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Le squelette au fond du puits, et l’homme que personne ne voyait

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Vingt-cinq ans après sa disparition, le corps d'un Britannique refait surface en Bretagne. Sa belle-fille, elle, brise un autre silence.

Dix à quinze mètres de profondeur. C'est la distance qu'il a fallu creuser dans un puits breton pour retrouver, vingt-cinq ans après sa disparition, ce qui restait d'Anthony Rickard. Mais l'histoire qui remonte à la surface avec ses ossements est bien plus sombre qu'un simple meurtre non résolu.

Un puits, un quart de siècle de silence

Le 19 mai 2026, les pompiers du Morbihan reçoivent une mission inhabituelle : assécher un puits situé au lieu-dit Le Breil Oréal, sur une propriété de la commune de Ménéac. Ils ne sont pas seuls. Les gendarmes de Ploërmel et les techniciens de la brigade scientifique de Nantes les accompagnent. Après un déblaiement sur dix à quinze mètres, ils découvrent un squelette humain.

Le profil génétique, comparé à celui d'une plaignante, révèle un lien de parenté direct, de parent à enfant. Deux détails achèvent l'identification : une broche métallique retrouvée dans une jambe, identique à celle que portait l'homme disparu, et un orifice à l'arrière du crâne. Le mystère qui pesait sur cette maison bretonne depuis vingt-cinq ans vient de se refermer, révélant un autre mystère, bien plus lourd.

C'est l'hebdomadaire local Le Ploërmelais qui révèle le premier l'affaire, quelques jours après la découverte, précisant qu'une personne avait alors été placée en garde à vue. L'information remonte ensuite jusqu'à la presse nationale et britannique, chacune y ajoutant progressivement de nouveaux éléments.

Une disparition classée sans suite

Anthony Rickard, Britannique que ses proches appelaient Tony, s'était installé en Bretagne en 2000 avec sa compagne de l'époque, Heather Comins, et leurs deux enfants. Fin 2001, il cesse brutalement de donner signe de vie. Sa fille aînée, née d'une précédente union et restée au Royaume-Uni, s'inquiète et signale sa disparition aux autorités britanniques. L'enquête, menée outre-Manche, patine pendant des années sans jamais aboutir.

Il faudra attendre novembre 2025 pour qu'un nouveau chapitre s'ouvre. La fille de Tony adresse un courrier à la procureure de la République de Vannes, réclamant l'ouverture d'une enquête française. Un mois plus tard, les autorités françaises se saisissent du dossier. Très vite, les soupçons se portent sur Heather Comins.

L'ex-compagne derrière les barreaux

Heather Comins, aujourd'hui âgée de 56 ans, est mise en examen pour meurtre et incarcérée début juillet 2026. Entendue en garde à vue, elle reconnaît avoir subi des violences de la part de Tony, sans toutefois apporter de réponse sur la découverte du squelette. Son propre père, aujourd'hui décrit comme sénile, est lui aussi mis en examen, soupçonné de l'avoir aidée à se débarrasser du corps.

Le 24 juillet, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Rennes confirme son maintien en détention provisoire, estimant les investigations encore trop fragiles pour envisager une remise en liberté.

Le récit du fils

C'est le fils du couple qui livre aux enquêteurs la version la plus précise des faits. Sa mère lui aurait confié avoir tiré sur Anthony après une altercation où celui-ci braquait une arme contre elle, avant de parvenir à retourner le pistolet contre lui. Elle aurait ensuite dissimulé le corps dans le puits avec l'aide de son propre père, selon les informations rapportées par le quotidien La Dépêche. Le fils décrit son père comme un homme alcoolique et violent.

Une autre histoire, révélée à des milliers de kilomètres

Pendant que la justice française reconstitue le fil de cette nuit fatidique, une tout autre histoire refait surface, cette fois de l'autre côté de la Manche. Le Daily Mail britannique a recueilli, en exclusivité, le témoignage de Jenny Devine, 51 ans, la belle-fille de Tony, née d'un premier mariage de sa mère Lynn. Quand Jenny a vu le visage de son ex-beau-père s'étaler dans la presse, c'est une colère intacte qui l'a submergée, davantage qu'un simple choc face à une macabre découverte.

Selon ce témoignage exclusif, la dernière fois que Jenny avait vu Tony, elle n'était encore qu'une adolescente, et il venait tout juste d'être envoyé en prison pour l'avoir agressée sexuellement. Elle confie au journal que la nouvelle de la découverte du squelette a fait remonter des souvenirs qu'elle croyait enfouis pour toujours, et qu'elle a choisi de parler pour que l'opinion publique comprenne qui était réellement cet homme, au-delà de l'image d'un simple disparu retrouvé au fond d'un puits.

Le journal rapporte que les faits auraient débuté alors qu'elle avait environ 13 ans, se seraient prolongés sur près d'une année dans un climat d'isolement et de silence progressivement imposé, et auraient fini par être révélés lorsque Tony lui-même en aurait informé son épouse Lynn avant de se rendre à la police. Il aurait ensuite été emprisonné. Jenny affirme n'avoir jamais parlé de ce qu'elle a enduré à sa mère de son vivant, par crainte de l'accabler alors que Lynn, très malade, n'avait plus longtemps à vivre.

Lynn, elle, était alors en pleine lutte contre un sarcome, une forme rare de cancer touchant les tissus conjonctifs. Elle aurait quitté Tony à l'annonce des faits, et serait décédée peu de temps après sa condamnation. Jenny et son frère Paul, qui vivaient alors chez leur propre père biologique, avaient commencé à rendre visite à leur mère de plus en plus souvent depuis l'annonce de son diagnostic, alors que Jenny avait 12 ans. À la mort de Lynn, les plus jeunes enfants du couple, dont Mary, ont été placés en famille d'accueil, et Jenny affirme n'avoir plus jamais revu Tony par la suite.

