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Grèce : le maire de Stylida en détention, son propre parc éolien accusé

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Une audition-fleuve à Thèbes, trois hommes derrière les barreaux, et une même main sur les deux dossiers.

Onze mille hectares partis en fumée. Trois hommes désormais derrière les barreaux. Et, au centre du dossier, une coïncidence qui ne doit rien au hasard : c'est l'entreprise du maire lui-même qui avait construit la ligne électrique aujourd'hui soupçonnée d'avoir tout déclenché.

Une nuit d'interrogatoire, un verdict à l'aube

L'audition a débuté jeudi matin, le 6 août 2026, et s'est achevée au petit matin de vendredi, vers 4h30, dans le bureau de la juge d'instruction de Thèbes. Trois hommes en sont ressortis sous mandat de dépôt : Giannis Apostolou, maire de la commune de Stylida, un ingénieur électricien, et le propriétaire de la société exploitant le parc éolien mis en cause.

La décision a été prise à l'unanimité par la magistrate instructrice et la procureure, au terme de plusieurs heures de délibération suivant les dépositions. Les trois hommes sont poursuivis notamment pour incendie volontaire en forêt et atteinte à des installations d'utilité publique, des chefs qui les exposent à plus de dix ans de prison.

L'entrepreneur et l'élu, une seule et même personne

Ce que les procès-verbaux ne formulent pas explicitement, mais que les pièces du dossier laissent clairement transparaître : c'est la propre entreprise de construction du maire qui avait édifié, plusieurs années plus tôt, la ligne aérienne de transport d'électricité aujourd'hui soupçonnée d'être à l'origine du sinistre. Cette ligne alimentait un parc éolien installé près du village balnéaire d'Agios Vassilios, à environ 85 kilomètres au nord-ouest d'Athènes.

L'homme chargé, en tant qu'élu local, de veiller à la sécurité de son territoire était donc aussi celui qui, en tant qu'entrepreneur privé, avait construit l'infrastructure aujourd'hui incriminée. Aucune enquête ne présente ce cumul comme un délit en soi. Mais il éclaire d'un jour particulier une question posée depuis des années en Grèce : celle du contrôle réel exercé sur les réseaux électriques privés qui serpentent, souvent sans surveillance publique suffisante, à travers les zones rurales et forestières.

Le court-circuit d'une négligence

Les experts de la division grecque de lutte contre les crimes d'incendie ont établi que le feu est né d'un contact entre deux conducteurs du réseau, provoquant des étincelles tombées dans une végétation asséchée. Les examens menés sur place ont révélé des traces d'arc électrique, une fusion localisée du métal et une déformation des brins extérieurs des câbles, aujourd'hui saisis comme pièces à conviction.

Un premier signal avait pourtant été ignoré. Un départ de feu s'était déjà produit le 27 juin, à une centaine de mètres du point de départ de l'incendie du 31 juillet, sur cette même ligne. Il avait alors été maîtrisé rapidement, faute de vent. Cinq semaines plus tard, le vent, lui, ne manquait pas.

Un chantier qui remonte à 2023

Une déposition sous serment, livrée par un ingénieur mécanicien le 1er août, au lendemain de l'incendie, a permis de retracer l'historique du site : la construction du parc éolien dans son ensemble avait débuté durant l'été 2023. Le réseau de distribution qui le dessert est en partie souterrain avant de se transformer en ligne aérienne posée sur des poteaux de bois, jusqu'aux installations des éoliennes elles-mêmes.

« L'homme chargé de protéger le territoire est aussi celui qui avait construit l'infrastructure accusée de l'avoir embrasé. »

Le bilan d'un désastre encore ouvert

Le feu, qualifié de « mégafeu » par l'Observatoire national d'Athènes, a détruit plus de 11 000 hectares en cinq jours, avec 55 % des surfaces parties en fumée dès la première nuit. Il a fallu attendre le mardi 4 août pour que les flammes soient totalement maîtrisées. Plus de 120 bâtiments, dont des habitations, ont été endommagés ou détruits, selon un premier bilan des autorités.

L'énergie dégagée par le brasier, 380 térajoules selon les mêmes estimations, équivaut à six fois celle de la bombe atomique d'Hiroshima. Trois pompiers et les deux membres d'équipage d'un hélicoptère anti-incendie, entrés en collision avec un autre aéronef pendant la lutte contre les flammes, ont perdu la vie.

L'opposition socialiste a dénoncé une négligence de l'État dans la prévention des feux et dans l'entretien du réseau électrique, pointant notamment le retard pris dans l'enfouissement des lignes à haute tension. Le parti Pasok a estimé que la crise climatique ne pouvait servir d'alibi aux insuffisances de l'État.

Une région à vif

La Grèce affronte depuis fin juillet des dizaines de départs de feu, y compris sur les îles touristiques de Paros et de Crète, en pleine saison estivale. Des experts ont chiffré l'ampleur du phénomène sur la dernière décennie : 42 % de la superficie forestière de l'Attique est partie en fumée entre 2017 et 2026, un taux qui grimpe à 64 % pour la seule Attique occidentale.

Ce vendredi, plusieurs régions grecques demeurent classées en risque d'incendie de niveau 4 sur 5. La saison, elle, est loin d'être terminée.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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