avec une population citoyenne d'un peu plus de 1,5 million de personnes sur environ 4,5 millions de résidents, les Koweïtiens sont minoritaires dans leur propre pays. Pourtant, la citoyenneté y est hautement prisée. Dans ce contexte, la question que les autorités koweïtiennes se gardent bien de formuler publiquement mérite d'être posée frontalement : la réduction du nombre de bénéficiaires du contrat social pétrolier constitue-t-elle un dividende budgétaire inavoué de cette campagne ?
Rien ne permet aujourd'hui d'affirmer que tel est l'objectif déclaré du gouvernement. Mais le calcul est visible. Chaque citoyen en moins représente des décennies de droits sociaux, d'emplois publics, de retraites et de subventions en moins à financer. Dans un État où les dépenses publiques augmentent et où la dépendance aux hydrocarbures est structurelle, l'arithmétique de la déchéance de nationalité n'est pas étrangère à l'arithmétique budgétaire - même si elle n'est jamais présentée comme telle.
L'architecture d'un pouvoir sans filet
La Commission suprême chargée d'examiner la nationalité koweïtienne, présidée par des personnalités de haut rang telles que le cheikh Fahad Yusuf Saud al-Sabah, se trouve au cœur de ce dispositif. Ce nom de « Commission suprême » sonne comme une garantie d'impartialité. Il n'en est rien. Cette transformation politique est survenue après la suspension des garanties constitutionnelles, les décisions relatives à la nationalité étant concentrées entre les mains d'une Commission suprême sans contrôle réel.
Ces révocations ont été menées sans contrôle judiciaire ni voie de recours, soulevant de graves préoccupations juridiques et relatives aux droits humains. Une fois la nationalité révoquée, les individus ne disposaient d'aucune protection juridique internationale et d'aucun statut formel en droit koweïtien.
Ce vide procédural a été coulé dans le béton juridique le 13 avril 2026 - deux jours exactement avant que le Newsroom Initiative ne publie son décompte de 71 059 cas. Ce jour-là, la Gazette officielle koweïtienne a publié le décret-loi n° 52 de 2026, portant modification de la loi sur la nationalité de 1959. Le texte stipule sans ambiguïté que toutes les décisions relatives à la nationalité constituent des « actes de souveraineté » et ne sont pas soumises au contrôle judiciaire. Le gouvernement justifie cette clarification par la nécessité de sécuriser juridiquement les décisions de nationalité et d'en écarter toute contestation future. Traduction concrète : le juge koweïtien n'a plus de marge pour examiner, suspendre ou annuler une décision de déchéance rendue après cette date. Ce qui n'était qu'une pratique administrative arbitraire est devenu une forteresse juridique.
La trajectoire ne s'est pas arrêtée là. Le 3 juillet 2026, une nouvelle série d'amendements a franchi une étape supplémentaire en supprimant purement et simplement la voie de la naturalisation: il n'est désormais plus possible d'acquérir la nationalité koweïtienne par la résidence ou par décision discrétionnaire de l'État, quelle que soit l'ancienneté ou les liens du candidat avec le pays.
Le régime a toutefois senti le besoin de produire une apparence de procédure. Dans le contexte d'une couverture internationale croissante et à l'approche de la visite de la rapporteuse spéciale de l'ONU sur la violence contre les femmes et les filles en septembre 2025, le gouvernement koweïtien a mis en place un « comité des griefs » chargé d'examiner les révocations. Cette initiative est, au mieux, discutable, compte tenu de l'improbabilité d'un rétablissement de la nationalité après l'abrogation de l'article 8 qui la fondait - et plus encore depuis que le décret-loi n° 52 a juridiquement barré la voie aux recours. Un comité des griefs qui ne peut pas rétablir les droits qu'il est censé examiner n'est pas un recours - c'est une vitrine.
La dimension politique la plus préoccupante de la campagne n'est d'ailleurs pas seulement dans les chiffres. Le 28 juillet 2026, une ressortissante a soumis une lettre d'appel à l'ambassade du Koweït à Londres, adressée à l'émir, demandant justice. Ce soir-là, la réponse a été qu'une décision avait été prise de lui retirer sa citoyenneté. Le lendemain, elle a publié sur son compte Facebook que « critiquer ou même attaquer le gouvernement est un droit constitutionnel légitime » - répondant à des informations parues dans des journaux locaux selon lesquels la raison invoquée pour révoquer sa citoyenneté était que ses opinions exprimées en ligne constituaient des activités « portant atteinte au prestige de l'État ». La déchéance de nationalité est ainsi devenue un instrument disciplinaire contre la dissidence - un usage que les autorités ne cherchent même plus à maquiller.
