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Morts et blessés dans des frappes houthies sur une ville yéménite et une ville saoudienne, le pacte Turquie-Arabie saoudite-Pakistan défié

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Les frappes houthies sur le port de Mokha, la raffinerie saoudienne de Djizane et les positions de Marib révèlent une réalité brutale : une décennie de guerre coûteuse, d'argent versé et de trêves négociées n'a produit qu'un ennemi plus aguerri.

Le 9 août 2026, le port de Mokha et des installations de Saudi Aramco à Djizane brûlaient simultanément. Onze morts, des dizaines de blessés, vingt-cinq drones, plusieurs salves de missiles. Deux jours après la signature à La Mecque d'un pacte de défense trilatéral entre Riyad, Ankara et Islamabad, les Houthis venaient de démontrer que la dissuasion, sur papier, ne dissuade pas grand-chose. Ce qui se joue désormais au Yémen dépasse largement le Yémen.

Le port de Mokha fumait encore lorsque les premières images ont circulé ce dimanche matin. Selon le directeur du port, Abdulmalik al-Sharabi, une vingtaine de drones avaient ciblé les installations économiques, les logements des employés et un hangar des douanes. Pendant ce temps, à plusieurs centaines de kilomètres au nord-ouest, une frappe de drone s'abattait sur la raffinerie Saudi Aramco de Djizane, déclenchant un incendie rapidement maîtrisé, tandis qu'un autre incident frappait une installation gazière à Jubail.

Au total, au moins onze personnes ont péri dans les attaques combinées sur la ville côtière de Mokha, dont trois civils et huit militaires, selon une source médicale ayant confié ces chiffres à l'AFP - trente-deux autres individus se retrouvaient blessés. Des résidents du quartier ont confirmé avoir entendu les explosions, l'un d'eux évoquant « six détonations consécutives » sur le port.
Le porte-parole houthi Yahya Saree a qualifié l'opération de « large-scale and precise », prétendant viser des troupes saoudiennes et des dépôts d'armes. Mais le directeur du port a confirmé que plusieurs missiles avaient directement frappé des zones civiles. L'écart entre le discours de guerre et la réalité du terrain n'est pas nouveau - il est, en réalité, constitutif de la communication houthie depuis dix ans.

Le calendrier ne ment pas

Ce qui rend cette vague de frappes particulièrement significative, c'est son timing précis : elles constituent la première attaque d'envergure contre l'infrastructure énergétique saoudienne depuis la signature, vendredi 7 août 2026, du « Pacte de défense commune de La Mecque » entre Riyad, Islamabad et Ankara.
Ce traité de défense mutuelle trilatéral a été signé le vendredi 7 août 2026 dans la ville sainte de Makkah, par le prince héritier Mohammed ben Salmane, le président Erdogan et le Premier ministre Shehbaz Sharif. La clause centrale est limpide : toute attaque armée contre l'un des trois États « sera regardée comme une attaque contre tous ».

Les Houthis ont frappé le lendemain. Le message est d'une clarté arithmétique. Soit les dirigeants de Sanaa considèrent que ce pacte est du papier creux. Soit - et c'est l'hypothèse qui mérite d'être creusée - ils ont voulu tester immédiatement la solidité de l'alliance, convaincus que ni Ankara ni Islamabad ne se précipiteront dans une guerre au Yémen pour défendre des installations pétrolières saoudiennes.

Des experts de l'Atlantic Council soulignent d'ailleurs que cet accord n'est pas une alliance de type OTAN, mais qu'il n'est pas pour autant sans signification - pour Riyad, il renforce son levier face à un Iran revigoré et compense les limites de la dissuasion américaine dans la région.

La mécanique d'un renforcement paradoxal

Comment un mouvement qu'une coalition militaire conduite par l'une des armées les mieux équipées financièrement du Golfe a bombardé pendant sept ans sans relâche a-t-il pu sortir de cette décennie plus fort qu'il n'y est entré ?

La réponse tient en plusieurs couches superposées qu'il faut distinguer avec soin.

La première couche est militaro-technologique. Les Houthis ont effectué une mutation fondamentale : d'un groupe insurgé local, ils sont devenus un acteur de niveau quasi-étatique doté de capacités offensives croissantes. Grâce à l'entraînement, au renseignement et aux armements fournis par les Gardiens de la Révolution islamique et le Hezbollah, ils contrôlent une infrastructure critique, notamment le port de Hodeïda, et ont démontré entre 2023 et 2025 leur capacité à tenir tête aux frappes de représailles américano-britanniques.

La livraison de matériel n'a pas cessé pendant la trêve. En juillet 2026, l'Iran a acheminé par avion des commandants des Gardiens de la Révolution, des conseillers militaires et des équipements liés aux missiles et aux drones vers le Yémen - selon quatre sources dont deux sources iraniennes - un vol qui a transporté entre dix et vingt et un membres de l'IRGC, dont des commandants de haut rang. Selon l'une des sources, ces commandants s'étaient rendus sur place pour soutenir les opérations houthies et « assurer la formation sur de nouveaux systèmes de missiles », ajoutant que l'Iran avait également envoyé de l'or à bord de l'appareil pour financer les activités du mouvement.

