Haches, marteaux et battes de baseball ont blessé au moins huit personnes près du Bonner Platz.
Dix-huit heures cinquante: c'est l'heure à laquelle une rixe entre deux groupes a dégénéré en scène de guerre urbaine, filmée depuis les fenêtres d'un dimanche soir ordinaire.
Un dimanche soir, jusqu'à 18h50
À Düren, ville d'environ 94 600 habitants nichée entre Cologne et Aix-la-Chapelle, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les dimanches soir d'août se ressemblent: terrasses qui se vident lentement, dernières courses avant la fermeture, fenêtres ouvertes sur la chaleur du mois. Le Bonner Platz, place centrale bordée de commerces à deux pas de l'Oststraße, n'a rien d'un lieu réputé pour la violence.
Puis, vers 18h50, tout bascule. Des riverains alertés par des cris se précipitent à leurs fenêtres. Ce qu'ils filment depuis leurs balcons circule depuis sur les réseaux sociaux: une quinzaine à une vingtaine de personnes, selon le décompte que la police communiquera plus tard, se ruent les unes sur les autres en plein cœur de la ville.
Les appels au 110 se multiplient en quelques minutes. Des dizaines de témoins ont composé le numéro d'urgence, décrivant une scène confuse où il devient difficile, au téléphone, de distinguer les agresseurs des victimes.
Marteaux, hache et battes de baseball
Sur les vidéos consultées par la rédaction du quotidien Aachener Zeitung, la nature de l'affrontement ne laisse aucune place au doute. Un homme brandit deux petits marteaux. Un autre tient une hache. Plusieurs assaillants frappent avec des battes de baseball. Les images montrent un niveau d'agressivité que la police elle-même qualifiera, dans son communiqué, de recours à des "outils de frappe".
Une des séquences est particulièrement difficile à regarder: un homme déjà à terre, le visage ensanglanté, continue de recevoir des coups de pied et de poing alors qu'il ne se relève plus. Personne, sur la vidéo, n'intervient dans l'immédiat pour l'extraire de la mêlée.
La bagarre, née à hauteur du Bonner Platz, se déplace en quelques minutes vers les rues avoisinantes. Lorsque les premiers policiers arrivent sur zone, la scène s'est déjà étendue à plusieurs artères du centre-ville, obligeant les forces de l'ordre à sécuriser un périmètre plus large que prévu.
« Un homme déjà à terre, le visage ensanglanté, continue de recevoir des coups alors qu'il ne se relève plus. »
Des passants séparent les combattants avant la police
Ce sont finalement des passants extérieurs à la rixe, selon le communiqué officiel de la police de Düren, qui parviennent à séparer les deux groupes avant même l'arrivée des forces de l'ordre. Un geste risqué, dans une scène où des armes contondantes circulaient encore quelques instants plus tôt, mais qui a sans doute évité que le bilan ne s'alourdisse davantage.
Huit blessés graves, un bilan qui aurait pu être pire
Le décompte communiqué par la police reste, à ce stade, le plus précis disponible: huit personnes ont été blessées grièvement. Six d'entre elles ont été prises en charge par ambulance et transportées vers des hôpitaux voisins de Düren. Deux autres blessés graves ont, eux, refusé les soins et le transport vers l'hôpital - un choix que la police mentionne sans en préciser les raisons. Plusieurs autres participants ont par ailleurs été légèrement blessés.
Un seul élément rassure dans ce bilan: la police précise explicitement qu'aucun pronostic vital n'était engagé, malgré la gravité apparente des blessures visibles sur les vidéos.
Deux arrestations, une enquête qui s'appuie sur les téléphones portables Sur place, les policiers parviennent à interpeller deux hommes: un homme de 23 ans originaire de Cologne, et un homme de 22 ans originaire de Düren même. Aucun nom, aucune autre donnée d'identité n'a été communiqué par les autorités.
Interrogé par le site d'information t-online, un porte-parole de la police a insisté sur le rôle central que jouent désormais les vidéos prises par les riverains depuis leurs fenêtres. Loin d'être de simples images amateurs, elles constituent aujourd'hui la pièce maîtresse d'une enquête qui cherche à identifier d'autres participants.
« Nous enquêtons à plein régime et analysons méticuleusement les vidéos des témoins » - porte-parole de la police de Düren
La police invite d'ailleurs toute personne disposant d'images ou d'informations supplémentaires sur le déroulement des faits à se manifester auprès des enquêteurs.
Ce que l'on ignore encore
Deux jours après les faits, la part d'ombre reste plus large que la part de certitude. Interrogée lundi par l'Aachener Zeitung, la police a indiqué ne pas être en mesure de préciser le contexte de l'affrontement, ni de dire si les personnes impliquées avaient un lien avec le quartier ou venaient de l'extérieur de la ville.
Le tabloïd Bild avance, de son côté, l'hypothèse que les deux groupes appartiendraient à deux grandes familles rivales, qui se seraient donné rendez-vous après une tension latente ayant fini par dégénérer. Cette version reste, à ce stade, propre à Bild: elle n'a été ni confirmée par la police, ni recoupée par les autres médias allemands consultés par la rédaction.
Aucune source, qu'elle soit policière ou journalistique, n'a par ailleurs communiqué la moindre information sur l'origine ou la nationalité des personnes impliquées. Le nombre exact de participants varie également d'une source à l'autre: la police évoque officiellement quinze à vingt personnes, quand le site d'information local Dueren-Magazin avance un chiffre plus élevé, d'au moins vingt-cinq participants, sans que cette estimation n'ait été reprise par une autre source indépendante.
L'enquête se poursuit, entre analyse méthodique des vidéos et recherche des motifs d'un affrontement qui a transformé, en quelques minutes, une place tranquille du centre-ville en scène de violence filmée par ceux-là mêmes qui l'ont vue depuis leurs fenêtres.






