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26 euros de hausse aujourd’hui, mais impossible de savoir de combien elle sera demain

La voix de ceux qui n'ont pas de voix
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La hausse de 2,5 % au 1er août paraît modeste. Elle arrive juste avant la fin d'un mécanisme qui protégeait les Français depuis quinze ans.

Vingt-six euros par an. Deux euros vingt par mois. Le chiffre est pensé pour ne pas faire peur. Il arrive pourtant six mois avant la disparition d'un dispositif qui, depuis 2011, empêchait les prix de l'électricité française de s'aligner sur ceux du marché européen.

Ce que dit le communiqué, chiffre par chiffre

La mécanique est connue et se répète deux fois par an. Le 16 juillet, la Commission de régulation de l'énergie a transmis ses préconisations sur les tarifs réglementés de vente d'électricité. Le gouvernement a validé une hausse moyenne de 2,5 % TTC à compter du 1er août, portant le niveau moyen du tarif de près de 6 euros par mégawattheure.

Pour une consommation annuelle de 4,5 mégawattheures, jugée représentative d'un foyer moyen, la facture passe de 1 046 à 1 072 euros - une hausse nette d'environ 26 euros sur l'année, pour près de 20 millions de foyers encore abonnés au tarif réglementé.

Le communiqué officiel attribue cette progression au TURPE, le tarif que chaque fournisseur paie pour utiliser les réseaux de transport et de distribution d'Enedis et de RTE, ainsi qu'à l'entrée en vigueur d'un nouveau mécanisme de capacité, destiné à garantir des réserves de production suffisantes lors des pics de consommation. Une baisse partielle de l'accise sur l'électricité, réservée aux compteurs de 36 kVA ou moins, atténue légèrement la note sans l'annuler.

« Vingt-six euros par an, deux euros vingt par mois : un chiffre calibré pour paraître supportable, presque anecdotique. »

Un chiffrage contesté avant même d'être appliqué

Ce que le communiqué de Service Public ne dit pas, c'est que cette hausse de 2,5 % n'est pas la seule projection qui circule pour l'année. L'association UFC-Que Choisir a publié ses propres calculs, évoquant un risque de hausse cumulée pouvant atteindre 19 % sur l'année si l'on intègre les effets de la réforme du marché électrique prévue en 2026.

Le ministère de l'Économie et des Finances a répliqué en qualifiant ce calcul de « biaisé », reprochant à l'association d'avoir combiné des données déjà en vigueur avec un mécanisme qui n'entrera pleinement en application que plus tard dans l'année, sans intégrer d'autres paramètres susceptibles d'atténuer la trajectoire.

Cet échange technique entre une association de consommateurs et Bercy n'est pas un détail de communiqué de presse. Il révèle une réalité que le chiffre de 26 euros, pris isolément, dissimule soigneusement : personne, ni le gouvernement ni les associations, ne prétend connaître avec certitude le montant final que paieront les ménages français d'ici la fin de l'année. Le 1er août n'est qu'une étape dans un calendrier tarifaire dont la suite reste, par nature, incertaine.

« Le gouvernement dit 2,5 %. Une association de consommateurs évoque jusqu'à 19 %. Entre les deux, ce n'est pas un détail technique : c'est l'aveu qu'aucun chiffre n'est vraiment garanti. »

Ce que le 1er janvier va changer, et que le 1er août ne dit pas

La pièce manquante de ce dossier se trouve six mois plus loin dans le calendrier. Depuis 2011, un dispositif appelé ARENH - l'accès régulé à l'électricité nucléaire historique - obligeait EDF à vendre une partie de sa production nucléaire à un prix plafonné aux fournisseurs alternatifs, ce qui maintenait mécaniquement les prix français à distance des cours du marché européen, souvent plus élevés et plus volatils.

Ce dispositif doit disparaître le 1er janvier 2026, remplacé par un nouvel accord entre l'État et EDF sur la régulation du nucléaire, négocié dans une relative discrétion médiatique.

Ce changement structurel, largement absent des communiqués consacrés à la hausse d'août, conditionne pourtant l'essentiel de ce que paieront les Français à moyen terme. Sans le plafond que garantissait l'ARENH, la part du prix de l'électricité liée à l'approvisionnement en amont perd son ancrage réglementaire et se rapproche, par construction, des prix de marché - historiquement supérieurs, quoique en recul ces derniers mois en Europe.

La hausse de 2,5 % au 1er août n'est donc pas un signal isolé : elle est l'ouverture d'un cycle tarifaire dont les règles du jeu changent en profondeur dans les mois qui suivent.

« L'ARENH plafonnait les prix depuis 2011. Elle disparaît en janvier. La hausse d'août n'est pas la fin d'une histoire, elle en est l'ouverture. »

Une mémoire tarifaire que les Français n'ont pas oubliée

Ce climat d'incertitude prend un relief particulier à la lumière des précédents récents.

En 2023, les tarifs réglementés de l'électricité avaient déjà bondi de 26,5 % sur l'ensemble de l'année, entre une première hausse de 15 % en février et une seconde de 10 % en août - une progression que des parlementaires avaient alors qualifiée de colossale pour le budget des ménages, alors même que les prix de gros européens reculaient dans le même temps de plus de 30 %.

Une nouvelle hausse de 10 % avait suivi en février 2024.

C'est cette mémoire tarifaire, faite de hausses répétées et parfois déconnectées des prix de gros, qui explique pourquoi une progression de seulement 2,5 % continue malgré tout d'alimenter l'inquiétude. Les associations de consommateurs insistent moins sur le pourcentage isolé que sur son caractère cumulatif : la facture d'électricité s'additionne à l'alimentation, aux assurances, au carburant et aux dépenses de rentrée scolaire dans un budget déjà sous tension, et chaque petite hausse pèse un peu plus qu'elle ne le ferait seule, l'année précédente.

« L'électricité a bondi de 26,5% en 2023. La mémoire de cette année-là explique pourquoi 2,5% aujourd'hui ne rassure personne. »

Vingt millions de foyers paieront, en moyenne, 26 euros de plus cette année pour leur électricité. C'est le chiffre que retiendra la plupart des lecteurs. Le chiffre qui compte davantage, lui, n'a pas encore de montant : il dépend d'un mécanisme qui protégeait les Français depuis quinze ans, et qui s'efface dans six mois.

Par la rédaction • L'Appel · L'Appel
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