En juillet 2025, les Forces de résistance nationale yéménites avaient intercepté le plus important chargement de munitions iraniennes jamais saisi - 750 tonnes d'armes conventionnelles incluant des pièces de drones avancés, des ogives de missiles et des systèmes radar.

La trêve comme incubateur - l'hypothèse qui dérange

La deuxième couche est politique et financière. Elle est plus inconfortable pour Riyad.

Depuis l'ouverture du processus de médiation omanais, l'Arabie saoudite a, dans les faits, versé des salaires et des budgets aux Houthis - des montants atteignant des dizaines de millions de dollars tous les quelques mois, transférés via la banque centrale yéménite. Ces arrangements avaient été formalisés en 2023 dans le cadre de ce qui a été appelé la « feuille de route ».

En vertu de cet accord, Riyad transférait périodiquement de l'argent aux employés de l'État yéménite, y compris dans les zones contrôlées par les Houthis. En échange, ces derniers étaient censés prendre diverses mesures - qu'en pratique ils n'ont pas respectées.

Des sources proches du gouvernement yéménite en exil ont confié à la rédaction de L'Appel que Riyad entendait s'engager militairement par voie aérienne dans une confrontation attendue entre les forces gouvernementales yéménites et les Houthis - ces mêmes Houthis qui continuent de recevoir un entraînement, un appui financier et un soutien militaire de Téhéran.

Le paradoxe saoudien prend alors toute son ampleur. Riyad semble avoir conclu que la guerre au Yémen n'est plus dans son intérêt - mais les Houthis n'ont pas été vaincus ni affaiblis : ils continuent de contrôler les territoires les plus peuplés du pays. Autrement dit : en cherchant la sortie à moindre coût via des versements financiers, l'Arabie saoudite a contribué - involontairement mais concrètement - à stabiliser l'économie politique du mouvement qui la menace aujourd'hui.

La dynamique de paix avait initialement tiré sa force du rapprochement entre Riyad et Téhéran obtenu sous médiation chinoise, annoncé en mars 2023. Mais Pékin n'a offert qu'un cadre diplomatique, pas une architecture de sécurité durable. Quand l'Iran a été attaqué par les États-Unis et Israël en février 2026, la logique de ce cadre s'est effondrée.

La rupture de la trêve - la chronologie réelle

Pour comprendre pourquoi les Houthis frappent aujourd'hui sur autant de fronts, il faut remonter à la mécanique de la rupture.

Les Houthis cherchaient depuis des mois à établir des vols directs entre Sanaa et Téhéran. Le 3 juillet, un appareil de Mahan Air s'est posé à Sanaa pour la première fois en plus d'une décennie, emmenant une délégation houthie aux funérailles du guide suprême Ali Khamenei. Quand l'avion a tenté de revenir le 13 juillet, des forces alliées de Riyad ont frappé la piste. Les Houthis ont alors accusé Riyad, déclaré la trêve terminée.

Une semaine plus tard, le mouvement annonçait un blocus naval de l'Arabie saoudite et revendiquait des attaques contre huit navires liés au royaume.

L'envoyé spécial des Nations Unies pour le Yémen, Hans Grundberg, a averti le 7 août que les dernières attaques à Marib et Hadramaout, combinées aux attaques renouvelées contre la navigation en mer Rouge et dans le golfe d'Aden, ont placé le Yémen à son niveau de risque de conflit à grande échelle le plus élevé depuis la trêve onusienne d'avril 2022.

Pakistan et Turquie - partenaires de papier ou acteurs crédibles ?

La question que sources officielles et analystes esquivent - mais que posent clairement les événements des 48 dernières heures - est celle-ci : le Pacte de La Mecque va-t-il réellement transformer l'équation militaire, ou n'est-il qu'une architecture symbolique destinée à répondre à l'angoisse saoudienne plutôt qu'à la résoudre ?

La Turquie dispose de la deuxième armée en effectifs de l'OTAN. Le Pakistan est le seul État à majorité musulmane armé de la bombe atomique, avec un arsenal estimé à environ 170 têtes nucléaires. Sur le papier, l'alliance est impressionnante.

Dans les faits, les précédents invitent à la prudence. Lors de l'intervention saoudienne de 2015, le Pakistan avait surpris Riyad en refusant d'envoyer son armée. L'Égypte, dans laquelle le royaume avait investi des milliards, avait de même refusé d'engager des forces terrestres importantes, n'envoyant qu'un contingent symbolique.

Cette fois, si la Turquie et le Pakistan ont évité des attaques directes significatives, tous deux souhaitent avant tout apaiser des conflits régionaux qui menacent leur sécurité et leurs économies. L'intérêt de l'un et de l'autre est de voir ce conflit finir par la table, non par les armes - et aucune capitale ne brûle d'envoyer des soldats mourir dans les montagnes yéménites pour défendre une infrastructure saoudienne.

