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DZ Mafia : quand le crime organisé défie l’État

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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L'arrestation de Mehdi Laribi en Algérie révèle à la fois l'étendue du problème DZ Mafia et les limites structurelles d'un État qui doit négocier sa propre souveraineté pénale avec un pays tiers.

Le 31 juillet 2026, un homme surnommé « TIC » était arrêté à Alger sur mandat d'arrêt français. Mehdi Laribi, 36 ans, présenté comme l'un des fondateurs de la DZ Mafia, avait cru trouver dans sa double nationalité un bouclier infranchissable. Son arrestation ne clôt rien - elle ouvre une question autrement plus vaste : les gangs sont-ils devenus plus forts que les États qui les combattent ?

Trente mois. C'est le temps qu'il aura fallu depuis l'ouverture de l'enquête « Octopus » par la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, en février 2024, pour que la justice française touche enfin l'un des hommes qu'elle considérait comme inaccessibles. Mehdi Laribi, dit « TIC », 36 ans, Franco-Algérien originaire de Marseille, a été arrêté le 31 juillet 2026 en Algérie dans le cadre de ce mandat d'arrêt français. Selon des sources policières citées par Franceinfo, il figure parmi les cinq ou six membres fondateurs du groupe criminel.

L'homme était en fuite depuis plusieurs années. Il avait quitté la France pour opérer depuis l'étranger, et les enquêteurs le soupçonnaient d'avoir trouvé refuge en Algérie. Mehdi Laribi possède la double nationalité et l'Algérie n'extrade pas ses ressortissants. Ce détail n'est pas anodin - il résume à lui seul l'impasse juridique dans laquelle se trouvait la justice française face à cet homme.

Une machine judiciaire mise à l'épreuve

L'opération Octopus, sur laquelle repose tout l'édifice de cette arrestation, avait déjà frappé fort au printemps dernier. Vingt-six personnes soupçonnées d'appartenir à la DZ Mafia avaient été mises en examen, dont quinze placées en détention provisoire, à l'issue des interpellations des 9 et 10 mars 2026, annoncées par le procureur Nicolas Bessone lors d'une conférence de presse le 14 mars. L'opération avait été préparée depuis plus de dix-huit mois par les juges d'instruction de la JIRS de Marseille et avait mobilisé quelque 900 gendarmes appuyés par le GIGN.

Tout avait commencé le 22 février 2024 avec la dénonciation d'un juge d'instruction révélant que des gérants de points de vente de drogue rendaient des comptes réguliers à un cadre de la DZ Mafia incarcéré. La JIRS de Marseille avait alors ouvert une enquête, convaincue que plusieurs membres importants de cette structure poursuivaient leurs activités criminelles depuis leurs lieux de détention.

Plusieurs investigations ont confirmé que des chefs présumés continuaient de diriger leurs opérations depuis leurs cellules. C'est précisément ce constat qui avait déclenché, le 22 février 2024, l'ouverture par la JIRS de Marseille de l'enquête devant mener à Octopus deux ans plus tard - les gérants de points de deal rendant régulièrement des comptes à un cadre incarcéré. La prison, censée couper les liens, était devenue une plateforme de coordination.

L'État avait répondu par la création de quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO), espaces de très haute sécurité conçus pour isoler les têtes de réseau. Mais l'enquête Octopus avait exposé les limites du dispositif : un avocat lyonnais avait été mis en examen et placé en détention provisoire pour avoir, selon le parquet, permis à un détenu de communiquer avec l'extérieur depuis la prison de Vendin-le-Vieil.

Ce que l'arrestation de Laribi révèle vraiment

La portée symbolique du 31 juillet est évidente. Pour la première fois, un homme considéré comme un fondateur de la DZ Mafia, protégé par une double nationalité et par la règle algérienne de non-extradition, a été arrêté sur le sol algérien à la demande de la France. Placé sous contrôle judiciaire, il demeure sur le territoire algérien - Alger refusant toujours de livrer ses ressortissants.

Ce détail est fondamental. Il délimite la frontière réelle du succès. Laribi est arrêté, oui - mais il n'est pas extradé. Il est sous contrôle judiciaire algérien, et non pas derrière des barreaux français. La question de son jugement éventuel en France demeure entière. Les autorités judiciaires françaises n'ont pas précisé les modalités procédurales prévues pour la suite.