Le retour avant 1990 comme programme politique
La campagne en cours fait partie d'une volonté politique de ramener le Koweït à la période antérieure à 1990. Cette date n'est pas anodine - c'est l'année de l'invasion irakienne, qui a entraîné d'importants mouvements de population et des naturalisations massives dans les décennies suivantes. Les habitants du Koweït étaient alors divisés en trois catégories : les Koweïtiens par origine, installés avant 1920 et présents jusqu'à la promulgation de la loi sur la nationalité de 1959, seuls autorisés à participer à la vie parlementaire ; les Koweïtiens naturalisés, privés avec leurs enfants du droit à la participation politique ; et les « Bidoun » apatrides, ainsi nommés de l'arabe « sans » car ils ne détiennent aucune nationalité bien qu'ils soient nés et aient grandi au Koweït.
Les Bidoun sont depuis longtemps exclus de la citoyenneté - définis par le groupe Minority Rights comme « une minorité arabe apatride au Koweït qui n'a pas été incluse parmi les citoyens au moment de l'indépendance du pays, ni peu après » - et sont caractérisés par l'État comme des « résidents illégaux », exclus de nombreux droits et services. La campagne actuelle ne vient pas combler ce déficit historique d'inclusion. Elle l'aggrave, en ajoutant une nouvelle couche de personnes sans statut à celles qui en étaient déjà dépourvues.
Au-delà de la dimension de genre, la campagne intensifiée risque d'ancrer davantage le problème historique d'apatridie du Koweït - longtemps illustré par la communauté Bidoun - en créant de « nouvelles » catégories de personnes sans nationalité. Un pays qui avait déjà fabriqué ses exclus structurels en fabrique désormais de nouveaux par décret.
Le silence international comme complicité passive
La campagne actuelle de déchéance de nationalité au Koweït illustre une résurgence plus large de pratiques rappelant la période de l'entre-deux-guerres. La réaction étouffée à cette situation - et à la riposte vigoureuse du Koweït même face à des contestations limitées et obliques - constitue un signe supplémentaire inquiétant de la défiance croissante à l'égard des normes importantes du droit international.
Ce silence n'est pas innocent. Il s'explique par une géopolitique des intérêts bien plus que par une ignorance du dossier. Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté en septembre les conclusions de l'Examen périodique universel du Koweït ; sur les 290 recommandations reçues, l'État en a accepté 206, mais n'a pas accepté celles l'invitant à protéger la liberté d'expression, à réduire les cas d'apatridie, à éliminer les discriminations à l'égard des femmes et à protéger les droits des travailleurs migrants. Le Koweït a donc officiellement refusé les recommandations les plus essentielles - et personne n'a bougé.
Alors que ces changements ont déclenché une protestation au sein du Koweït, la communauté internationale est restée largement silencieuse. Les actions du gouvernement koweïtien reflètent une tendance régionale croissante consistant à instrumentaliser la révocation de la citoyenneté comme outil de contrôle, d'exclusion et d'injustice genrée.
Le Koweït n'est pas seul à utiliser la révocation de nationalité pour punir des opposants politiques ou nier des droits à des groupes spécifiques. Bahreïn a adopté une approche similaire. La tolérance internationale pour cette pratique dans les monarchies du Golfe révèle une hiérarchie implicite des droits humains : ceux qui sont violés par des États riches, membres du CCG, partenaires militaires et fournisseurs d'énergie, méritent moins d'indignation que ceux qui sont bafoués ailleurs.
Parmi les mesures récentes préoccupantes figure aussi la collecte obligatoire de données biométriques auprès des citoyens et résidents, ordonnée en 2023 au nom du « renforcement de l'architecture de sécurité nationale ». Plus préoccupant encore, les autorités koweïtiennes prévoient de partager ces données biométriques avec d'autres membres du Conseil de coopération du Golfe dans le cadre d'un « réseau de sécurité régional ». Un État qui dénationalise en masse et constitue simultanément une base de données biométriques régionale n'envoie pas des signaux rassurants sur l'usage futur de ces informations.
