Trente-six heures après sa chute à 350 mètres sous terre, l'homme a retrouvé la surface. Douze heures de civière ont suffi à mesurer l'ampleur du sauvetage.
11h15. Une civière franchit l'entrée du gouffre Lonné-Peyret. À l'intérieur, un homme d'une soixantaine d'années vient de vivre trente-six heures que la plupart des spéléologues espèrent ne jamais connaître. Il est vivant. La mission que L'Appel qualifiait, deux jours plus tôt, de mission impossible, vient de se conclure.
Une chute à 350 mètres sous la montagne
Tout commence le mercredi 29 juillet à 23 heures. Un spéléologue chute dans le gouffre de l'AP-7, dit Lonné-Peyret, sur le massif de la Pierre-Saint-Martin, à Arette, dans les Pyrénées-Atlantiques. La cote de la chute, moins 350 mètres, place immédiatement l'intervention parmi les plus profondes que le Spéléo Secours Français ait eu à mener cette année. L'alerte parvient au numéro national du SSF, et la préfecture des Pyrénées-Atlantiques active sans délai le dispositif ORSEC.
Dans les heures qui suivent, une première équipe d'assistance à victime, accompagnée d'un médecin, s'enfonce sous terre pour rejoindre le blessé. Elle installe un point chaud et parvient à stabiliser son état. Une liaison de transmission par le sol relie désormais le fond du gouffre à la surface - le seul lien entre l'homme allongé à 350 mètres de profondeur et le monde qui attend son retour.
« À 350 mètres sous la montagne, un point chaud et une liaison radio deviennent, pendant trente-six heures, tout ce qui sépare un homme de l'obscurité totale. »
Une montée en puissance méthodique
Le lendemain matin, jeudi 30 juillet à 8 heures, plus de 25 sauveteurs du SSF sont déjà engagés, épaulés par des sapeurs-pompiers et des gendarmes. Une équipe travaille au rééquipement des puits de la cavité, condition indispensable avant toute tentative d'évacuation. À 16 heures, le communiqué officiel précise que l'état de la victime demeure stable, maintenue au point chaud, tandis qu'une nouvelle équipe médicale relève la précédente et qu'un système téléphonique filaire vient compléter les transmissions.
C'est à cette heure que le dispositif atteint son ampleur réelle : les équipes techniques chargées de l'évacuation entre moins 350 et moins 150 mètres sont toutes engagées sous terre, pendant que d'autres se préparent à prendre le relais entre moins 150 mètres et la surface. Paul Doumenjou, directeur des secours souterrains du SSF et conseiller technique départemental adjoint en spéléologie, dirige la partie souterraine de l'opération. Plus de 35 sauveteurs, appuyés par une dizaine de gendarmes et sapeurs-pompiers spécialisés, sont désormais mobilisés.
Minuit : la civière s'engage vers la surface À 22 heures ce jeudi, l'ensemble des installations nécessaires à l'évacuation est enfin en place. Le PC du Spéléo Secours Français autorise le conditionnement de la victime en civière. Le point chaud, qui l'avait abritée pendant plus de vingt heures, est démonté. Commence alors une progression qui alterne puits verticaux et méandres si étroits que chaque mètre exige une manoeuvre calculée.
L'équipe d'assistance à victime ne quitte pas son poste : elle progresse en amont de la civière, prête à réinstaller un point chaud si l'évacuation devait s'arrêter, ou si l'état du blessé exigeait une nouvelle prise en charge médicale. À cette heure, 36 sauveteurs se relaient sous terre, chaque groupe démontant le matériel de son tronçon avant de remonter à son tour.
Dominique Dorez, qui a repris la direction des secours souterrains, estime alors que la sortie pourrait intervenir le vendredi matin - une prévision qui va se heurter, dans les heures suivantes, à la réalité du terrain.
« Trente-six sauveteurs se relaient sous terre, chacun démontant son propre tronçon avant de remonter. Aucun d'eux ne verra la sortie avant d'avoir fini son tour. »
La nuit qui a pris du retard
Toute la nuit de jeudi à vendredi, les équipes poursuivent la remontée sur la partie basse du gouffre, entre moins 200 et moins 350 mètres. Cette section se révèle, selon les mots mêmes du Spéléo Secours Français, particulièrement longue et exigeante : les passages les plus étroits imposent des manoeuvres délicates, et le temps de progression prend du retard sur l'estimation initiale.
Vers 6h30 ce vendredi matin, le commandement interrompt temporairement la progression pour permettre aux équipes de la partie basse de se réorganiser. Une partie des sauveteurs regagne la surface ; les autres se repositionnent sur la partie haute du gouffre, là où se concentrent désormais les dernières manoeuvres. Paul Doumenjou reprend alors la direction des secours souterrains pour cette phase finale. Une trentaine de sauveteurs restent engagés sous terre.
« Le retard sur l'estimation initiale n'est pas un échec. C'est le prix d'une cavité qui n'accorde rien de plus vite qu'elle ne le décide. »
11h15 : la sortie La victime est extraite du gouffre à 11h15 ce vendredi 31 juillet, par la dernière équipe en charge de la zone d'entrée. Elle est aussitôt prise en charge par le SDIS et les services médicaux, direction le centre hospitalier de Pau. Blessé aux membres inférieurs et supérieurs selon le premier bilan communiqué, l'homme a survécu à trente-six heures d'intervention et à près de douze heures d'évacuation continue depuis le point chaud.
Le Spéléo Secours Français précise que l'opération ne sera considérée comme totalement achevée que lorsque l'ensemble des sauveteurs encore sous terre, occupés au déséquipement du matériel installé tronçon après tronçon, seront eux aussi remontés à la surface. Au total, l'intervention aura mobilisé 50 sapeurs-pompiers renforcés par les Hautes-Pyrénées et la Gironde, 7 gendarmes du peloton de haute montagne, et 46 sauveteurs du Spéléo Secours Français.
« Douze heures de civière pour remonter ce qu'il avait fallu chuter en quelques secondes. La disproportion, à elle seule, résume la nature du sauvetage. »
La Cellule Ressource Opérationnelle Nationale du Spéléo Secours Français a adressé ses remerciements à l'ensemble des sauveteurs engagés dans ce qu'elle qualifie elle-même d'opération particulièrement complexe. Deux jours plus tôt, une chute à 350 mètres sous une montagne des Pyrénées ressemblait à une mission impossible. Elle s'est terminée par une civière, une ambulance, et un homme qui reverra le jour.






