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Riyad assiégée sur trois fronts, Abu Dhabi absente du champ de bataille

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Derrière la rhétorique du général Turki al-Malki sur la responsabilité internationale en mer Rouge, se dessine une réalité plus amère : l'Arabie saoudite affronte seule une coalition de l'ombre qui l'encercle par le ciel, la mer et le territoire de son voisin irakien, pendant que son ancien partenaire émirati observe depuis la touche.

Le 7 août 2026, des roquettes houthies ont blessé onze civils dans la région saoudienne de Najran, au lendemain de frappes qui ont tué des dizaines de soldats yéménites à Marib et Hadramaout. La voix du porte-parole militaire saoudien réclame la solidarité du monde. Ce que cette voix ne dit pas est plus révélateur que ce qu'elle énonce.

Il y a une formule que les militaires utilisent quand ils n'ont plus de réponse convaincante : ils élèvent le niveau de la rhétorique. Le général Turki al-Malki, porte-parole de la coalition dirigée par Riyad, en a usé le 7 août en proclamant que la protection de la mer Rouge constituait « une responsabilité internationale » qui ne saurait incomber aux seuls États riverains. La formule est élégante. Elle est surtout un aveu.

Ce que le général ne dit pas

Au moins trente soldats des forces gouvernementales yéménites ont été tués et quinze autres blessés lors d'attaques houthies sur des camps militaires dans les gouvernorats de Hadramaout et de Marib, selon des sources gouvernementales yéménites. Des bilans ultérieurs ont porté ce chiffre à 58 morts selon une source militaire ayant communiqué à l'AFP, après un premier décompte de 38 tués rapporté par des sources médicales.

Ces frappes, qui ont visé des sites militaires dont certains gérés par les Forces d'urgence yéménites, sont les plus meurtrières depuis des années dans le cadre de la guerre civile du pays.

La Première Division des forces d'urgence a précisé que le bilan était particulièrement lourd parce que des soldats s'étaient rassemblés pour un exercice d'entraînement matinal - détail révélateur d'une vulnérabilité opérationnelle qui dépasse la simple question d'armement. Des hommes à découvert, dans un camp connu, à une heure prévisible.

Les Houthis ont affirmé avoir déclenché l'opération après avoir détecté ce qu'ils ont qualifié de large concentration militaire saoudienne en préparation d'une escalade contre les zones placées sous leur contrôle.

Séparément, la coalition dirigée par Riyad a fait état d'une attaque houthie contre la ville frontalière saoudienne de Najran, blessant onze civils dont une femme et un enfant. Le porte-parole de la coalition, Turki al-Malki, a dénoncé une « violation flagrante du droit international humanitaire ». Mais le général oublie de mentionner ce que Sanaa répond depuis des décennies : que c'est Riyad qui, depuis 2015, impose un blocus aérien et maritime au Yémen, privant la population de biens essentiels.

Les Houthis ont déclaré un blocus naval contre l'Arabie saoudite en mer Rouge le mois précédent, en réponse à ce qu'ils ont décrit comme un siège saoudien du Yémen, allégation que Riyad a démentie.

La géographie de l'encerclement

La nouveauté n'est pas dans les frappes elles-mêmes. Elle est dans leur géographie d'origine.

Reuters a confirmé ce que des sources régionales avaient rapporté deux jours plus tôt : le groupe houthi a mené des attaques contre l'Arabie saoudite depuis le territoire irakien, en coordination avec des factions armées irakiennes liées à l'« Axe de la résistance » soutenu par l'Iran, malgré des années de frappes américaines et israéliennes ciblant ces groupes depuis le début de la guerre de Gaza en 2023.

Des attaques ont été lancées depuis l'Irak depuis février 2026, menées par des experts houthis opérant des drones et des missiles depuis l'intérieur du territoire irakien. La coopération visait le transfert d'expertise et de formation, et le développement des capacités des factions alliées pro-iraniennes à opérer des drones et des missiles.

Depuis 2023, la mission militaire des Houthis en Irak a pris de l'importance en « aidant les groupes irakiens à franchir le pas vers l'utilisation de nouveaux missiles de croisière avancés pour la première fois ». En 2024, des opérateurs houthis ont été tués lors de frappes américaines en Irak. Le chef des rebelles, Abdul Malik al-Houthi, a lui-même reconnu en 2024 qu'une équipe d'opérations conjointes existait entre les milices irakiennes pro-iraniennes et les Houthis.
Le 28 juillet, les défenses antiaériennes saoudiennes ont abattu des drones lancés depuis le territoire irakien par des « milices terroristes affiliées à l'Iran ». Ces attaques ont visé des installations pétrolières dans la province orientale ainsi que Riyad elle-même.
Des jours auparavant, les forces houthies au Yémen avaient affirmé avoir frappé des sites de transport pétrolier « sensibles » reliant la province orientale au hub d'exportation de Yanbu sur la mer Rouge, et des images satellites avaient montré de la fumée s'élevant au-dessus des infrastructures pétrolières les plus importantes du royaume.

