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Trois Syriens aux mains de la police : démantèlement de deux réseaux de passeurs ayant acheminé des centaines de migrants vers l’Europe

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Deux réseaux de passeurs syriens, deux routes distinctes vers l'Europe, une même journée d'action coordonnée entre l'Allemagne et la Serbie. Voici ce que révèle, dans le détail, l'opération menée sous l'égide d'Europol et d'Eurojust.

Le 5 août 2026, à quelques heures d'intervalle, la police serbe interpelle deux hommes à Belgrade pendant que la police fédérale allemande en arrête un troisième à Sarrebruck. Les trois sont syriens. Les trois sont désormais désignés comme des « High Value Targets » par Europol. Et les deux réseaux qu'ils dirigeaient, selon les enquêteurs, ont fait transiter plus de 900 migrants vers l'Europe occidentale depuis la Libye et les Balkans.

L'homme de Sombor

Le suspect au cœur du communiqué diffusé par Eurojust a 32 ans. Arrêté à Belgrade sur la base d'un mandat d'arrêt international délivré par des procureurs allemands de la ville de Weiden, il est soupçonné d'avoir joué un rôle logistique central dans un réseau distinct, responsable, selon les enquêteurs, du transfert d'au moins 625 migrants vers l'Europe occidentale entre juin 2023 et juin 2024, à travers au moins 37 opérations de passage.

Depuis son lieu de résidence en Serbie, il aurait organisé l'acheminement de personnes jusqu'à la ville de Sombor, dans le nord du pays, où elles étaient ensuite remises à d'autres membres du réseau. Les enquêteurs le soupçonnent également d'avoir facilité le passage de migrants depuis la Serbie vers la Hongrie, l'un des points de franchissement les plus utilisés vers l'espace Schengen.

Le second réseau, la piste du clan Al-Sarawi

Le deuxième suspect arrêté à Belgrade ce même 5 août est un Syrien de 31 ans. Les autorités allemandes l'accusent d'avoir occupé une position dirigeante au sein d'une organisation de passeurs associée à ce qu'elles désignent comme le clan Al-Sarawi. Entre avril et novembre 2022 seulement, il aurait coordonné au moins 17 opérations de contrebande de grande ampleur, impliquant plus de 150 migrants, la plupart syriens, transportés le long de la route centrale des Balkans dans des conditions décrites comme dangereuses.

Son rôle, selon les enquêteurs, s'étendait au recrutement des candidats au départ en Serbie, à la négociation des prix, et à la coordination du transport sur différentes étapes du trajet, certaines allant jusqu'en Allemagne même.

Le troisième homme, arrêté en Allemagne

Le troisième suspect de cette opération coordonnée, âgé de 26 ans, a été interpellé non pas en Serbie mais directement en Allemagne, à Sarrebruck. Les autorités allemandes le relient au même ensemble de réseaux visés par l'opération du 5 août, sans que le détail de son rôle exact ait été rendu public à ce stade.

240 policiers, deux pays, une même journée

L'ampleur du dispositif déployé donne la mesure de l'opération. Deux cent quarante policiers ont été mobilisés simultanément en Allemagne et en Serbie, avec des perquisitions menées à Sarrebruck et à Belgrade. L'enquête elle-même s'étend sur plusieurs années, menée par la police fédérale allemande sous la direction de trois parquets bavarois distincts, avant d'aboutir à cette journée d'action coordonnée.

Selon les autorités allemandes et serbes, les deux réseaux visés étaient étroitement liés à la fois à la Libye, point de départ de la route de Méditerranée centrale, et aux Balkans occidentaux, corridor terrestre vers l'Europe du Nord.

La route migratoire décryptée

Le réseau des 625 migrants faisait entrer des ressortissants syriens dans l'Union européenne selon deux itinéraires principaux : depuis la Serbie via la Hongrie, ou depuis la Bosnie-Herzégovine via la Croatie. Les personnes étaient ensuite transportées en voitures, camionnettes ou camions à travers la Slovaquie, la République tchèque, la Pologne ou l'Autriche, avant d'atteindre l'Allemagne et d'autres pays de destination.

