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Les immigrés ont-ils plus d’avantages que les Français ? Le mythe face à la réalité

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Pourquoi les immigrés sont plus pauvres, et ce que cette pauvreté révèle d'un système, pas d'un individu

Le fact-check est vite fait, la version selon laquelle les migrants toucheraient plus que les Français ne résiste pas aux chiffres de l'Insee. Mais s'arrêter là revient à répondre à la mauvaise question. La question qui compte n'est pas de savoir si le mythe est faux, il l'est, c'est de comprendre pourquoi un quart de la population immigrée vit sous le seuil de pauvreté dans un pays où elle travaille, cotise et paie ses impôts comme les autres.

Un quart de moins, ce n'est pas un hasard statistique

Le niveau de vie médian des immigrés s'établit à 1 505 euros par mois contre 1 974 euros pour les personnes nées en France, selon les dernières données détaillées de l'Insee, soit un écart de 24%. Ce chiffre n'est pas une photographie neutre de deux populations différentes, c'est le résultat mesurable d'un ensemble de mécanismes précis, dont la plupart n'ont rien à voir avec un quelconque manque d'effort individuel.

Le premier mécanisme, un diplôme qui ne vaut plus rien en traversant une frontière Une étude de l'OCDE portant sur l'année 2020 établit que seulement 25% des immigrés diplômés occupent un emploi correspondant à leur niveau d'études. Autrement dit, trois immigrés qualifiés sur quatre travaillent en dessous de leur formation réelle. La cause n'est pas un déficit de compétence, elle tient à l'absence de mécanisme clair de reconnaissance des diplômes étrangers, une procédure longue, coûteuse, et qui décourage une partie des candidats avant même qu'ils ne l'entament.

Ce gâchis de compétences a un nom en économie du travail, le déclassement. Un ingénieur devenu livreur, un médecin devenu aide-soignant, ne sont pas des anecdotes isolées, ils sont la traduction individuelle d'un système qui n'a pas construit de pont entre les qualifications acquises ailleurs et le marché du travail français.

Le deuxième mécanisme, des portes fermées par la loi elle-même

5,3 millions d'emplois sont statutairement interdits aux étrangers non ressortissants de l'Union européenne en France, qu'il s'agisse de la fonction publique, de professions réglementées ou de postes soumis à condition de nationalité. Ce chiffre ne relève d'aucune discrimination informelle, il est écrit dans le droit. Il réduit mécaniquement, avant même toute candidature, l'éventail des postes accessibles à une partie de la population immigrée, indépendamment de ses qualifications.

« Trois immigrés diplômés sur quatre travaillent en dessous de leur formation. Ce n'est pas un choix qu'ils ont fait, c'est un système qui ne reconnaît pas ce qu'ils savent faire. »

Le troisième mécanisme, une discrimination que l'Insee a mesurée elle-même L'Insee a conduit une étude de testing sur les personnes d'origine maghrébine diplômées, de niveau CAP à bac+5, ayant étudié et travaillé en France. Le résultat est sans ambiguïté, elles sont nettement moins souvent rappelées par les recruteurs pour un entretien, à profil et trajectoire strictement comparables à des candidats sans ascendance migratoire. Chez les hommes, 91% de l'écart de taux de chômage avec les hommes sans ascendance migratoire ne s'explique par aucune différence de profil ou de parcours professionnel, contre 34% chez les femmes.

Ce chiffre de 91% mérite d'être lu pour ce qu'il est, une mesure officielle, produite par l'institut statistique de l'État lui-même, et non une estimation militante. Il signifie qu'à qualification, expérience et trajectoire identiques, l'écart de chômage entre deux candidats ne s'explique, dans neuf cas sur dix, par rien d'autre que l'origine perçue du nom ou du visage sur le CV.

