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Il gardait son père au congélateur et touchait deux pensions de morts

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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Un hôtel fantôme, des chaînes sur chaque porte, et une sœur qui a fini par parler

Quatre ans, peut-être cinq. C'est le temps que les habitants de Mystras ont passé à croiser un hôtel muré, des plots orange, des chaînes sur le portail, sans jamais revoir le vieil homme de 90 ans qui vivait, disait-on, quelque part derrière ces murs. Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que la réponse les attendait au sous-sol, dans un congélateur professionnel.

Un village qui n'osait plus poser de questions

Mystras se love au pied d'une forteresse byzantine du Péloponnèse, un décor où tout le monde connaît, en principe, la vie de tout le monde. L'hôtel appartenant à la famille avait pourtant cessé de recevoir des clients depuis des années. Il n'avait rien d'un bâtiment laissé à l'abandon pour autant, quelqu'un veillait sur lui avec une rigueur presque militaire.

Des chaînes verrouillaient les accès. Des plots de signalisation barraient l'entrée. Des caméras de surveillance restaient braquées sur le moindre visiteur. Même les techniciens du réseau électrique, venus pour relever un simple compteur, se voyaient refoulés à la porte, sans explication acceptée.

Les voisins avaient bien remarqué l'absence du nonagénaire qui vivait là. Certains racontent ne pas l'avoir aperçu depuis quatre ou cinq ans. Mais dans un village où l'on se contente parfois de silences familiaux, personne n'avait forcé la porte. Il aura fallu un signalement, arrivé un jour à la police de Laconie, pour que la question posée tout bas depuis des années remonte enfin jusqu'aux autorités.

Le mensonge d'Athènes

Mardi 4 août, convoqué au service d'enquête et d'élucidation des crimes de Sparte, le fils de 55 ans du disparu livre sa version sans trembler. Son père a déménagé à Athènes, où il coule des jours tranquilles, loin de Mystras. L'histoire tient, le temps d'une audition.

Les enquêteurs ne s'arrêtent pas à cette version. Ils composent un autre numéro, celui de la propre sœur du suspect. Elle répond qu'elle n'a pas revu leur père depuis des années. Et qu'à sa connaissance, il n'a jamais quitté Mystras, il vivait avec son frère, dans cet hôtel muré de chaînes.

En une phrase au téléphone, le récit patiemment construit s'effondre. Le parquet délivre dans la foulée un mandat pour perquisitionner l'établissement fermé, cette fois avec la force de la loi plutôt qu'avec la curiosité d'un voisin.

« Il vivait avec son frère, à Mystras. En une phrase au téléphone, la sœur du suspect vient de faire s'effondrer deux ans et demi de mensonge. »

Ce que le sous-sol cachait

Sous l'hôtel désert, les policiers descendent. Au sous-sol, un congélateur professionnel, de ceux que l'établissement devait autrefois utiliser pour ses cuisines. À l'intérieur, le corps du père, disparu de la vie publique depuis des années, retrouvé enfin par ceux qui le cherchaient sans le savoir.

Face aux enquêteurs, le fils change de version et finit par avouer. Son père serait mort de causes naturelles, explique-t-il, il y a environ deux à deux ans et demi. Un chiffre qui ne colle toujours pas avec les quatre ou cinq années que plusieurs voisins évoquent de leur côté, un écart que seule l'autopsie pourra un jour trancher avec certitude.

Le mobile, en revanche, ne laisse guère de place au doute. Le suspect n'aurait pas seulement continué à percevoir la pension de son père après sa mort. Il aurait aussi encaissé, pendant toute cette période, celle de sa mère, morte elle aussi, sans jamais déclarer ni l'un ni l'autre décès.

Le visage caché, vendredi au tribunal

Le jour de sa première comparution, le suspect se présente le visage dissimulé, encadré par un imposant dispositif policier, traversant en silence le palais de justice de Sparte. Il y reste environ une heure avant de repartir, après avoir obtenu le délai qu'il demandait.

Il devra s'expliquer vendredi 7 août devant le tribunal, cette fois sur le fond. Les charges retenues contre lui, fausse déclaration, escroquerie répétée, et une infraction distincte à la législation sur les armes, dessinent le portrait d'un dossier plus large qu'un simple mensonge de famille, celui d'un homme qui a organisé, méthodiquement et sur plusieurs années, la disparition administrative de deux personnes tout en continuant de vivre de leur mort.

L'hôtel n'a plus reçu un seul client depuis des années. Il n'a, en revanche, jamais cessé de recevoir de l'argent.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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