Le 18 mai 2026, Paris et Alger avaient acté une « reprise concrète » de leur « coopération judiciaire opérationnelle », une annonce faite par l'entourage de Gérald Darmanin lors de son déplacement à Alger. Darmanin et son homologue algérien Lotfi Boudjemaa avaient discuté du dossier DZ Mafia, mais aussi des biens mal acquis et de la coopération judiciaire civile.
Ces échanges marquaient selon le ministère français de la Justice « la reprise concrète de notre coopération judiciaire opérationnelle » après « deux années d'interruption totale ». Deux années pendant lesquelles Mehdi Laribi, précisément, circulait librement en Algérie.
Lors de ce déplacement, l'entourage de Darmanin avait déclaré venir « avec une liste de certaines personnes affiliées ou complices de cette organisation », précisant qu'elles « sont soupçonnées d'occuper des rangs importants dans la DZ Mafia ». L'arrestation de Laribi dix semaines plus tard n'est pas un hasard de calendrier.

La DZ Mafia, une organisation qui pense plus vite que l'État ne légifère

Ce groupe criminel, constitué à Marseille début 2023, est une coalition de gangs locaux. Si son nom fait explicitement référence à l'Algérie par l'acronyme « DZ », plusieurs analystes soulignent qu'il est le produit de dynamiques criminelles, sociales et institutionnelles proprement françaises.

Avant de s'imposer dans le paysage phocéen, la DZ Mafia avait livré en 2023 une guerre sanglante contre le clan des Yoda, faisant une cinquantaine de morts, dont au moins quatre victimes collatérales. Ce bain de sang inaugural lui a permis de se tailler un territoire et une réputation que ni la police ni la justice n'ont pu contester pendant des mois.

La DZ Mafia est suspectée d'être l'un des principaux réseaux de narcotrafic opérant depuis Marseille, ville qui possède une longue histoire comme plaque tournante du commerce de la drogue. Mais l'organisation a depuis longtemps débordé ses frontières initiales.

Considéré comme l'un des fondateurs de l'organisation, Laribi incarnait un groupe qui contrôlait le trafic de drogue à Marseille et dont les activités s'étaient étendues dans d'autres villes de France. Le Gard en est la démonstration la plus récente et la plus inquiétante.

Alès ou l'extension tentaculaire d'un pouvoir criminel

Le 20 juillet 2026, Christophe Rivenq, maire LR d'Alès, avait été exfiltré de son domicile par le Raid en pleine nuit après avoir reçu une lettre contenant deux balles de calibre 9 mm accompagnées de menaces de mort. La lettre, découverte le 16 juillet, était signée du nom du groupe criminel, et des inscriptions menaçantes avaient également été taguées sur les murs de sa clôture.

La réaction de l'organisation fut pour le moins inédite. Des personnes cagoulées se revendiquant de la DZ Mafia diffusèrent une vidéo sur les réseaux sociaux pour nier toute implication du groupe dans les menaces visant l'édile gardois. Dans cette vidéo, un porte-parole masqué affirmait que l'organisation « n'est en aucun cas responsable » de ces menaces, les qualifiant « d'acte lâche et odieux » tout en assurant que le groupe cherchait lui-même à identifier les auteurs « de cet acte qui nuit énormément à leurs affaires ».
Selon l'équipe des Révélateurs de FranceTV, la vidéo n'était « pas ancienne » mais les analystes ne pouvaient « pas être plus précis sur l'identité des auteurs à ce stade, ni affirmer avec certitude » que ses auteurs appartenaient bien à la DZ Mafia. En revanche, une source proche des dossiers liés à la DZ Mafia avait assuré à France Télévisions que la vidéo était « authentique » et qu'elle avait été réalisée par des membres d'une nouvelle branche du groupe, basée à Alès.
Ce glissement mérite attention. Une organisation criminelle qui publie des communiqués de presse pour soigner son image, qui distingue ses opérations légitimes de celles d'imposteurs, qui parle « d'affaires » et de « réputation » - c'est une organisation qui a intégré les codes de la communication institutionnelle. Elle ne se contente plus d'opérer dans l'ombre. Elle revendique une présence, une lisibilité, presque une personnalité morale.

La question que personne ne pose franchement

Les gangs sont-ils devenus plus forts que les États ? La question n'est pas rhétorique. Elle mérite d'être pesée avec précision.

D'un côté, les arguments de la puissance publique. Le 9 mars 2026, une opération d'une envergure exceptionnelle conduite par plus de mille militaires de la Gendarmerie nationale avait permis l'interpellation de 43 individus soupçonnés d'occuper un rôle important au sein de la DZ Mafia. La création du Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO), opérationnel depuis le 5 janvier 2026 au tribunal judiciaire de Paris, coordonne les JIRS sur les affaires transnationales. C'est l'équivalent organisé contre le crime, de ce que le PNAT représente face au terrorisme depuis 2019.