Le débat qui reste, lui, sincèrement disputé

Sur le coût net de l'immigration pour l'ensemble des finances publiques, au-delà des seules prestations sociales déjà expliquées, aucun consensus chiffré n'existe, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Le budget consacré à la politique d'immigration et d'asile elle-même, administration et accueil compris, s'élevait à 7,9 milliards d'euros en 2024, un chiffre qui ne mesure en rien le solde global entre ce que paient et ce que reçoivent les immigrés dans leur ensemble.

Sur cette question plus large, l'Institut Montaigne évalue l'impact fiscal global de l'immigration comme proche de la neutralité, quand l'Observatoire de l'immigration et de la démographie, dont le conseil d'orientation est composé pour partie de proches de la droite parlementaire selon des enquêtes journalistiques indépendantes, avance des coûts nets chiffrés en dizaines de milliards d'euros. Chacun mobilise une méthodologie différente, sur un périmètre différent, avec des hypothèses différentes sur ce qu'il faut inclure ou exclure du calcul. Prétendre trancher ce débat d'un chiffre unique serait aussi malhonnête que le mythe que ce texte cherche à corriger.

Pourquoi la fable du privilège est plus confortable que la réalité La version du privilège offre un avantage psychologique et politique que la réalité statistique n'offre pas, elle ne demande de remettre en cause ni le système de reconnaissance des diplômes, ni les 5,3 millions d'emplois fermés par la loi, ni les pratiques de recrutement mesurées par l'Insee elle-même. Elle déplace la responsabilité d'un dysfonctionnement structurel vers la victime statistique de ce dysfonctionnement.

Corriger le mythe par les chiffres du niveau de vie ne suffit donc pas à clore le sujet, cela ne fait que révéler la question suivante, plus inconfortable, pourquoi un pays laisse-t-il inemployées les compétences d'un quart de sa population immigrée diplômée, et pourquoi une partie de l'écart de chômage documenté reste-t-elle statistiquement inexpliquée sauf par l'origine.

Un quatrième mécanisme, invisible dans les moyennes globales

Les moyennes nationales masquent une fracture interne à la population immigrée elle-même. L'écart de chômage inexpliqué par le profil atteint 91% chez les hommes d'origine maghrébine, contre 34% chez les femmes de la même origine, un écart qui ne s'explique pas par une différence de compétence entre les sexes, mais par le fait que les femmes, toutes origines confondues, accèdent déjà moins souvent aux fonctions d'encadrement que les hommes, ce qui réduit statistiquement l'écart supplémentaire imputable à l'origine. Les immigrés occupent par ailleurs plus souvent des postes d'ouvriers, 29% contre 18% pour l'ensemble de la population active, et moins souvent des postes de profession intermédiaire, 17% contre 28%, une répartition qui pèse directement sur le niveau de vie médian sans qu'aucun chiffre agrégé ne le montre isolément.

Ce que cela signifie

Deux lectures s'affrontent sur la portée de ces données. La première verrait dans la pauvreté relative des immigrés une conséquence naturelle et transitoire de l'arrivée récente sur le territoire, appelée à se résorber avec le temps et l'intégration. La seconde y verrait la preuve d'obstacles structurels, juridiques et comportementaux, qui ne se résorbent pas spontanément et qui continuent de produire leurs effets même chez des personnes diplômées en France, formées en français, et présentes depuis longtemps.

Les données du testing de l'Insee, portant spécifiquement sur des personnes formées et diplômées en France, pèsent nettement en faveur de la seconde lecture. L'argument de l'adaptation par le temps ne tient plus lorsque la discrimination mesurée touche des candidats qui ont suivi exactement le même parcours scolaire et professionnel que leurs concurrents non issus de l'immigration. Le facteur qui explique l'écart, dans ce cas précis, n'est plus la trajectoire, c'est l'origine elle-même.

Le mythe du privilège protège un système de son propre bilan. Les chiffres, eux, ne racontent pas l'histoire d'un peuple qui prendrait plus qu'il ne donne, ils racontent celle d'un pays qui prend le travail et les impôts, sans toujours reconnaître ni le diplôme, ni le nom, ni le visage qui les accompagnent.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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