Le prix de ce passage variait entre 2000 et 10 000 euros par personne, selon l'itinéraire, la distance et les conditions de transport négociées avec les passeurs.

Cinq arrestations déjà en 2025

L'arrestation du 5 août ne constitue pas le premier coup porté à ce réseau spécifique. Cinq autres membres de cette même organisation avaient déjà été interpellés lors d'actions coordonnées menées en Allemagne, aux Pays-Bas et en Bosnie-Herzégovine au cours de l'année 2025. L'arrestation du principal suspect s'inscrit donc dans le prolongement d'une enquête au long cours, menée méthodiquement maillon par maillon plutôt que d'un coup de filet isolé.

« Deux réseaux, deux routes, une même journée d'action : le signe d'une coordination policière européenne devenue systématique face au crime organisé migratoire. »

Le nouvel arsenal juridique européen

Cette opération s'inscrit dans un cadre institutionnel récemment renforcé. Eurojust a soutenu les autorités allemandes et serbes à travers une équipe commune d'enquête mise en place au sein de l'Agence, permettant le partage d'informations sur le réseau et la préparation de l'arrestation. Le projet Western Balkans Criminal Justice a également appuyé la coopération entre les deux pays.

Du côté d'Europol, c'est le Centre européen contre le trafic de migrants qui a coordonné une cellule opérationnelle tout au long de l'enquête, facilitant l'échange de renseignements entre les pays participants, fournissant une analyse opérationnelle pour identifier les liens entre les différentes investigations, et déployant des experts pour un soutien analytique en temps réel aux enquêteurs le jour de l'action.

Ce centre, l'ECAMS, a été établi en mars 2026 en application d'un règlement européen adopté en décembre 2025, destiné à renforcer la coopération contre le trafic de migrants à l'échelle de l'Union, notamment par un renforcement des capacités d'enquête open source et financière, ainsi que par une coordination accrue entre les officiers de liaison de Frontex, d'Eurojust et des États membres.

Un mois plus tôt, sur la frontière bulgaro-serbe

Cette opération de 900 migrants n'est pas un cas isolé sur la route des Balkans. Quelques semaines plus tôt, une autre enquête coordonnée par une cellule opérationnelle d'Europol avait abouti au démantèlement d'un réseau distinct actif sur la frontière verte entre la Bulgarie et la Serbie, faisant cinq interpellations sur cinq sites différents.

Le détail de cette arrestation est particulièrement préoccupant : parmi les cinq personnes interpellées figuraient un « High Value Target », mais aussi deux policiers serbes en exercice, ainsi que deux complices. Les saisies ont inclus trois véhicules utilisés pour le transport de migrants, des armes à feu et des munitions, une station radio, des téléphones et environ 5700 euros et 40 000 dinars serbes en liquide. Ce réseau, actif depuis 2025, faisait payer environ 1300 euros par personne pour la traversée de la Serbie, acheminant des migrants depuis la Turquie via la Bulgarie.

La présence de policiers en exercice parmi les personnes arrêtées illustre un problème structurel que les seules arrestations de passeurs ne suffisent pas à résoudre : la vulnérabilité de certains maillons des forces de sécurité locales elles-mêmes, exploitée par les réseaux de contrebande pour sécuriser leurs routes de passage.

Deux réseaux visant l'Europe occidentale, deux enquêtes distinctes ayant abouti le même mois, et un troisième dossier révélant une complicité policière : le tableau qui se dégage de cet été 2026 sur la route des Balkans n'est pas celui d'un phénomène résiduel, mais celui d'une économie criminelle transnationale, suffisamment organisée pour continuer à recruter, financer et corrompre, un maillon à la fois, malgré les coups portés.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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