Deux verres, un passage par l'espace fumeurs, puis plus rien. La jeune femme s'est réveillée nue dans une chambre d'hôtel, aux côtés d'un inconnu.
Elle avait vingt ans, trois amies à ses côtés, et deux verres à peine. Quelques heures plus tard, elle se réveillait nue dans une chambre d'hôtel de Plaisir, aux côtés d'un inconnu, la mémoire entièrement vide de ce qui venait de se produire.
Une soirée comme tant d'autres, jusqu'au trou noir
Dans la nuit du 24 au 25 juillet, la jeune femme rejoint le Loft Metropolis, une discothèque de Rungis, à la lisière du Val-de-Marne et des Yvelines. Elle y retrouve trois amies. Sur place, le petit groupe est rejoint par quatre garçons. On danse, on boit, l'ambiance est légère. Elle-même ne consomme, selon son propre récit, que deux verres faiblement alcoolisés.
Puis vient un moment ordinaire en apparence : elle quitte un instant la piste, traverse l'espace fumeurs. C'est le dernier souvenir net qu'elle en garde. Après cela, plus rien. Un trou noir total, de ceux que les enquêteurs associent souvent à une soumission chimique, cette pratique consistant à droguer une victime à son insu pour abolir sa capacité de résistance, voire le souvenir même des faits.
Le réveil à Plaisir
Quand la mémoire lui revient, le décor a changé du tout au tout. Elle n'est plus à Rungis, mais dans une chambre d'hôtel à Plaisir, à plusieurs kilomètres de là. Elle est nue, allongée aux côtés d'un homme qu'elle ne connaît pas, et ressent d'importantes douleurs vaginales. Entre la discothèque et cette chambre, des heures entières se sont écoulées dont elle ne conserve aucune trace consciente.
Dès le lendemain, le 25 juillet, elle porte plainte pour enlèvement, viol et séquestration.
De Meaux à Versailles, le parcours d'une plainte
Le dossier connaît d'abord un bref détour administratif. Compétent pour la Seine-et-Marne, le parquet de Meaux est saisi en premier lieu, avant de se dessaisir rapidement au profit de celui de Versailles, territorialement compétent pour les Yvelines, département où se sont déroulés les faits. L'enquête est confiée à la brigade criminelle de Plaisir, unité habituée aux affaires les plus graves.
Les enquêteurs remontent la piste par deux biais classiques mais efficaces : l'exploitation des données de téléphonie et le visionnage des enregistrements de vidéosurveillance, de la discothèque jusqu'à l'hôtel. Ce travail méthodique conduit à l'identification de deux suspects.
Deux profils, deux destins judiciaires
Le 7 août, un magistrat du tribunal de Versailles met en examen les deux hommes, avec des conséquences très différentes pour chacun.
Abdessatar A., 32 ans, de nationalité algérienne et déjà visé par une obligation de quitter le territoire français, réside à Plaisir. La justice le connaissait déjà pour usage de faux et conduite sans permis. Il est mis en examen et écroué.
Yassine T., 27 ans, de nationalité française, réside lui aussi à Plaisir. Son casier judiciaire mentionne des délits routiers, une détention de stupéfiants, une remise illicite à un détenu ainsi qu'une dégradation de bien public. Présenté comme le complice présumé du premier suspect, il est placé sous contrôle judiciaire, sans incarcération.
L'enquête se poursuit désormais sous l'autorité du parquet de Versailles, tandis que la jeune femme, elle, tente de reconstituer, avec l'aide des enquêteurs, les heures que sa propre mémoire refuse de lui rendre.