De l'autre, les limites béantes. Plusieurs chefs présumés de la DZ Mafia ont continué à piloter leurs réseaux depuis leurs cellules pendant des mois avant d'être découverts. L'État a dû négocier une coopération judiciaire avec Alger sur fond de crise diplomatique pour arrêter un seul homme - qui n'est toujours pas extradé. Une source policière évoquait prudemment, dès mars 2026, une possible « recomposition de la scène criminelle marseillaise » après les arrestations d'Octopus - formule qui signifie, traduite sans ménagement, que frapper un tentacule ne tue pas la pieuvre.

Certains observateurs et analystes ont dénoncé une tentative de la France d'externaliser la responsabilité de ses crises internes en faisant de la DZ Mafia un dossier bilatéral franco-algérien. Le nom de l'organisation fait référence à l'Algérie, mais les critiques soulignent qu'elle est le produit de dynamiques criminelles, sociales et institutionnelles proprement françaises. Le débat n'est pas qu'académique - il conditionne les politiques publiques qui seront déployées.

Le vrai test qui vient

L'arrestation de Laribi constitue une victoire diplomatique autant que judiciaire. Elle démontre que la pression française exercée lors de la visite de Darmanin à Alger en mai dernier a produit un résultat concret, et que les deux capitales avaient bien repris des échanges à bas bruit depuis début 2026, d'abord sur la sécurité et les réadmissions, puis sur la justice.

Mais elle expose aussi la fragilité du dispositif. La coopération judiciaire franco-algérienne a fonctionné cette fois parce qu'elle s'inscrivait dans un contexte de réchauffement diplomatique global. Les autorités algériennes, de leur côté, réclament des réponses sur les commissions rogatoires liées aux avoirs des oligarques algériens en France, et contestent également le maintien en détention provisoire d'un agent consulaire impliqué dans l'affaire du Youtubeur Amir DZ. La coopération est donc bilatérale dans sa structure - elle implique des concessions des deux côtés, et sa pérennité dépend de l'équilibre de ces concessions.

Si demain les tensions diplomatiques se rouvrent, si un dossier sensible fait dérailler les échanges, les fugitifs français en Algérie retrouveront leur immunité de fait. La prochaine arrestation dépendra d'un équilibre politique, pas d'un traité.

C'est précisément là que réside la réponse à la question initiale. Non, les gangs ne sont pas devenus plus forts que l'État au sens strict. Mais ils ont appris à exploiter la fragmentation de la souveraineté étatique - les frontières entre juridictions, les brèches diplomatiques, les délais de la coopération internationale. Mehdi Laribi a vécu cinq ans dans cet espace de fracturation. Il n'en est sorti que parce que deux gouvernements ont décidé, provisoirement et mutuellement, d'en refermer les portes.

Ce qui frappe, en définitive, n'est pas la puissance de la DZ Mafia. C'est la modestie structurelle de la riposte - et le fait qu'une organisation criminelle marseillaise ait réussi à transformer sa capture en question de politique étrangère.

« Une cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée a été interpellée en Algérie »

Gérald Darmanin, ministre de la Justice, le 5 août 2026

DZ MAFIA - LES JALONS D'UNE MONTEE EN PUISSANCE

2023 - Guerre sanglante contre le clan des Yoda à Marseille, environ 50 morts dont 4 victimes collatérales ; la DZ Mafia s'impose sur la scène criminelle phocéenne.

Février 2024 - Ouverture de l'enquête « Octopus » par la JIRS de Marseille après la révélation que des chefs incarcérés continuaient de diriger leurs réseaux depuis leurs cellules.

9-10 mars 2026 - Opération Octopus : plus de 1 000 gendarmes, 43 interpellations, 26 mises en examen dont 15 en détention provisoire ; un avocat lyonnais mis en examen pour complicité.

5 janvier 2026 - Entrée en fonction du Parquet national anti-criminalité organisée (PNACO), calqué sur le modèle antiterroriste.

18 mai 2026 - Visite de Gérald Darmanin à Alger ; reprise de la coopération judiciaire franco-algérienne après deux années d'interruption totale.

16 juillet 2026 - Le maire d'Alès, Christophe Rivenq, reçoit une lettre contenant deux balles de 9 mm signée DZ Mafia ; exfiltré par le Raid le 20 juillet.

22 juillet 2026 - Diffusion d'une vidéo de cagoulés se réclamant de la DZ Mafia et niant toute implication dans les menaces contre l'édile alésien.

31 juillet 2026 - Arrestation de Mehdi Laribi, 36 ans, dit « TIC », en Algérie ; placé sous contrôle judiciaire - non extradé.
Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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