Comment Elizabeth-Jane Ross, bénévole écossaise venue aider les plus démunis d'Athènes, a disparu sans laisser de trace - et pourquoi la police grecque traque désormais un seul homme.
Le 18 juillet 2026, un sans-abri explorant un bâtiment désaffecté du quartier de Kypséli, à Athènes, aperçoit une valise abandonnée. Il la soulève, la jette pour l'ouvrir - et une jambe humaine en surgit. Derrière ce détail macabre se déroule depuis lors une enquête criminelle internationale qui réunit la police grecque, Interpol, Police Scotland et des agents américains. Au coeur du dossier, un prénom - Markos.
Le jour où tout bascule, personne ne sait encore que Lisa manque à l'appel. Le 15 juillet 2026, Elizabeth-Jane Ross, 38 ans, originaire d'Édimbourg, dit au revoir à ses amis grecs dans le quartier portuaire de Keratsini. Elle leur annonce qu'elle rejoint des connaissances américaines à Kypséli, un arrondissement plus central d'Athènes. Ils ne la reverront jamais.
Ce qui rend ce départ ordinaire aussi troublant, c'est ce qui se passe ensuite avec son téléphone. Le 15 juillet, des messages sont envoyés depuis l'appareil de Ross à ses proches, affirmant qu'elle avait besoin de temps seule et qu'elle souhaitait s'isoler un moment. Son père, avocat à Édimbourg, continuera de recevoir des nouvelles par écrit jusqu'au 29 juillet. Quatorze jours de silence habilement meublé de mots.
La police grecque, qui a révélé les détails de ces échanges, est convaincue que les messages envoyés trois jours avant la découverte du corps provenaient d'une personne se faisant passer pour la victime. Quelqu'un a donc utilisé le téléphone d'Elizabeth-Jane Ross après sa mort pour envoyer des messages trompeurs à sa famille. Un officier de la police hellénique a résumé la situation sans détour : le téléphone était actif, des textos avaient été expédiés, manifestement dans le but de faire croire qu'elle était encore en vie.
Puis, au moment précis où son identité a été confirmée publiquement et où l'affaire a déferlé dans les médias du monde entier, l'appareil s'est éteint. Mystérieusement, comme l'ont noté les enquêteurs eux-mêmes.
La découverte du corps remonte au 18 juillet, aux alentours de 13 heures, lorsqu'un individu sans domicile fixe explorant la structure délabrée de la rue Evelpidon, dans le quartier de Kypséli, tombe sur la valise. L'homme alerte la police après avoir aperçu ce qui lui semblait être un membre humain dépassant du bagage abandonné. Les médecins légistes arrivent, ouvrent la valise. À l'intérieur, une femme aux cheveux roux attachés en chignon, vêtue d'un short noir et d'un t-shirt. Aucune pièce d'identité sur elle.
Les empreintes digitales de la victime ne figuraient dans aucune base de données grecque. Les enquêteurs avaient d'abord suspecté qu'elle n'était pas grecque en raison du nom d'une université française imprimé sur ses vêtements. C'est finalement le bureau Interpol aux États-Unis qui a permis d'identifier formellement le corps comme étant celui d'Elizabeth-Jane Ross, dite Lisa, ressortissante britannique.
L'autopsie initiale n'a révélé aucune blessure apparente. Des analyses toxicologiques sont en cours pour déterminer si un empoisonnement ou une autre cause non visible est à l'origine du décès. Les hypothèses d'étranglement et de traumatisme crânien ont été écartées selon plusieurs sources. La police grecque traite l'affaire comme un acte criminel en raison de la manière dont le corps avait été dissimulé.
Qui était Lisa Ross ? Le portrait qui se dessine à travers les témoignages est celui d'une femme discrète et déterminée, mue par une foi chrétienne profonde. Elle avait consacré sept ans à parcourir la Grèce au service de plusieurs organisations non gouvernementales, travaillant auprès de femmes victimes de violences, de migrants et de personnes sans abri. Une vocation, pas du tourisme.