L'administration Trump, qui souhaite un meilleur partage du fardeau sécuritaire par ses alliés, verra probablement d'un œil favorable un pacte destiné à renforcer la dissuasion collective régionale en visant l'Iran. Mais entre regarder favorablement un accord et se porter co-belligérant dans un conflit ouvert au Yémen, la distance est considérable.

Le gouffre saoudien - une décennie de disproportion

La profondeur du problème saoudien se mesure dans les chiffres que Riyad préférerait ne pas voir écrits.

La guerre est estimée avoir coûté aux Saoudiens plus de 100 milliards de dollars, érodé l'image internationale du royaume et échoué dans ses objectifs déclarés d'« éliminer l'influence iranienne » du Yémen. Sept années d'offensive n'ont pas suffi à déloger les Houthis du nord yéménite.
Plutôt que de calibrer sa réponse, l'Arabie saoudite a « surréagi » en lançant une campagne aérienne massive et en imposant un blocus maritime et aérien - s'enlisant dans une guerre coûteuse qu'elle ne pouvait pas gagner. La campagne militaire a largement échoué à atteindre ses objectifs déclarés, attirant des critiques mondiales pour le bilan civil : plus de 375 000 morts, dont la majorité liée à la famine provoquée par le blocus naval.

Riyad a dépensé des dizaines de milliards pour moderniser son armée et acquérir des défenses antimissiles ultramodernes - mais elle dispose d'une masse territoriale immense, de littoraux à protéger et d'une infrastructure pétrolière dispersée aux quatre coins du pays. C'est précisément cette géographie qui rend le royaume structurellement vulnérable à une stratégie de harcèlement asymétrique par drones et missiles de croisière à longue portée - exactement le type de capacité que l'Iran a transmis aux Houthis pendant les années de trêve.

La menace houthie revivifiée sabote par ailleurs les tentatives saoudiennes de réorienter des millions de barils de pétrole du golfe Persique vers la mer Rouge pour l'exportation, alors que le détroit d'Ormuz reste effectivement fermé.

Ce que les faits imposent de lire entre les lignes

Il ne s'agit pas ici de plaider une thèse, mais d'aligner les faits et d'en mesurer les implications logiques.

Premier constat : les Houthis frappent simultanément le gouvernement yéménite reconnu à Mokha et Marib, ET l'Arabie saoudite. Ce double front ne résulte pas d'une improvisation tactique. Il témoigne d'une doctrine cohérente visant à interdire toute alternative à leur domination sur le nord du Yémen, tout en maintenant une pression maximale sur Riyad pour empêcher une intervention directe.

Deuxième constat : des responsables du Golfe et des États-Unis considèrent que les Houthis ont été responsables de certaines frappes terrestres sur l'Arabie saoudite pendant la période où ils se présentaient officiellement en retrait de la guerre qui a éclaté après l'attaque américano-israélienne contre l'Iran. La ligne entre trêve et guerre larvée n'a, en réalité, jamais été nette.

Troisième constat : un ancien responsable américain a indiqué que le problème fondamental pour les deux parties est que le cessez-le-feu onusien « avait depuis longtemps dépassé sa date d'expiration » sans qu'aucune alternative politique crédible n'ait été trouvée.

Quatrième constat, le plus inconfortable pour Riyad : en cherchant à s'acheter une paix à court terme par des versements financiers, l'Arabie saoudite a offert aux Houthis une fenêtre de reconstruction économique et militaire qu'ils ont utilisée avec méthode. Selon le New York Times, Riyad s'était engagé à transférer jusqu'à un milliard de dollars par an pour couvrir les salaires à travers toutes les régions - et il semble que le mouvement ait attendu que ces fonds arrivent avant de reprendre les hostilités.

Le résultat objectif de cette séquence est que les Houthis disposent aujourd'hui d'une trésorerie renforcée, d'une légitimité populaire consolidée au Yémen, d'un soutien iranien intact et d'une capacité de frappe longue portée inédite - le tout dans un contexte régional où leur principal ennemi ne peut plus compter sur la protection exclusive des États-Unis.

« La guerre est estimée avoir coûté plus de 100 milliards de dollars à Riyad, sans atteindre aucun de ses objectifs déclarés. »

National Interest, mars 2026

Chronologie de la rupture

Avril 2022 : trêve ONU au Yémen - réduction drastique des hostilités.

Mars 2023 : rapprochement saoudo-iranien par médiation chinoise - relance des négociations avec les Houthis.

2023-2024 : versements saoudiens aux fonctionnaires en zones houthies - des dizaines de millions par trimestre via la banque centrale yéménite.

13 juillet 2026 : vol Mahan Air Téhéran-Sanaa transportant des commandants IRGC. La piste est frappée au retour.

20 juillet 2026 : les Houthis déclarent la trêve terminée et annoncent un blocus naval de l'Arabie saoudite.

7 août 2026 : signature du Pacte de La Mecque (Arabie saoudite-Turquie-Pakistan).

8-9 août 2026 : frappes sur Marib, Mokha et la raffinerie Aramco de Djizane. 11 morts.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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