Ce triangle Sanaa-Bagdad-Téhéran n'est pas improvisé. L'Arabie saoudite se trouve désormais pressée de trois directions dans la guerre américano-iranienne en expansion - l'Irak au nord-est, le Yémen au sud-ouest, et l'Iran à l'est. Le 18 juillet, Téhéran avait frappé la base aérienne du Prince Sultan près de Riyad, un premier impact direct sur le sol saoudien en près de quatre mois.

Selon un analyste de Chatham House cité par Reuters, « il existe désormais un entraînement et une coordination directs entre membres de l'Axe de la résistance eux-mêmes, et pas seulement entre eux et l'Iran ». Autrement dit, les Houthis ne sont plus seulement un proxy de Téhéran : ils sont devenus un vecteur de formation qui démultiplie les capacités offensives de l'ensemble du réseau.

Le silence des Émirats, éloquent comme jamais

L'Arabie saoudite frappe à la porte de la solidarité internationale. Mais le voisin le plus proche, et jadis le plus puissant militairement sur ce théâtre d'opérations, garde les bras croisés.

Le ministère des Affaires étrangères des Émirats a néanmoins condamné le blocus houthi dans un geste de solidarité avec Riyad, appelant la communauté internationale à « assurer la mise en oeuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment la résolution 2216 sur le Yémen et la résolution 2722 sur les droits et la liberté de navigation en mer Rouge ». Une condamnation verbale, calibrée pour ne rien coûter.

Ni les Émirats arabes unis ni Oman ne se sont joints à la coalition maritime saoudienne, malgré des objectifs de sécurité similaires face au conflit centré sur l'Iran. Cette absence n'est pas une omission administrative. Les EAU faisaient partie de la coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite mais en ont retiré la quasi-totalité de leurs forces en 2020, puis leurs derniers éléments en janvier 2026, après l'échec de l'opération du Conseil de transition du Sud qu'Abu Dhabi soutenait.

Le retrait émirati n'est pas une neutralité bienveillante. C'est un repositionnement stratégique calculé. Depuis que les Émirats ont cessé de combattre aux côtés de Riyad au Yémen, le discours houthi à leur égard a évolué de manière spectaculaire sur les réseaux sociaux et dans les médias proches du mouvement - les qualifiant désormais d'« amis » là où ils étaient hier des ennemis. La rhétorique houthie épargne Abu Dhabi, cible les pétroliers d'Aramco, frappe les casernes saoudiennes. L'équation est lisible : la neutralité émiratie profite objectivement aux Houthis, qu'elle le soit intentionnellement ou non.
On se souvient qu'au plus fort de la guerre, les Émirats avaient bâti dans le sud yéménite un réseau de forces parallèles - le Conseil de transition du Sud notamment - qui court-circuitait l'autorité de Riyad sur les forces dites « légitimes ». En décembre 2025, le Conseil de transition du Sud, membre du Conseil de leadership présidentiel, avait étendu son contrôle sur le Yémen du sud non houthi et annoncé un référendum d'indépendance dans les deux ans ; en janvier 2026, une contre-offensive du Conseil de leadership présidentiel avait repris tous les gains territoriaux du CTS, dont les ministres avaient été expulsés. Riyad a gagné cette bataille intérieure. Mais Abu Dhabi a retiré ses troupes, ses réseaux et son soutien. Le prix de cette victoire à la Pyrrhus se paie aujourd'hui en sang.

Le Pakistan, parapluie nucléaire ou rideau de fumée ?

L'Arabie saoudite a mis en scène un autre levier : le pacte de défense mutuelle avec Islamabad.

L'Accord de défense mutuelle stratégique a été signé le 17 septembre 2025 au Palais Al-Yamamah à Riyad par le Prince héritier Mohammed ben Salmane et le Premier ministre Shehbaz Sharif. Il engage les deux pays à traiter toute agression contre l'un comme une agression contre les deux.

En application de ce pacte, le Pakistan a déployé en Arabie saoudite environ 8 000 militaires, un escadron de chasseurs JF-17, des drones militaires et des systèmes de défense aérienne avancés. Ce déploiement, entamé début avril 2026, représente la première activation opérationnelle majeure de l'accord bilatéral de défense.

L'Arabie saoudite a délibérément choisi la base aérienne du roi Abdulaziz à Dhahran, dans la province orientale - installée à environ sept kilomètres du siège de Saudi Aramco, à proximité de Ras Tanura, Jubail et d'autres infrastructures critiques de l'industrie pétrolière et pétrochimique saoudienne.

Le déploiement comprend jusqu'à dix-huit avions de chasse et aéronefs de soutien. Si les types exacts d'aéronefs n'ont pas été officiellement divulgués, la force aérienne pakistanaise opère une flotte mixte incluant les JF-17 Thunder et F-16 Fighting Falcon, tous deux capables de missions de défense aérienne, de frappe et d'escorte.

Des avions de chasse. Pas des bataillons terrestres. Pas de réponse aux frappes de missiles balistiques sur Marib. Le Pakistan est présent sur le sol saoudien - et reste absent de la conversation sur la contre-offensive.