Selon les éléments transmis à la police, Ross avait voyagé depuis les États-Unis vers l'Europe le 29 juin, puis s'était rendue depuis Chypre en Grèce avant sa mort. Elle séjournait chez des amis grecs à Keratsini, le principal district portuaire du pays, avant de leur annoncer son départ vers Kypséli. Les enquêteurs ont rapidement blanchi ce groupe de tout soupçon.
Reste la question des Américains. Lisa Ross avait dit à ses amis grecs qu'elle allait retrouver des connaissances américaines dans ce quartier central. Les policiers n'ont jamais retrouvé ces personnes. La porte-parole de la police hellénique a reconnu publiquement ne pas savoir si ces individus existent réellement. Une théorie s'est imposée dans les couloirs de l'enquête : Ross aurait délibérément rassuré son entourage en inventant un hébergement sécurisé chez des anglophones, sachant que ses proches grecs se seraient inquiétés si elle leur avait dit qu'elle se rendait seule dans une zone connue pour sa population de sans-abri.
Elle connaissait les risques. Elle y est allée quand même.
C'est ici qu'entre en scène Markos. La macabre découverte dans le quartier dense de Kypséli a déclenché une coordination internationale entre la police hellénique, Interpol et Police Scotland. Mais sur le terrain athénien, l'enquête s'est progressivement resserrée autour d'un seul individu : un homme sans domicile fixe connu dans le quartier sous ce seul prénom.
Décrit comme âgé d'une quarantaine d'années, fortement tatoué, cheveux noirs, carrure épaisse, Markos habitait régulièrement le parking désaffecté où la valise a été retrouvée. Selon le Daily Mail, qui mène l'enquête de terrain à Kypséli, il n'a plus été vu dans le secteur depuis que l'endroit est devenu une scène de crime. Une disparition qui a immédiatement focalisé l'attention des enquêteurs.
Hamid Reza, 67 ans, sans-abri lui aussi, dort devant une rangée de commerces à quelques mètres du bâtiment. Il a été interrogé pendant plusieurs heures par les policiers. Ce qu'il dit ensuite est sans ambiguïté : selon lui, les agents lui ont clairement indiqué que Markos était leur suspect numéro un. Il confirme que l'homme portait un couteau en permanence et que les femmes du quartier le craignaient. Il dit aussi avoir été témoin d'une tentative d'agression sexuelle commise par Markos contre une ressortissante bulgare, attaquée au couteau dans le parking alors qu'elle rentrait chez elle après une sortie nocturne.
Une source policière grecque confirme que cette piste est explorée par les enquêteurs. L'agression n'avait pas été signalée à l'époque - les enquêteurs n'en ont eu connaissance que lors de leurs auditions récentes. Un commerçant du quartier, interrogé par le Daily Mail, rapporte que les policiers sont passés dans sa boutique pour récupérer les enregistrements de ses caméras de surveillance et lui demander si Markos avait été aperçu. Réponse : personne ne l'a vu depuis la découverte du corps.
Une chasse à l'homme est en cours dans toute la ville.
L'enquête mobilise les autorités grecques, Interpol, Police Scotland et des agents américains. Elle avance simultanément sur plusieurs axes, notamment l'analyse des images de vidéosurveillance, les manifestes de vols et les réservations d'hôtels. Les enquêteurs espèrent établir les dates et heures précises de ses déplacements pour reconstituer ses derniers moments.
Ce qui reste suspendu dans le vide, c'est la cause exacte de la mort. Aucune blessure visible, un téléphone utilisé comme leurre pendant deux semaines, un corps soigneusement plié dans une valise transportée jusqu'à un parking que le principal suspect connaissait comme sa propre chambre. La police estime que le ou les auteurs séjournaient probablement dans le périmètre immédiat de Kypséli - le poids de la valise rendant un transport depuis une autre partie de la ville très improbable.
Lisa Ross est venue à Athènes pour aider les invisibles. Elle a disparu parmi eux. Et l'homme que la police cherche est précisément l'un de ceux qu'elle aurait peut-être voulu approcher.