Ce qui pourrait suivre
Le scénario le plus probable, à ce stade, est la poursuite de la campagne au rythme actuel, ponctuée de décrets groupés de plusieurs centaines ou milliers de cas, jusqu'à ce que l'émir estime avoir atteint la définition de « son » peuple. Les indicateurs à surveiller sont la publication des décrets dans la Gazette officielle, le dépassement du seuil symbolique de 100 000 cas individuels et la réaction - ou l'absence de réaction - du parlement, dont le mandat suspendu court jusqu'en 2028. De manière révélatrice, lorsque la guerre contre l'Iran a éclaté en février 2026, le gouvernement a suspendu ses annonces hebdomadaires de révocations de nationalité - avant de reprendre la campagne quelques jours à peine après le cessez-le-feu, révoquant la nationalité de plus de 2 000 personnes d'un coup. Ce signal est éloquent : le pouvoir n'a pas abandonné sa trajectoire, il l'a simplement mise en veille tactique le temps d'une crise militaire.
Un deuxième scénario, moins probable mais non négligeable, serait une pression internationale soudaine contraignant le Koweït à des concessions de façade - un gel temporaire et un élargissement du comité des griefs, sans rétablissement des droits. Le précédent bahreïni de 2019 montre que la chose est possible quand la pression est suffisamment coordonnée et soutenue, le roi Hamad de Bahreïn ayant rendu leur nationalité à 551 personnes en avril 2019 après des pressions des organisations de droits humains et des organes onusiens. Le problème est que cette pression n'existe pas encore à l'égard du Koweït avec la même intensité.
Un troisième scénario, le plus porteur de conséquences sur le long terme, serait une déstabilisation interne. Ces chiffres alarmants ont suscité des inquiétudes nationales profondes quant à l'avenir de la citoyenneté, de la cohésion sociale et de la stabilité politique dans le pays. Une société qui voit un Koweïtien sur cinq perdre son statut ne reste pas indéfiniment silencieuse - surtout quand ce statut détermine l'accès aux ressources pétrolières. La question est de savoir si la contestation prendra une forme organisée avant ou après la réouverture du parlement, prévue en 2028.
Un quatrième scénario, le moins probable mais le plus structurant s'il se produisait, serait une réforme réelle du droit de la nationalité sous pression judiciaire ou internationale, avec rétablissement du contrôle juridictionnel sur les décisions de déchéance. Il supposerait soit un retournement de la dynamique régionale, soit une décision de la Cour internationale de justice saisie par un État tiers - hypothèse pour l'heure purement théorique. Le décret-loi n° 52, en verrouillant explicitement la voie judiciaire interne, rend ce scénario encore moins accessible qu'il ne l'était avant avril 2026.
La vraie question n'est pas de savoir si le Koweït a le droit de définir les critères de sa citoyenneté - tous les États en ont le droit dans le cadre du droit international. La vraie question est de savoir si la déchéance de masse, sans recours, par décret exécutif dans un vide parlementaire, constitue non pas un simple changement de politique intérieure, mais une partie d'une détérioration plus large du respect des normes internationales contre la privation massive de nationalité. La réponse, au vu des faits accumulés depuis deux ans, ne souffre guère de débat.
Les chiffres de la déchéance
71 059 cas individuels recensés au 15 avril 2026 par le Newsroom Initiative (Gazette officielle koweïtienne) Estimation des personnes réellement touchées avec leurs dépendants : entre 250 000 et 300 000, soit potentiellement 1 Koweïtien sur 5 Plus de 26 000 femmes parmi les premières 37 000 personnes déchues (AFP) Article 8 de la loi sur la nationalité abrogé : toutes les naturalisations par mariage depuis 1987 annulées
Décret-loi n° 52 du 13 avril 2026 : toutes les décisions de nationalité qualifiées d'« actes de souveraineté » non soumises au contrôle judiciaire
3 juillet 2026 : suppression totale de la voie de naturalisation par résidence ou décision discrétionnaire La population bidoun apatride préexistante est estimée à 92 000-120 000 personnes Population totale du Koweït : environ 4,5 millions de résidents dont seulement 1,545 million de citoyens