Le ministre pakistanais de la Défense, Khawaja Asif, avait initialement déclaré que les capacités nucléaires du Pakistan « seraient absolument disponibles » dans le cadre du pacte, avant de se rétracter en précisant que les armes nucléaires n'étaient « pas au programme ». La correction n'a pas effacé la première déclaration des archives, et elle laisse entière la question de ce que « pas au programme » signifie exactement.

Il n'existe aucune exigence d'approbation parlementaire, aucun processus d'autorisation multi-institutionnel et aucun mécanisme de débat public entre un missile iranien frappant la base aérienne du roi Abdulaziz et la décision du chef militaire pakistanais d'activer ou non la clause de défense collective de l'accord.

Islamabad conduisait parallèlement une médiation dans les négociations de cessez-le-feu américano-iraniennes, et avait effectué des transferts de matériel militaire par pont aérien discrets tout au long de décembre 2025 et janvier 2026, notés par des observateurs en sources ouvertes. Le double jeu est structurel : le Pakistan a besoin des pétrodollars saoudiens et de la profondeur stratégique que lui offre ce partenariat, mais il a tout autant besoin de ne pas se retrouver en guerre ouverte avec l'Iran, avec lequel il partage une longue frontière.

La vraie question, que personne à Riyad ne pose officiellement, est celle-ci : si les Houthis frappent à nouveau une infrastructure critique saoudienne depuis l'Irak, le Pakistan enverra-t-il ses JF-17 au combat ? Ou se contentera-t-il d'augmenter le nombre de ses avions stationnés à la base du roi Abdulaziz, visibles sur les images satellites, invisibles sur les champs de bataille ?

L'internationalisation comme dernier recours

Revenons à la formule du général al-Malki. En proclamant que la formation de la Coalition de défense maritime multinationale reflète « une compréhension internationale partagée de l'ampleur des menaces pesant sur la sécurité maritime et la liberté de navigation », et qu'elle « incarne une responsabilité collective pour protéger les routes maritimes et les intérêts économiques mondiaux », il ne fait pas de philosophie maritime. Il confesse une impuissance.

La coalition a été formée pour protéger le transport maritime international et les routes d'approvisionnement énergétique en mer Rouge après les attaques et menaces houthies. Sa constitution avait été annoncée la semaine précédant la déclaration du général.

Cette coalition ne comprend ni les États-Unis ni l'Union européenne, qui avaient pourtant été invités à la rejoindre. Washington n'a pas dit non. Washington n'a pas dit oui. Washington regarde, calcule, et négocie en parallèle avec Oman un accord sur le détroit d'Ormuz qui lui importe davantage que le sort des pétroliers d'Aramco en mer Rouge.

Quatre pétroliers saoudiens avaient été contraints de faire demi-tour après que les Houthis avaient averti que tout navire faisant escale dans les ports saoudiens pourrait être ciblé « en tout lieu se trouvant à la portée opérationnelle des forces armées yéménites », aggravant les tensions autour du détroit de Bab al-Mandab, point de passage stratégique pour le commerce mondial et les flux énergétiques.

Les pétroliers quittant Yanbu pour les marchés asiatiques doivent transiter par Bab al-Mandab, laissant environ trois quarts des exportations saoudiennes par mer Rouge exposées aux perturbations houthies.

L'Arabie saoudite se retrouve ainsi dans une position qui aurait semblé impensable il y a cinq ans : elle réclame la solidarité internationale pour protéger ses propres eaux territoriales et ses propres casernes, pendant que les Houthis frappent depuis trois directions - le Yémen, l'Irak et la mer - avec une coordination que ni les frappes américaines répétées ni la coalition maritime de Riyad n'ont réussi à briser.

« Il existe désormais un entraînement et une coordination directs entre membres de l'Axe de la résistance eux-mêmes, et pas seulement entre eux et l'Iran »

Farea al-Muslimi, Chatham House, cité par Reuters

Le discours sur la responsabilité internationale a une vertu : il dilue la responsabilité nationale. Riyad peut continuer de montrer du doigt la communauté des nations défaillante plutôt que ses propres angles morts stratégiques - une coalition terrestre fragmentée, un partenaire émirati évaporé, un allié pakistanais aux engagements soigneusement calibrés pour ne jamais franchir le seuil de la guerre réelle, et un adversaire houthi qui a appris, en dix ans de survie sous les bombes, à transformer chaque revers en système.

CE QUE REVELE LA LISTE DES BLESSES DE NAJRAN

Parmi les onze civils blessés le 7 août figuraient sept Saoudiens dont une femme et un enfant de quatre ans brûlé au deuxième degré, un Yéménite, deux Égyptiens et un Pakistanais.

Cette composition - ressortissants de pays signataires ou proches de la coalition saoudienne - illustre la réalité démographique des régions frontalières, où vivent massivement des travailleurs étrangers.

Ironie cruelle : un ressortissant pakistanais a été blessé par une frappe houthie, le jour même où des chasseurs pakistanais stationnent sur le sol saoudien au titre d'un pacte de défense mutuelle censé protéger ces mêmes civils.

Par Khalid Al Shibani • L'Appel · L'Appel
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