Une relation sous emprise, selon la belle-fille

Toujours selon le récit exclusif recueilli par le Daily Mail, la relation entre Lynn et Tony aurait été marquée par des années de violences bien avant même la révélation des abus sur Jenny. La belle-fille décrit une relation qu'elle qualifie de très contrôlante : sa mère se présentait parfois chez eux à des heures inhabituelles, trop effrayée pour rentrer chez Tony, avant de finir, selon Jenny, par y retourner malgré tout, comme manipulée pour revenir sans cesse auprès de lui.

Elle évoque un épisode précis où Tony aurait mis sa mère et leurs trois enfants à la rue, coupé le gaz de la maison et menacé de la faire exploser. Des services sociaux seraient intervenus et Lynn aurait été hébergée dans un foyer pour femmes, avant de retourner auprès de lui peu après. Jenny insiste sur le fait que cet épisode n'était pas isolé : au fil des années, Tony aurait menacé à plusieurs reprises de tuer sa mère si elle le quittait, la maintenant, selon elle, prisonnière d'une peur réelle et durable, dans une relation dont elle ne pouvait s'extraire facilement malgré l'amour qu'elle continuait de lui porter.

Jenny affirme également que Tony aurait, à une occasion, frappé sa mère à la tête au point de nécessiter sept à huit points de suture, laissant une cicatrice au-dessus du sourcil. Sur le moment, se souvient-elle, sa mère avait prétendu s'être cognée contre une porte de placard, avant de finir par lui confier la vérité des années plus tard. Jenny dit avoir également été témoin d'un épisode où Tony aurait plaqué sa mère au sol, alors qu'elle suivait un traitement contre le cancer.

Son frère Paul confirme au Daily Mail une ambiance familiale délétère, se souvenant notamment d'un épisode survenu pendant la chimiothérapie de leur mère, durant lequel Tony, resté couché, aurait réclamé bruyamment son thé en tapant au plafond pendant qu'elle cuisinait pour lui malgré son épuisement, alors que les rôles, selon lui, auraient dû être inversés.

« Il ignorait tout ce que le reste d'entre nous avait traversé, et le faisait passer pour une sorte de héros, ce qui n'était tout simplement pas vrai. »

Deux filles, deux mémoires opposées

La découverte du squelette a ravivé, au sein de cette famille recomposée, des lignes de fracture anciennes. Mary Rickard, fille biologique de Tony et demi-sœur de Jenny, a accueilli la nouvelle avec un soulagement sincère après un quart de siècle d'incertitude. « Justice sera rendue !!!! », a-t-elle écrit sur Facebook, décrivant son père comme son meilleur ami et promettant de lui rester fidèle jusqu'à leurs retrouvailles.

Pour Jenny, cette réaction a ravivé une colère différente. Elle affirme ne pas vouloir blesser sa demi-sœur, mais insiste pour que le public comprenne la véritable nature de cet homme plutôt que l'image d'une simple victime tombée au fond d'un puits, estimant qu'il a détruit un grand nombre de vies autour de lui. Elle raconte au Daily Mail avoir appris la découverte du squelette par un appel téléphonique de Mary elle-même, qui espérait la voir partager son soulagement, sans y parvenir, ne comprenant pas pourquoi Jenny ne montrait pas le même enthousiasme.

La colère de Jenny s'est également nourrie des réactions publiques suivant l'annonce, notamment des commentaires en ligne se souvenant de Tony comme d'un gentil garçon d'école. Pour elle, ces messages ignorent tout ce que sa mère a enduré derrière des portes closes, et cette mémoire édulcorée l'a profondément mise en colère.

Une nouvelle femme, un nouveau silence

Après la condamnation de Tony et le décès de Lynn, Jenny affirme avoir appris que son ex-beau-père avait rencontré une nouvelle compagne, Heather, alors âgée de 19 ans. Le couple aurait eu deux enfants avant de s'installer en Bretagne. En 2001, à la disparition de Tony, Heather aurait initialement affirmé qu'il avait quitté le domicile sans explication, une version que Mary aurait refusé d'accepter en signalant malgré tout sa disparition aux autorités britanniques, sans succès pendant des années.

Une empathie inattendue

Malgré tout, et sans jamais l'avoir rencontrée, Jenny dit vouloir aussi parler pour Heather, estimant qu'elle a probablement souffert, à sa manière, de la même emprise que sa propre mère avait subie par le passé. Elle précise que cela n'excuse en rien les faits qui lui sont reprochés, mais qu'il existe, selon elle, une forme de compréhension à avoir : l'affaire ne se résume pas, dit-elle, à l'image d'une femme simplement maléfique qui aurait abattu son compagnon.

Son frère Paul va dans le même sens, évoquant la possibilité que des années de menaces et d'intimidation aient fini par pousser Heather à un geste extrême. Connaissant le tempérament de Tony, il n'exclut pas qu'il ait pu la menacer de la tuer et de la jeter dans un puits, avant de conclure qu'elle a peut-être fini par estimer que c'était lui ou elle. Il précise ne pas savoir quel homme Tony était devenu sur le tard, mais se souvenir d'une personnalité effrayante durant sa jeunesse.

 En France, l'instruction judiciaire se poursuit à Rennes, sur la base des seuls éléments matériels et du témoignage du fils du couple. Vingt-cinq années après la disparition d'un homme que sa famille dépeint de deux façons irréconciliables, l'enquête ne tranche, pour l'instant, qu'une chose : il n'a jamais quitté Ménéac.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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