Après l'incendie volontaire d'une salle municipale par deux enfants de 10 et 13 ans, la maire d'Amélie-les-Bains a signé un arrêté inédit interdisant aux moins de 15 ans de sortir seuls la nuit. Un geste politique autant que sécuritaire, dans un département habitué à brûler.
La commune thermale d'Amélie-les-Bains-Palalda, dans les Pyrénées-Orientales, a franchi un cap le 30 juillet 2026. Face à une série d'actes incendiaires imputés à des mineurs, sa maire a imposé un couvre-feu nocturne jusqu'à la rentrée scolaire. Derrière cet arrêté se profile une réalité nationale alarmante : sur les 308 personnes interpellées en France pour des départs de feu depuis fin juin, près de 120 sont des mineurs.
Par la Rédaction
Dans la nuit du lundi 27 au mardi 28 juillet 2026, deux enfants de 10 et 13 ans ont mis le feu à une salle communale à Amélie-les-Bains, dans les Pyrénées-Orientales. Ce bâtiment communal et associatif, surnommé le « soutien-gorge » en raison de la forme particulière de son toit, a été calciné, son toit gondolé par les flammes, ses murs noircis de suie. L'intervention rapide des sapeurs-pompiers a permis d'éviter que le feu ne se propage au massif forestier voisin, fortement fragilisé par la sécheresse estivale.
C'est la police municipale qui a interpellé les deux auteurs présumés sur place, deux garçons à peine âgés de 10 et 13 ans. Trois plaintes ont depuis été déposées - l'une par la mairie, une autre par la Communauté de communes du Vallespir, une troisième par le club de football local qui stockait son matériel dans la salle. Une enquête a été ouverte par les gendarmes.
Un arrêté au bord du précipice juridique
Pour prévenir de futurs drames dans cette zone de montagne à haut risque, la maire a signé un arrêté le 30 juillet 2026 : jusqu'au 1er septembre inclus, entre 23 heures et 6 heures, tout mineur de moins de 15 ans a l'interdiction de circuler sur la voie publique sans être accompagné d'un adulte. L'interdiction porte sur le périmètre du centre-ville. En cas de non-respect, les parents du mineur s'exposent à une amende de 35 euros.
Ce n'est pas la première fois que Marie Costa sort cet outil du tiroir. L'hiver dernier, la maire avait déjà instauré un couvre-feu similaire pour les moins de 15 ans. La justice, saisie notamment par la Ligue des droits de l'Homme, l'avait ensuite annulé. La mesure est donc fragile juridiquement, mais politiquement assumée. L'élue explique vouloir « tirer la sonnette d'alarme afin de responsabiliser les parents ».
Un vol de sac à main dans un appartement et la destruction de véhicules privés ont également été constatés, en lien avec des mineurs, contribuant à forger l'argumentaire municipal. La mairie note en effet une recrudescence de faits de délinquance impliquant des mineurs de moins de 15 ans en 2026, dont plusieurs concernent des incendies - feux de poubelles au cimetière, tentative de feu dans une rue de la commune.
Un département sous braises, une France qui s'embrase
Le contexte dépasse largement les frontières d'une commune de 3 500 habitants. Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, indiquait le 31 juillet que, sur les 308 personnes interpellées en France depuis la fin du mois de juin pour des départs de feu, 120 étaient des mineurs. Un chiffre qui donne à l'arrêté d'Amélie-les-Bains une résonance nationale.
Avec la succession de canicules et le manque de pluie, la sécheresse des sols a atteint des niveaux catastrophiques et le risque d'incendies s'est généralisé à l'ensemble de la France. À la mi-juillet 2026, les feux avaient déjà parcouru plus de 42 000 hectares en France, un nouveau record - chiffre porté à 115 000 hectares au 26 juillet.
Les Pyrénées-Orientales, elles, vivent avec ce danger comme une donnée permanente. Le département connaît certains des incendies les plus dévastateurs du pays : en 2023, plus de 9 000 hectares avaient brûlé lors d'un seul épisode, sous l'effet de la tramontane, vent violent et asséchant qui reste l'accélérateur principal des feux. En juillet 2026, ce sont 2 000 personnes qui avaient été évacuées de Canet-en-Roussillon après un incendie déclaré le 2 juillet dans le même département.
Marie Costa, confrontée à cet arrière-fond de poudre sèche, refuse pourtant d'ériger le couvre-feu en réflexe saisonnier. Elle a déclaré ne vouloir le reconduire qu'en cas de nouvel incident. Le même 31 juillet, les chiffres nationaux interpellaient cependant sur l'ampleur du phénomène : sur 308 personnes arrêtées depuis fin juin pour des départs de feu, 120 étaient mineures. La maire, elle, pointe une « irresponsabilité générale » illustrée par des faits concrets - des individus ayant allumé sept feux dans un camping squatté, ou encore un mégot jeté depuis une trottinette électrique.
La mesure est en vigueur. Aucun mineur n'a été interpellé pour infraction depuis le 30 juillet. L'été, lui, est loin d'être terminé.
CE QU'IL FAUT RETENIR
Arrêté signé le 30 juillet 2026, valable jusqu'au 1er septembre
Interdit aux moins de 15 ans de circuler seuls en centre-ville entre 23 h et 6 h
Déclenché après l'incendie volontaire du « Mille Club des Jeunes » par deux enfants de 10 et 13 ans
Trois plaintes déposées, enquête de gendarmerie ouverte
Amende de 35 euros pour les parents contrevenants
Un précédent couvre-feu hivernal annulé par la justice après un recours de la LDH 120 mineurs interpellés pour incendies en France depuis fin juin 2026 (chiffre du préfet Nuñez, 31 juillet)






